DOUTE A PROPOS DE VOLTAIRE
On a cru que Voltaire avait connu le manuscrit des Mémoires. M. Villemain a dit en termes aussi précis qu'erronés : « Voltaire presque seul en avait eu connaissance et avait promis de les réfuter ( i ) . L'auteur de la Vie de Voltaire^ de son côté^ s'exprime ainsi :
« Il avait formé le projet de réfuter tout ce que le duc de Saint-Simon , dans ses Mémoires encore secrets , avait accordé à la prévention et à la haine, dans la crainte que ces Mémoires^ auxquels la probité reconnue de l'auteur, son art, son titre de contemporain, pouvaient donner quelque autorité, en paraissant dans un temps où personne ne fût assez voisin des événements pour défendre la vérité et confondre Terreur (2). »
Ces assertions nous semblent peu fondées. Voltaire^ à l'époque oùles manuscrits du duc de Saint-Simon furent classés par Le Dran dans le Dépôt des Affaires Étran-
Pairs; dans les Ducs et Pairs que lui-même ou que leurs rapports avec lui. » (Voyez Œuvres complètes de Marmontel, tome XVIII, page 58, édition Verdière. Paris, 18 19.)
(i) Villemain, Cours de littérature française. Littérature au dix-huitième siècle. Tome I*', page 242. (Paris, Didier, 1854.)
(2) Œuvres complètes de VoLTAïKE, édition Didot, grand in-8«', tome I«. Vie de Voltaire,
aôo DOUTE A PROPOS DE VOLTAIRE.
gères au vieux Louvre^ n^était plus à Paris depuis longtemps déjà. De 1761 à 1778^ combien de fois vint-il dans la capitale ^ et combien de temps y est-il resté ? Les dates et les informations s'opposent à admettre que Voltaire ait connu l'œuvre du duc de Saint-Simon autrement peut-être que par la correspondance qu'il entretenait avec Tabbé de Voisenon, avec Marmontel^ qui alors lui en auraient fait passer quelques extraits à sa résidence de Ferney. Voltaire a parlé du Journal de Dangeau. Il en a même éditée en 1 770^ quelques fragments présentés par lui sous un jour ridicule et moqués dans les notes avec une sorte de furia toute particulière (i). lU'a cité aussi dans la dissertation qui suit son poëme de la Henriade; mais quant aux Mémoires de Saint-Simon, c'est vainement que nous avons cherché à rencontrer le titre de l'œuvre et le nom de l'auteur dans aucun écrit de Voltaire.
( i) ajournai de la Cour de Louis XI V, depuis 1 684 jusqu'à 171 5, suivi de quelques autres pièces relatives au caractère de ce monarque et aux événements de son règne, avec des notes intéressantes. Londres, 1770.2) C^est un in-8* de 174 pages.