‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inédits (volume 2)Chapitre 124 sur 156 · LETTRE DE M. FEUILLET DE CONCHES · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. FEUILLET DE CONCHES

c'est ainsi que Saint-Simon les appelle, — sont de la main d'un des secrétaires auxquels il dictait le plus habituellement, et, d'ailleurs. Votre Excellence le sait mieux que personne , — le style, quand il y a un style, est un moyen de reconnaissance aussi sûr que l'écriture même. Or, ici, il n'y a point à s'y méprendre. Les Additions sont, comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire à Votre Excellence , soit des notes neuves sur des personnages non cités dans les Mémoires, soit, le plus souvent , des résumés de détails épars dans le cours de ce livre immortel; et lors même qu'elles ne sont que la reproduction textuelle des Mémoires (ce qui , dans l'étendue de six volumes et demi de notes, arrive trois fois pour des articles importants), on y retrouve encore, de loin en loin, à la place de mots pittoresques du texte imprimé, quelque autre image non moins pittoresque : nouveau trait de pinceau qui exclut le copiste et révèle le maître. Cela suffit pour prouver l'authenticité, mais ne suffirait pas pour motiver la ireproduction d'un texte connu. Les trois Additions dont il s'agit sont donc du nombre de celles qu'il y aurait à remplacer par un renvoi aux Mémoires imprimés.

« Fkuillet de Conches (i). »

(i) A Son Excellence M. Villemain, Pair de France, ministre de l'instruction publique.

NOTES AV «JOURNAL DP: DANGKAU n. :>?5

Les bureaux s'emparèrent momentanément du projet, qui, malgré l'activité et les bonnes dispositions de la commission, y demeura longtemps retenu. Cependant, la copie des Notes, Additions et Commentaires du duc de Saint-Simon ne s'en était pas moins effectuée par les soins de M. Feuillet de Conches, autorisé par le Président du Conseil, approuvé, encouragé, aidé par Thonorable Directeur des Archives, M. Mignet. Par suite de circonstances qui ont particulièrement tenu aux événements de la vie politique, le Ministre de l'Instruction publique a dû ensuite abandonner le projet de la publication qui avait été si heureusement présenté et qu il avait adopté. Mais, ainsi que nous le verrons tout à Theure, Tœuvre ne fut point perdue pour les curieux, puisque, dix ans plus tard, la maison Didot, se substituant au Ministère, entreprenait la publication du Journal de Dangeau, avec les Additions de Saint-Simon, copiées dix ans auparavant par M. Feuillet de Conches. Ce fait important, relatif à Tune des œuvres de Tauteur des Mémoires, est le dernier que nous ayons à

mentionner comme s'étant passé au Dépôt des Affaires étrangères jusqu'à l'époque du nouveau déplacement^ et^ par contre^ de l'installation nouvelle du Ministère^ de ses bureaux et de ses archives.

Le projet d'un établissement définitif pour le ministère des Affaires Étrangères avec le Dépôt de ses Archives sur l'emplacement où nous les voyons aujourd'hui^ entre le quai d'Orsay et la rue de rUniversité^ fut soumis aux Chambres^ au mois de juin 1845^ par M. Guizot, Président du Conseil des Ministres^ et approuvé par elles. L'architecte Lacomée^ chargé du soin d'élever cet édifice^ termina les constructions sept ans après.

M. Drouynde Lhuys^ Ministre Secrétaire d'État, en prit possession avec ses bureaux, sous l'Empire, le 5 septembre i853 (i). Le Dépôt des Archives fut ensuite installé peu à peu dans la partie des bâtiments qui lui avait été destinée, en façade sur la rue de l'Université, par les soins particuliers de

(i) Ce jour-là, le Ministre des A£&ires Étrangères signa pour la première fois au quai d*Orsay.

M. Dumont^ sous-directeur^ et de M . Tétot, commis principal sous la direction de M. Cintrât, devenu chef du Dépôt, peu de temps après l'heureuse et féconde direction et la très-honorable mais regrettable démission du savant Mignet, en 1848 (février) (i). Dans le nouveau bâtiment, une salle dite des Manuscrits y fut aussi ménagée pour être spécialement, destinée à des séries de documents qui , selon le caprice et le vouloir du chef de service, sont estimés choses propres à être classées, rangées et conservées séparément des correspondances ordinaires. Celles-ci occupent les autres salles, remplies ainsi par les volumes des négociations, répartis en des armoires que distinguent les

(i) L*intérim qui eut lieu entre la démission de M. Mignet le 24 février 1848, et la nomination de M. Cintrât à la même direction, le 3 mars 1849, avait ^^^ rempli par M. Edouard Carteron, ancien préfet de l'Ain, envoyé ensuite consul à Stettin. M. Cintrât, après avoir été rédacteur, sousdirecteur et enfin directeur des Afiàires Politiques, fut nommé aux Archives, qu'il dirigea jusqu'au 28 octobre 1866, époque à laquelle il fut admis à la retraite. 11 a eu pour successeur M. Prosper Faugère, qui occupait l'une des sousdirections des A£&ires Politiques, et qui, en littérature, s'était particulièrement distingué par des publications relatives à l'incomparable auteur des Lettres Provinciales,

noms des États étrangers. Les traités originaux y les écrits particuliers à des questions d'État 3 les travaux commandés en divers temps aux rédacteurs de mémoires historiques et politiques ^ les documents d'un caractère diplomatique acquis au Ministère , les uns par des ordres du Roi avant 1789 ou par des procédés révolutionnaires entre 1792 et 1797, les autres par legs^ dons ou achats^ s'y trouvent réunis. C'est donc dans cette salle, dite des Manuscrits j que furent placés les Papiers de Saint-Simon^ diminués des on^e Portefeuilles de ses Mémoires , et ils doivent s'y trouver aujourd'hui encore^ à moins qu'ils n'aient été disséminés et répartis^ selon leur nature et leur objets dans les volumes lès plus variés des séries les plus diverses. Ce serait chose très-possible^ depuis l'ouvrage entrepris et accompli , loin de tous les bruits du monde ^ par l'ancien sous-directeur, feu M. Dumont. Si les papiers de Saint-Simon^ en effets ont subi le sort de la dispersion et de la répartition^ comme tant d'autres^ sous le prédécesseur de M. Viennot^ sous-directeur actuel^ il n'y a plus de

SÉRIE DITE DE aSAINT-SIMON y>. 339

u papiers de Saint-Simon » proprement ditSj c'est-à-dire de série, de collection formant un ensemble. En un mot^ s'il en est ainsi ^ le Cabinet de M. le Duc de Saint-Simon^ reçu et inventorié caisse par caisse par Le Dran, en 1761 ^ n'existe plus. Il est fondu dans la masse des papiers désignés soit Négociations j soit Fonds de France. Il est disparu comme xinité^ mais il n'en faut pas conclure qu'il le soit comme pièces et articles. Le reformer serait l'ouvrage d'un commis expert aidé de l'industrie du relieur. Un copiste d'élite^ bien dirigé^ suffirait d'ailleurs à reproduire ce qui serait nécessaire pour la publication des œuvres j jusqu'ici inédites^ du célèbre auteur. M. le Directeur des Archives ne manquerait d'ailleurs d'aucun secours intelligent^ méthodique^ bien réglée pour parfaire cette intéressante besogne^ du jour où le Ministre des Affaires Étrangères aurait cette heureuse inspiration et cette bienfaisante volonté^ de l'inviter à s'acquitter de ce soin avec célérité ^ bonne grâce, méthode et perfection.

340 a JOURNAL DE D ANGE AU » PUBLIÉ.

Le nom, si justement honoré, de M. Drouyn de Lhuys, est le premier que nous ayons à mentionner à propos de celui du Duc de Saint-Simon, dans cette période nouvelle de Tinstallation des papiers des Affaires Étrangères. Ce Ministre éclairé, juste et bienveillant, renouvela en faveur de M. Feuillet de Conches la permission qu'il avait eue de livrer à la publicité les Additions et Commentaires du Duc de Saint-Simon aux trente-sept volumes du Journal du Marquis de Dangeau. Tels sont les termes honorables dont se sont servis les éditeiirs ôm Journal^ MM. Soulié, Dussieux, de Chennevières> Maptz et.de Montaiglon, pour que le souvenir, de la bienveillance de l'honorable ministre ne soit point oublié :

« M. Feuillet de Gonches (disent-ils d'abord) nous a donné la copie des Additions de SainU Sifnon, qu'il avait faite en 184S pour une édition, du Journal de Dangeau projetée par le Comité historique, et à laquelle M. Villemain, alors Ministre, s'intéressait vivement. S. E. le Ministre des Affaires Étrangères, M. Drouyn de Lhuys, dont Vosprit littéraire et élevé a compris l'impprtance de notre publication, a bien voulu l'encou-

u JOURNAL DE DANGEAU » PUBLIÉ. 341

rager en autorisant M. Feuillet de Couches à publier les Additions de Saint-Simon et en nous communiquant le Manuscrit pour en faire la collation. Que M. le Ministre nous permette de lui témoigner notre profonde reconnaissance pour le service éminent qu'il a rendu aux lettres et à l'histoire par cette généreuse bienveillance (i). »

Le premier volume de l'ouvrage à la publication duquel le Ministre Drouyn de Lhuys donna son approbation et qu'il honora de ses encouragements, parut en 1854, sous ce titre, où Saint-Simon a sa juste part : « Journal du Marquis de Dangeau, publié en entier pour la première fois avec les Additions inédites du Duc de Saint-Simon » (2). Ainsi se trouve décrit le Manuscrit qui importe à cet historique :

« Les Archives du Ministère des Affaires Etrangères possèdent un Manuscrit du Journal de Dangeau en trente-sept volumes in-folio. Cette copie a été faite, sur le Manuscrit original même,

(i) Voyez V Avertissement des éditeurs du Journal du marquis de Dangeau. Tome I*% page 8.

(2) Dix-neuf volumes in-8». Paris, Firmin Didot frères, libraires-imprimeurs de Tlnstitut de France, 1854.

348 PAPI^HS RESTÉS INCQNNUS.

A peu de temps de làj Ftipao/'able et savant M. Çhéruel était jà la.veille de ter^: miner l'édition^ en vingt volunjes^ des Mé^^ moires de Saint-Simon, qui avait été con-r fiée, à ses soins. Jamais encore auçuçi^ édition des Mémoires ri'i^t^t, ^rriyée 4 offrir des garanties ,a^sM xert^ipes jpoj^, l 'intégrité et pour rex^ctituxie} di^/te^tç. ,: : ] .

Être cpt éditeur^ ajouter à çefte qualité; cpile d'Inspecteur général dap3; l'UpiveçTi site de ï^rance^ ayoir,(;?i^ fipp^féçi^r,S9i>^ nom et ses travaux dans le public des érudlts et des lettréS/ cela avait pu sembler de quelque raison et^ de qùeï4ue valeur pour avoir acçès/en 1 85 8^ auprès des Papiers du t)uç de Siaint-Simoii^ reçus au Dépôt en 1760. M. Chérud^ qui aujourd'hui est recteur de TÂcadémie de Poitiers et éditeur de la curieuse Cort^s^' pondance politique du Cardinal Maiarin, donnant alors Ses soîiis dixit Vingt voluittès des Mémoires, avait estimé' que le public ' aurait intérêt à savoir si l'aiïteur ' avait '• réellement limité son' œuvre aux événë^' mentsde 1723^ ou bien si, sous telle où'' telle forme, enprojet même, par fragments peut-être, il n'y aurait point trace d'une

PAPIERS RESTÉS INCONNUS. 34<j

suite aux Mémoires depuis cette époque , parmi les papiers inédits et restés inconnus à tout le monde^ sauf à M. i'abbé de Voisenon^ mort en lyyS. Mais il paraît que ces titres qui nous semblent si raisonnables^ n étaient, à les bien prendre, que songes et rêveries, car voici l'aveu que fait M. l'inspecteur général de TUni- Vèrsité de France, éditeur des vingt volumes des Mémoires coUationnés par lui sur le manuscrit original :

« Saint-Simon a-t-il réellement écrit la suite de ses ^</mo/re^ jusqu'en 1743, époque de la mort du Cardinal de Fleury? On ne pourrait éclaircir ce doute que s'il était permis d'étudier les Papiers du Duc conservés au Ministère des Affaires Étrangères. Nous l'avons vainement tenté; nous ne pouvons que recommander cette recherche à d'autres qui seront plus heureux que nous (i) ».

Depuis^ le voile semble n'avoir pas été levé^ le mystère s'est maintenu. Nulle publicité à cet égard! Quelquefois seulementj un écho rapide^ un témoignage donné comme par hasard! Ce mot^ par

(4) Voyez la note de Jla page 94 du tome XX de l'édition Hachette. Paris, i838.

35o RARES TÉMOIGNAGES.

exemple j de M. Francis Monnier^ dans son livre sur « La Conduite et les idées politiques du Chancelier d'Aguesseau ».

Parlant de Saint-Simon et de sa retraite de la Cour^ l'auteur ajoute :

« Encore écrivit-il, dès lors, des Lettres nom" breuses sur les principaux événements. Ces Lettres sont conservées, encore inédites, au Ministère des Affaires Etrangères. Saint-Simon y continue ses Mémoires, et, si nous en jugeons par les courts fragments que nous en avons vus, il y mettait autant dé verve, de hardiesse et d'inépuisable fécondité que dans ses Mémoires (i). »

Appelé et souhaité par tous ^ bienvenu de tous sera celui à qui il sera donné de répandre une bienfaisante lumière sur l'obscurité qui enveloppe encore cette question toute littéraire. Tous ceux qui lisent^ tous ceux qui connaissent le duc de Saint-Simon par ses œuvres^ ou plutôt par son œuvre ^ tous ceux pour qui le goût et l'attrait des belles-lettres^ la curio-

(i) Voyez (( Le Chancelier d'âguesseau. Sa Conduite et ses Idées politiques yi, par M. Francis Mon nier, i volume in-8. Paris, Didier, 1860, p. 12 de l'Introduction.

FIN DE CET HISTORIQUE, 35i

site et Tétude de Thistoire sont choses honorables et faites pour être encouragées^ acclameront chaleureusement le révélateur encore attendu.

Ici sont nos limites pour l'historique des Manuscrits et Œuvres du Duc de Saint-Simon. Il nous reste à démontrer par des preuves (trop rares ^ hélas!) quel intérêt particulier auraient peut-être la révélation et la publication des écrits inédits de l'auteur des Mémoires.

DK l'intérêt que POURRAIT OFFRIR L\ PUBLICATION DES

Œuvres inédites du duc de saint-simon, particulièrement DES PIÈCES DE SA Correspoiidance. —

PREUVES A l'appui. — MORCEAUX INÉDITS TIRÉS DU CABINET d'un CURIEUX. — MÉMOIRE ÉCRIT PAR LE DUC DE SAINT-SIMON POUR LE DUC d'ORLÉANS ET POUR ETRE PRÉSENTÉ AU ROI SUR LE FAIT DE MADAME DES URSINS. — CORRESPONDANCE DU DUC d'oRLÉANS AVEC LE DUC DE SAINT-SIMON. — RÉVÉLATIONS DE SAINT-SIMON A CET ÉGARD. — OU SONT LES LETTRES DE LA DUCHESSE DE SAINT-SIMON, ET DE l' ATTRAIT QU'iL EST PERMIS DE LEUR SUPPOSER d' APRÈS SON CARACTÈRE PERSONNEL, LA GRACE ET LA SÛRETÉ DE SON ESPRIT.

11 n'y a pas lieu de s'étonner que le duc de Saint-Simon ait beaucoup écrit. II était de ceux qui aiment à écrire, et à écrire pour eux-mêmes, sans nulle arrière-pensée d'auteur et de public. Il confiait à sa plume le soin des expansions de son âme; il se débarrassait par elle du trop-plein de

Page 1