‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inédits (volume 2)Chapitre 36 sur 156 · DAMES DE CHIMAY ET DE VALENTINOIS · texte numérisé non relu

DAMES DE CHIMAY ET DE VALENTINOIS

(c. . . Je laisse à ma fille la Princesse de Chimay la bague d'un rubis où est gravé le portrait de Louis Treize que je porte à mon doigt depuis plus de cinquante ans, une autre bague de composition où est le mesme portrait, les pièces de monnoyes de Varin et les médailles que j'ay de ce grand et juste Prince qui à jamais nous doit estre si cher, et une bourse de cent jettons d'argent où il est représenté, et ce que j'ay de mignatures peintes par ma mère, et les portraits de sa chambre (i).

«... Je donne et substitue à ma petite-fille et unique héritière, la Comtesse de Valentinoîs, tous les portraits que j'ay à La Ferté et chés moy à Paris, qui sont tous de famille, de reconnoissance, ou d'intime amitié. Je la prie de les tendre et de ne les pas laisser dans un garde-meuble (2}.

Chenu, Avocat au Parlement, Conseiller, Commissaire du Roy en son Châtelet de Paris. Proce^-verbal du scellé apposé à l'hôtel de feu la Maréchale de Montmorency, etc. Y, 1 1 571. » Son testament est du i5 mars 1759, et les codicilles, des 28 août, 12 octobre 1760 et 2 mai 1761.

(i) Charlotte de Saint-Simon, fille du Duc et pair, née le 8 septembre 1696, mariée le 16 juin 1722 à Charles-Louis- Antoine-Galéas de Hennin-Bossu, Prince de Chimay. Veuve sans enfants le 3o février 1740, morte le 29 septembre 1763. Elle renonça à la succession du Duc son père par acte passé devant M* Baron, notaire à Paris, le 4 septembre 1755. Son unique héritière fut sa nièce, Marie-Christine-Chrestienne de Rouvroy de Saint-Simon de Ruffec, comtesse de Valentinois.

(2) Marie- Chsistine-Chaestxbnnb de Rouvroy de Saint-

M. L'ÉVÊQUE DE METZ.* i3

«... Je donne à mon cousin M. de S. Simon Evesque de Metz tous mes manuscrits tant de ma

Simon de Ruffec, petite-fille du Duc et fille unique de Jacques-Louis de Saint-Simon, duc de Ruffec, Pair de France, mort le i6 juillet 1746, et de Dame Catherine-Charlotte- Thérèse de Gramont, veuve en premières noces de Philippe-Alexandre, Prince de Bournonville. Née à Paris le 7 mai 1728; mariée le 3o novembre 1750 à Charles-Maurice Grimaldi, comte de Valentinois; nommée Dame pour accompagner Madame le 3o octobre 1762; Dame d*atour de Madame, Comtesse de Provence, le i" mars 1771 ; Dame d'honneur le 24 décembre de la même année. Morte le 4 juillet 1774 à Paris, en son hôtel de la rue de Bourbon, sans en£Eints. Avec elle finit la ligne directe du duc de Saint-Simon, auteur des Mémoires. Son testament porte ces mots au commencement : a En reconnoissance des bontés que j'ai reçues de Madame depuis que j'ai l'honneur d'estre à elle, je la supplie de recevoir une tabatière garnie de diamants que le Roi m'a donnée où est le portrait de Sa Majesté. » Elle était Grande d'Espagne de première classe par Lettres patentes du Roi (février 1766) qui lui en confirmèrent le titre, et Grande-Croix de l'ordre de Malte. Pour l'hérédité de la Grandesse d'Espagne, il s'engagea au Parlement, en la Grand'Chambre (1777), un procès qui a h\t le plus grand bruit. Quant aux prétendants à se dire habiles à hériter, il ne s'en rencontra pas moins de sept, qui furent: Antoine, duc de Gramont, pair de France, souverain de Bidache; Louis, marquis de Saint-Simon, demeurant en son château de Faye près de Barbezieux, se disant habile à se dire et porter seul héritier de la feue Comtesse, de la ligne de Saint-Simon; Louis de Durfort, duc de Lorges; Jacques-Charles, marquis de Fitz-James; le comte de Valentinois, stipulant comme mari de la feue Comtesse dont il était séparé de biens; Charles- François, comte de l'Aubespine; Louis-Gabriel, marquis de Saint- Simon, seigneur de Villexavier, Chartuzac, Turgerac, Roustignac en Lartic, demeurant au château de Villexavier, province de Saintonge. (J'ai tiré ces notes précises des Minutes de M* Delaleu, possédées aujourd'hui par M* Rouget.)

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main qu'autres et les lettres que j*ay gardées pour diverses raisons desquelles je proteste qu'aucune ne regarde les affaires de mes biens et Maison (i).

(i) L*ÉvÊQUE DE Metz est pour nous, parmi ces divers légataires, le plus important et le plus intéressant, ayant été déclaré légataire de tous les Manuscrits du duc de Saint-Simon, son cousin. Il avait accompagné le Duc à cette fisimeuse ambassade d'Espagne au récit de laquelle TauteuT des Mémoires a consacré un si remarquable chapitre (voyez les tomes XVIII et XIX des Mémoires de l'édition Hachette). Je trouve cette note le concernant dans les papiers généalogiques à la Bibliothèque nationale (Manuscrits) :

« Le Roy a nommé à Tévêché de Metz, sufiragant de Trêves, vacant du 28 novembre 1782 par le décès de Henri- Charles de Comboust, duc de Coislin, pair de France, révêque-comte de Noyon, Claude de Saint-Simon, né le 20 septembre 1695, à la charge de io,3oo 1. de pension, lequel fut nommé Abbé commendataire de Tabbaye de Jumiéges, ordre de Saint-Benoît, diocèse de Rouen, le 20 janvier 1716, et Évêque-comte de Noyon, pair de France au mois de juillet 173 1. Il fut sacré le i5 juin 1732 dans réglise du Noviciat des Dominicains, à Paris, par VAt* chevêque de Rouen, assisté des Évéques d*Uzès et de Bayeux. Il prêta serment et prit séance au Parlement de Paris en qualité de Pair de France le 12 janvier 1733. Il est fils de feu Titus-Eustache de Saint-Simon, seigneur de Fulvy- sur -Somme, Capitaine au régiment des gardes* françaises et Brigadier des armées du Roy, mort le i*' septembre 1712, âgé de 58 ans, et de Dame Claire-Eugénie d'Hauterive de Villesecq, morte le 3i juillet 1726. M. le Bailly de Saint-Simon, Général des galères de la Religion, Ambassadeur auprez de Charles de Bourbon, Roy des Deux-Siciles, en 1733, est frère de TÉvéque de Metz. » Cette branche, du reste, de la famille de Saint-Simon était trèsnombreuse, Eustache-Titus, qui en était le chef, ayant laissé neuf enfants. L'Évéque de Metz eut de très-vifs froissements avec le Parlement de cette ville, d'où il advint

M. DAGUESSEAU DE FRESNE. i5

c( . . . Je lègue quatre cents francs par an , leur vie durant chacun, à Lodier (i) qui a soin de mes livres et qui a déjà un legs de ma chère espouse, à Piat mon officier...., etc.

«... Je prie Monsieur Daguesseau de Fresne, Conseiller d*Estat ordinaire, duquel, ainsy que de sa famille, j'ay toujours receu beaucoup de mar-ques d'amitié, de vouloir bien m*en donner cette dernière, d'estre TExecuteur de ce mien testament olographe, et de le faire exécuter et accomplir de point en point, selon sa formule et teneur, me démettant entre ses mains de tous mes biens et de tout ce que j'ay en ce monde pour cet effet. Je le supplie en mesme temps de vouloir bien accepter un de mes plus beaux et plus agréables tableaux de Raphaël, qui représente la Sainte Vierge assise

qu'il résida aussi peu que possible en son évêché. Il dut y retourner définitivement après la déclaration du Roi qui donnait ordre aux Évoques de se retirer dans leurs diocèses en 1756. tt Dimanche, 19 de ce mois (décembre) », dit Tavocat Barbier dans son Journal, a M. de Saint-Simon, « Évêque de Metz, se fit présenter par le premier gentil- « homme, et fit une grande révérence au Roi pour prena dre congé de Sa Majesté. Le Roi lui tourna le dos et ne a lui dit pas un mot. » Il mourut à Metz le 29 février 1760.

(i) Le S' Lodier (et Laudier), secrétaire et bibliothécaire du duc de Saint-Simon, n'apparaît qu'une fois dans le cours de notre récit, mais la circonstance dans laquelle on le fait venir de la Ferté pour donner son témoignage à propos des Manuscrits laissés par le duc de Saint-Simon, est des plus curieuses et intéressantes. Voyez plus loin le chapitre xiii, journée du 28 juillet 1755, et l'extrait du Procès-verbal du Commissaire En(}uéteur.

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tenant Notre -Seigneur Jésus-Christ son divin Fils sur ses genoux, que je luy lègue » (i).

(i) Daguesseau (Jean-Baptiste-Paulin), Chevalier, seigneur de Fresnes, Conseiller d*État ordinaire, l'un des quatre fils de Henri-François Daguesseau, qui fut Chancelier de France, et d*Anne Lefèvre d'Ormesson. Voir les Lettres patentes de Maître des requêtes honoraire à M. Daguesseau de Fresnes, 2 1 février 1 740. Archives nationales : Grand Conseil (U, 658). Il épousa en premières noces demoiselle Anne-Louise-Françoise Du Pré De la Grange- Blesneau, et en secondes noces mademoiselle Le Bret, fille du premier Président de Provence. Sa fille du premier lit, Henriette-Anne-Louise, épousa Jean-Paul de Noailles, qui fut Duc d Ayen. La terre de Fresnes, dont le fils du Chancelier avait pris le nom, faisait partie de la Brie champenoise. Diocèse et Élection de Meaux, Parlement et Intendance de Paris. On y comptait quarante-huit feux. L'abbé d'Expilly parle de la beauté du château de Fresnes, situé à très-petite distance de la Marne, avec une chapelle du plus noble aspect , ouvrage de Mansart.

Le duc de Saint-Simon formule ainsi le second point de son testament : « Je veux que mes dettes soient payées le plus promptentent que faire se pourra. »

L'énoncé de cette volonté du défunt exige quelques commentaires^ qui seront une explication aux embarras, aux difficultés, aux réquisitoires, aux ordonnances et aux arrêts, qui ont été autant d'obstacles à la simple et prompte exécution de l'article douzième , par lequel le testateur donnait à l'Évéque de Metz tous ses manuscrits, oc tant de sa main que autres i>.

Le duc de Luynes, dans ses très-utiles Mémoires sur la cour de Louis XV, ne se

i8 EMBARRAS FINANCIERS.

trompait guère lorsqu'il écrivait : « M. de Saint-Simon est l'homme du monde le plus incapable d'entendre les affaires d'intérêt ^ quoique cependant il soit extrêmement instruit sur toute autre matière ( i ) . » Depuis que le duc de Saint-Simon avait perdu la duchesse sa femme (2)^ sa position^ en effets n'avait fait que croître en embarras j au point qu'il en avait été amenée pour assurer le repos de ses dernières années ^ à se mettre en direction et syndicat j par un abandon de cent vingt et un mille trois cent treize livres de rente j à compter du i*' octobre 1749. Du consentement des intéressés ^ il s'était réservé une somme de rente trèssuffisante et honorable pour la conduite de sa maison et la nécessité de ses affaires

(i) Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (i 735-1 758), publiés par MM. L. Dussieux et E. Soulié (17 volumes in-8«. Paris, Didot, i865).

(2) Dame Marie-Gabriellb de Durfort de Lorges, morte le 1 1 mai 1743, laissant trois enfants de son mariage avec la duc de Saint-Simon : i" Jacques-Louis de Saint-Simon, duc de Rufifec; 2« Armand-^Jean de Saint-Simon, marquis de Rufifec; 3» Charlotte de Saint-Simon, Princesse de Chimayé Il fsMt lire l'admirable et touchante page que le duc de Saint-Simon a consacrée au souvenir de la feue duchesse sa femme, qui pour lui avait toujours eu a le don du plus excellent conseil ».

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