‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscritsChapitre 79 sur 164 · C( PAR ORDRE DU ROI. » — LE 21 DÉCEMBRE I · texte numérisé non relu

C( PAR ORDRE DU ROI. » — LE 21 DÉCEMBRE I

Il faudrait avoir sous les yeux les écrits particuliers et les papiers d'affaires de M. Daguesseau de Fresne (si toutefois ils ont été conservés) , pour connaître exactement^ et par le menu^ toutes les démarches qui durent être tentées pour une plus prompte libération des manuscrits du feu duc de Saint-Simon. Depuis le jour, en effet, où ils furent déposés chez M* Delaleu (3o juin lySS), jusqu'à celui où ils furent remis aux mains d'un premier commis de la Secrétairerie d'État des Affaires Etrangères (21 décembre 1760), cinq années et demie s'étaient écoulées. Il est hors de doute que M. TEvêque de Metz, le Procureur des créanciers anciens et nouveaux, l'Exé-

igô LENTEUR DES PROCÉDURES.

cuteur testamentaire 3 tous ceux enfin qui étaient parties intéressées^ ont dû produire^ entretenir et soutenir de très-vifs débats : les uns^ en vue de préserver un article de la succession aussi précieux et d'entrer en possession; les autres^ afin que vente en fût faite au plus offi'ant pour contribuer à Tacquittement des dettes. On sait le temps qu'exigent habituellement les affaires mises es mains des procureurs 3 et quelles subtilités admirables ils ont en réserve pour donner cours à la chose en la maintenant en état d'expectative. Il est certain que rarement ils ont offert un exemple plus accompli de leur capacité dans ce genre. Au train de procédure dont les Procureurs allaient^ tous les Légataires du feu Duc auraient aisément pu rendre Tâme sans avoir reçu aucun legs. Ce fut le cas de M. TÉvêque de Metz^ le légataire des Manuscrits et Lettres et de tous Papiers ri intéressant ni les biens ni la maison du feu Duc son cousin. Il mourut au siège même de son Évéché^ le 29 février 1760, sans que l'exécuteur testamentaire, M. Daguesseau de Fresne, ait pu donner sinon aucune

LE PORTEUR D'UN a ORDRE DU ROI ». 197

suite j du moins aucun résultat à la volonté cependant si précise du testateur.

L'Évéque de Metz mort^ le Procureur des créanciers j dans le cours de la même année 3 réimit sans doute toutes ses forces pour les porter sur l'affaire des Manuscrits; mais il avait compté sans ce dernier mot du Pouvoir qui, dans l'ancien État de France, faisait qu'il n'y avait plus d'appel lorsqu'il avait été prononcé. Ce mot, cet arrêt soudain, ce jugement sans appel, c'était V Ordre du Rot, autrement dit, le « De par le Roy ».

Or, le 21 décembre 1760, M'Delaleu, dépositaire des cinq caisses aux trois serrures différentes chacune, reçut la visite du sieur Nicolas -Louis Le Dran, premier commis du Dépôt des archives des Affaires Etrangères, réunies et conservées encore à cette époque au donjon du vieux Louvre. Le sieur Le Dran était porteur d'un papier qui avait été ainsi libellé dans les bureaux de M. le duc de Choiseul, Ministre Secrétaire d'État :

198 TEXTE DE U a ORDRE DU ROI ».

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