LE COMTE MAURICE DE DIETRICIISTEIIV
Le comte Maurice de Dietriclistein est né le 19 février 1775 , d’une famille illustre, dont le clief fut élevé, en i65a, à la dignité de prince de l’einpire , avec voix et séance au collège des princes.
Le comte Maurice entra , dès l’âge de seize ans, dans la carrière desarmes. Il commença son service militaire, en 1791, dans un régiment d’infanterie. Il se rendit à l’armée en 1792^ il fut employé dans l’artillerie , dans l’état-major, et comme adjudant-général dans les campagnes deBelgique^ d'Allemagne et d’Italie. Sa bravoure et ses talens lui firent confier plusieurs commissions importantes. Les journaux et les recueils biographiques ont rendu compte de ses services militaires et des >
NOTES
circonstances de sa captivité en France. A la fin de 1800, le comte Maurice quitta le service militaire, et dès lors il consacra ses loisirs et les connaissances qu’il avait acquises à des travaux utiles, dans les lettres , les arts et plusieurs institutions d’un haut intérêt. A l’époque du congrès de Vienne , l’empereur l’attacha, comme chambellan de service, au roi de Danemarck : ce monarque éclairé et spirituel honora le comte de sa confiance particulière. Le 5o juin i8i5, l’empereur lui confia la direction supérieur de l’éducation du duc de Reichstadt, auprès de qui il continua son service jusqu’en septembre i85i. Il montra toujours pour ce jeune prince l’attacbemcnt le plus sincère , et une sollicitude paternelle dont le duc appréciait l’étendue et savait être reconnais.sant. Dans les derniers temps de son existence , voulant laisser au comte un souvenir qui lui l'ût cher, le duc de Reichstadt fit exécuter pour lui son portrait par Daffinger : il est représenté tenant dans ses mains un crayon et un papier sur lequel il vient de tracer les mots : Reconnaissance éternelle.
Pendant la maladie du prince, le comte de Dietrichstein allait journellement le visiter à Scbœnbrünn. C’était une consolation pour le malade , qui connaissait la vérité de son affection. Un devoir impérieux força le comte de se rendre à Munich. « Je ne suis donc pas si mal, dit le jeune prince en apprenant son départ j s'il me croyait en danger , M. de Dictrichstein ne m’abandonnerait pas. »
Le comte de Dietrichstein , chambellan de l’empereur , depuis l’armée 1795, reçut en 1 81 5 la croix de commandeur de l’ordre du Dannebrog de Danemarck, et en 1816 la grand’croix de l’ordre de Parme de Coustantinien Saint-Georges j en 1818, il fut nommé conseiller intime de l'empereurj en 1819, intendant de la chapelle de lu courj en 1821, il fut chargé de la dii-ection des théâtres j en 1826, il résigna ces différentes fonctions pour celles de préfet de la bibliothèque impériale, charge à laquelle le rendaient particulièrement apte ses relations littéraires et ses connaissances étendues. Il continua à diriger l’éducation du prince jusqu’à la fin
de i85ij il ne se sépara même de son illustre élève que dans le mois de mai i832. En récompense de ses loyaux services , l’empereur le nomma grand’croix de l’ordre de Léopold , et lui annonça cette faveur par une lettre autographe conçue en ces termes :
« Cher comte de Dietrichstein, je reconnais dans toute K leur étendue les soins , qu’avec des résultats si lieureux , « vous avez constamment apportés à l’éducation de mon « petit-fils , le duc de Keichstadt. Afin de vous donner un a nouveau témoignage public de ma satisfaction , je vous « nomme grand'croix de l’ordre impérial de Léopold.
« Vienne}, le 5 novembre i85i.
FRANÇOIS
MATIÜEU COLLIN.
( V p. ii5. )
Mathieu Collin naquit à Vienne le 3 mars 1779 . Il était le second fils d’un médecin estimé, et le frère du célèbre poète Henri Collin. Il perdit son père de bonne heure , et , après avoir achevé ses études classiques , il revint auprès de sa mère aveugle , qu’il soignait avec une affection touchante. Il passait les journées à lui faire la lecture , et c’était pendant la nuit qu’il s’adonnait à son goût pour les travaux littéraires.
Dans le principe, sa préférence se portait sur les compositions du genre chevaleresque, et \Oberon de Wieland était pour lui le type de la poésie romantique. L’étude des ouvrages de Schlégel donna à son esprit une autre direction.
Quoique plus jeune de sept ans que son frère Henri, il
NOTES
•SC fit connaître aussitôt que lui dans le inonde littéraire , et il débuta par la comédie lyrique de Callhon et Colmal. Ses succès ne le détournèrent pas des études sérieuses de la philosophie et ‘du droit qu’il étudiait , surtout par égard pour sa famille, qui le destinait à un emploi dans l’empire. Mais les événemens qui firent disparaître la constitution germanique servirent son goût pour l’indépendance et l’étude.
Il obtint au concours une chaire d’histoire et d’esthétique à l’université de Cracovie. Les guerres qui eurent lieu le ramenèrent en Autriche; il obtint une chaire de professeur d’histoire dans l’université à Vienne , et la place de Hofconcipist au département des finances.
11 dirigea pendant long-temps la Gazelle litléraire de Vienne , et y montra un grand talent de critique. Ses œuvres furent publiées à Pesth; elles renferment : la Mort de Frédéric -le- Belliqueux , tragédie en cinq actes; Callhon et Colmal, comédie lyrique en deux actes; Marias, tragédie en cinq actes; le Cid , tragédie imitée de Corneille; l’Enrôlement d’amour , comédie romantique en trois actes; Henri- Ic-Cruel, tragédie en cinq actes ; la Guerre de Bêla contre son père ; l’Esprit du gibet , pièce romantique en trois actes ; les Kunringer , pièce en cinq actes; le Ban de l’Empire, pièce en cinq actes; Ottocare , tragédie en cinq actes; Plus tenu que promis , comédie en trois actes.
Ayant eu le malheur de perdre son frère Henri , il s’occupa de publier sa biographie et ses productions littéraires. Cet ouvrage, en six volumes, parut en i8i4- Il paya aussi un tribut à la mémoire de son frère en terminant son Oratorio de la Jérusalem délivrée.
Les succès littéraires de Collin , et surtout la pureté et la solidité de son caractère , attirèrent sur lui l’attention de l’empereur. Il fut nommé professeur d’esthétique des archiduchesses Clémentine et Léopoldine. Plus tard il donna à l’archiduchesse Caroline des leçons de littérature, auxquelles assistait habituellement l’impératrice. Quand l’empereur confia l’éducation du duc de Reichstadt au comte. Maurice de
BIOGRAPHIQÜES. 00^
Dietrichsteiu , le comte , qui estimait les talens distingués et les sentimcns honorables de Collin , l’appela auprès du jeune prince en qualité de gouverneur. Dès lors , renonçant à ses emplois et presque à ses travaux littéraires , Collin se consacra avec zèle et dévouement à ses nouveaux devoirs. Alternant
avecM. de Foresti pour son service, il pouvait donner quelques instans à sa famille , qu’il chérissait. Depuis cette époque , il ne produisit d’autre œuvre poétique que sa tragédie d'Essex , et quelques pièces de circonstances , mais ses moyens de critique semblèrent encore se développer et s’accroître.
Collin était lié d’amitié avec plusieurs littérateurs distingués , particulièrement avec l’ingénieux Tieck , la célèbre Caroline Fichier , et le savant Hammer.
Simple dans ses goûts , son bonheur était de vivre près de sa femme et de ses enfans , ou de donner des soins pleins d'affection à son élève , dont il partageait les jeux et dirigeait la jeune imagination. C’est ainsi qu’on le voyait avec lui creuser, palissader, planter la caverne de Robinson, que les efforts réunis du maître et de l’enfant avaient créée dans
le jardin de Schœnbriinn.
L’âme de Collin était pure , religieuse, loyale, fidèle, inébranlable dans ses principes ; son cœur était affectueux et sensible. Il possédait la confiance et l’amitié du jeune duc.
Le i 4 novembre 1825, la mort vint l’enlever à sa famille, à ses amis , à son élève : une courte maladie inflammatoire termina sa précieuse existence; il s’endormit avec résignation en prononçant le nom de Dieu. Il est inhumé à Penzing , près du jardin qu’il avait cultivé et qu’il affectionnait.
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