‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscritsChapitre 63 sur 164 · AUTRE RÉPLIQUE DU PROCUREUR · texte numérisé non relu

AUTRE RÉPLIQUE DU PROCUREUR

verbalement, il requit pour qu'il en fût référé à M. le Lieutenant Civil. Il déclara en outre qu'un des objets de son réquisitoire était à ce que les paquets cachetés mis sous les scellés du Commissaire au Chàtelet fussent portés à M. le Lieutenant Civil pour en être fait ouverture, puis il se retira sans vouloir attendre les réponses des Parties ni l'indication du jour et de l'heure du référé qu'il avait requis. Les Parties augurèrent de cette retraite de M. rÉvéque de Metz qu'il se désistait tacitement de son référé. En conséquence, elles requirent pour qu'il fût procédé à la continuation des opérations sans s'arrêter au réquisitoire. M* Gérardin fut assez dur pour M. de Metz. Il dit entre autres choses que « considérant que les paquets cachetés étoient en sûreté et qu à mesure qu on lèveroit les scellés, les Officiers ne manqueroient pas de faire « ce qui est de règle » en les portant sur-lechamp au magistrat, considérant encore que M. YÉpéque de Meti n'avait aucune qualité pour être présent et faire des réquisitoires qui ne servaient qu'à suspendre les opérations, occasionner le trouble et

8o L'ORDONNANCE DU i5 AVRIL.

augmenter les frais, les Parties et lui, M* Gérardin, protestaient de répéter contre M. de Metz le montant en tous dépens, dommages et intérêts.

Sur quoi le Commissaire, après avoir donné acte aux Parties des dires et comparutions, les renvoya pour le mardi, i5 du mois, et par-devant M. le Lieutenant Civil en son hôtel. De son côté, du reste, à la date du 14, M. VÉvêque de Met{ envoyait une sommation par exploit de Grignard, huissier-priseur et commissaire aux ventes du Châtelet.

L'Ordonnance de M. le Lieutenant Civil fut peu à l'avantage du Requérant, car, tout en renvoyant les Parties à l'audience, il ne lui reconnut pas qualité pour assister à l'inventaire du duc de Saint-Simon afin d'y réclamer les Manuscrits secrets (i). M. de Metz ne se tint point pour battu, fut très-actif, et, le soir même du jour où M. le

(i) J'aurais voulu trouver le texte même de l'Ordonnance et je l'ai cherché, sans succès, dans les Recueils manuscrits des u Actes faits par le Lieutenant Civil en son Hôtel », Référés, Procédures et actes concernant l'état des personnes. Archives nationales (liasse Y, 4755, 4756, 8040).

LARRÊT DU i6 AVRIL. 8i

Lieutenant Civil avait rendu son Ordonnance, il adressa requête à Messieurs du Parlement, en la Grand' Chambre. Voici l'Arrêt du Parlement sur le rapport de Tabbé de Salaberry ( i ) , Conseiller.

Conseil du 1 6 avril 1755.

Vu par la Cour la Requête à elle présentée par Claude de Saint-Simon, Évalue de Metz, Légataire particulier du Duc de Saint-Simon , des Manuscrits tant de sa main qu* autres et Lettres secrettes^ à ce qu'il fût reçu appellant d'une Ordonnance de M. le Lieutenant Civil du i5 avril présent mois, rendue au nom des créanciers dudit S' Duc de Saint-Simon, par laquelle en renvoyant les parties à l'audience, il a par provision exclu le supliantde pouvoir assister à ses fraisa l'inventaire du Duc de Saint-Simon pour la réclamation particulière desdits Manuscrits secrets, tenir l'appel pour bien relevé, permis d'intimer audience, et cependant, attendu le refus fait par le commissaire

(i) L'abbé de Salaberry (Louis-Charles-Vincent) était déjà Conseiller de Grand'-Chambre en 1737; Barbier, avocat au Parlement, le cite à cette époque, disant : a M. l'abbé de Salaberry, Conseiller de Grand'Chambre, qui n'a pas quarante ans, est chef du Conseil de M. le duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse, mort le !•' décembre, n L'abbé de Salaberry, de\enu Conseiller d'Ltat d'Église, mourut le 20 janvier 1761, en sa demeure de la rue Sainte- Anne, à Paris.

82 L'ARRÊT DU i6 AVRIL.

Grimperel de délivrer ladite Ordonnance , ainsi qu'il est justifié par la sommation du 1 5 du présent mois, il fut ordonné que ledit commissaire Grimperel seroit tenu de délivrer dans vingt-quatre heures ladite Ordonnance, en conséquence que les Parties en viendraient tel jour qu'il plairoit à la Cour indiquer, toutes choses demeurantes en état.

Vu aussi les Pièces attachées à laditte Enquête signée Gilles, Procureur, conclusions du Procureur général du Roy.

Ouï le Rapport de M. Louis Charles Vincent de Salaberry, Conseiller, tout considéré, la Cour reçoit le suppliant appellant , tient l'appel pour bien relevé, lui permet de faire intimer qui bon lui semblera sur ledit appel, sur lequel les Parties auront audience au premier jour, ordonne que le commissaire Grimperel sera tenu dans les vingtquatre heures de la signification du présent arrêt, de délivrer au suppliant ou à son procureur l'Ordonnance dont est question, en payant les firais de l'expédition , et sur le surplus de la Requête ordonne que les Parties en viendroient à l'audience avec les Gens du Roy, au mercredy 23 du présent mois d'avril, toutes choses jusqu'à ce demeurantes en état (i).

Ainsi, d'après l'Arrêt, toutes choses devaient demeurer en l'état, jusqu'au jour

(i) Archives nationales, Registres du Parlement, Con* êeil, X,4i94) pages ii6 (verso) ^t 117.

OÙ les Parties^ appelées à Faudience du 23 avrils feraient plaider l'affaire devant Messieurs de la Grand' Chambre^ et par le fait^ toutes les opérations relatives à la reconnaissance des scellés et à la continuation de l'Inventaire furent suspendues pour n'être reprises que le lendemain du jour où TArrêt définitif du Parlement fut rendu ^ ce qui eut lieu le lo mai.

Il eût été d'un grand intérêt pour nous de pouvoir connaître et reproduire^ du moins en partie, les plaidoiries des Avocats des défendeurs et des demandeurs, ainsi que l'exposé des conclusions du Procureur Général. Il n'est recherches que nous n'ayons faites dans les Registres et les Minutes du Parlement, pour arriver à découvrir et le texte des requêtes et les résumés de l'audience ( i ) . Les premiers

(i) Ces recherches sont d*une pratique difficile et le plus souvent fastidieuse, en raison du nombre énorme des Registres de toute nature qui composent les a Archives du Parlement de Paris ». Pour arriver à nos fins et à la rédaction, assez peu nourrie cependant, de ce seul chapitre, nous avons cru devoir consulter les Documents suivants du Parlement, se rapportant à Tannée 173 5, et qui sont conservés aux Archives nationales :

Jugés, Lettres et Arrêts; Conseil;

84 PARTIES DEMANDERESSES.

mois de Tannée 1755 présentent des lacunes dans les collections du Greffe civil du Parlement qui sont conservés aux Archives nationales. Les registres seuls des Arrêts et ceux des Plaidoiries font mention de l'affaire, mais sans contenir aucune de ces pièces, dites Annexes^ qui contribuent à la formation du dossier d'un procès. Ce n'est que par la lecture de V Arrêt rendu le 10 mai, que Ton se rend un compte, assez exact d'ailleurs, de ce qui s'était requis et plaidé.

Il y eut trois audiences consacrées à Taffaire de M. VÉvêque de Met{. Toutes les Parties étaient demanderesses en requête, la princesse de Chimay, le comte de Valentinois, par exploit du 22 avril, les créan-

Plaidoiries (matinées);

Enregistrement des pièces déposées au greffe des Dépôts du Parlement;

Registres des procès d'instance appointés au Conseil;

Instances évoquées au Conseil distribuées en la Grand*- Chambre pour y être rapportées;

Distribution de procès à différents Conseillers et notes tenues par leurs Secrétaires;

Plaidoiries en minutes;

Oppositions;

Conclusions des Procureurs Généraux.

En réalité, les seuls registres du Conseil et des Plaidoiries nous ont été d'une grande et sérieuse utilité.

ciers-syndics et directeurs des droits des autres créanciers, par exploit du 24 avril; messire Daguesseau de Fresne, par exploit du 28 avril, et de plus en requête judiciaire faite sur le barreau; et M. TÉvèque de Metz Tétait deux fois, appelant d'abord de rOrdonnance du Lieutenant Civil , et demandeur en requête, par exploit du 28 avril aussi. M'Moreau plaidait pour M. de Metz, M* Martin pour les directeurs et syndics, M* Duvandier pour les héritiers présomptifs, M* Doutremont pour messire Daguesseau de Fresne. M. Joly de Fleury était Tavocat général.

De tous leurs dires, raisons, énoncés et motifs, il ne nous a été donné de connaître que ceux qui ont été produits dans un Mémoire très-curieux de Tavocat Moreau pour M. TÉvêquedeMetz. La bonne diction de Tauteur, la place que déjà il s'était faite parmi les avocats au Parlement, les quelques pensées élevées qu'il émet à Tendroit du grand défunt dont il plaide en quelque sorte la cause en interprétant un article principal de ses volontés dernières, rendent cette pièce des plus curieuses. M. le duc de Luynes Ta signa-

lée à l'attention des chercheurs dans son Journal si exact et si consciencieux^ quand il dit à la date du 9 mai lySS : a 11 paroît depuis quelques jours un Mémoire de M. de Metz contre les héritiers et créanciers de M. le duc de Saint-Simon. » Nous nous sommes mis en peine de retrouver cette pièce devenue si rare^ et nous en avons eu la communication sous ce titre : « Mémoire par M. VÉvesque de Met(, Pair de France, Prince du Saint-Empire, appelant et demandeur, contre les créanciers de feu M. le Duc de Saint-Simon, intimés et défendeurs, et encore contre ses présomptifs héritiers, intervenans, en présence de M. Daguesseau de Fresne, Conseiller d'État, intervenant {i). »

(i) Petit in-4«de onze pages, imprimé à Paris, en lySS, «chez P. G. Simon, imprimeur du Pariement, rue de la Harpe, à V Hercule. » J'ai été longtemps sans pouvoir rencontrer ctfactum, que je crois être une pièce des plus rares : j*avais pensé le trouver dans la très-riche et très-précieuse collection des u Documents imprimés » qui sont aux Archives NATIONALES, dans l'admirable série AD, aux articles des « Parlements ». Je ne l'y ai pas trouvé. Mais que de rencontres intéressantes en cherchant cette pièce! J'en ai dû la communication à la parfaite obligeance de l'un de Messieurs du Bureau des Imprimés à la Bibliothèque na-

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