REQUÊTE A MESSIEURS DU CONSEIL
classe, chevalier des Ordres du Roy, expose que, pour parvenir au payement de ses dettes et de celles de ses père et mère, il auroit, par acte passé devant M" Delaleu et son confrère. Notaires à Paris, le 9 juillet 1748 et jours suivants, quitté, délaissé et abandonné à ses créanciers les revenus de tous ses biens et terres exprimez audit contrat, aux charges, clauses et conditions y portées, ensemble les bois taillis extraordinaires et de haute futaie dépendants du Comté de La Ferté-Vidame, que le contrat étant signé de plusieurs des créanciers de l'exposant , il se seroit pourvu conjointement avec les syndics et directeurs de ses créanciers nommés par le contrat au Conseil d*Estat de Sa Majesté, et auroiént obtenu arrêt le 3i août 1748 , par lequel Sa Majesté estant en son Conseil a évocqué à soy et à son Conseil toutes les contestations nées et à naître entre ledit S' Duc de S. Simon et ses créanciers, en quelques tribunaux qu'elles soient pendantes ou puissent être portées, tant au sujet de la liquidation des dettes dudit S' Duc de S. Simon que de l'homologation du contrat passé entre luy et ses créanciers le 9 juillet 1748 et jours suivants, et icelles circonstances et dépendances renvoyées par-devant vous. Messieurs, pour les juger définitivement et en dernier ressort sur simples mémoires et sans significations.
Et d'autant qu'il est del'interest non-seulement dudit Duc de S. Simon, mais mesme de tous les créanciers que ledit contrat du 9 juillet soit homologué incessamment pour estre exécuté en tout
son contenu selon sa forme et teneur, ledit S' Duc de S. Simon a esté conseillé de se pourvoir pardevant vous, Messieurs, par la présente requeste.
Ce considéré, Messieurs, il vous plaise ordonner que ledit contrat dudit jour 9 juillet 1748 et jours suivants, sera homologué avec ceux desdits créanciers qui Tout signé pour être exécuté selon sa forme et teneur, et qu'à l'égard de ceux qui ne l'ont pas signé, la présente requeste leur sera communiquée pour fournir des réponses dans le délai du règlement sur simples mémoires et sans signification , conformément audit arrest du 3 1 août dernier, sinon qu'il sera fait droit, et ferez justice (i).
Louis, Duc de S. Simon.
Notre intention n'est pas de disserter sur les aflFaires proprement dites de M. le duc de Saint-Simon 3 bien que les papiers que nous avons rencontrés dans le cours de nos recherches suflSraient^ à cet égards
(i) Akchiyes nationales : Conseils du Roi, Commissions temporaires, AfBiires particulières jugées extraordinairement, dix-septième et dix-huitième siècles, V, 486 (carton). Voir Commission de M, le duc de Saint-Simon (1749) : Minutes de jugement; Texte du contrat du duc de Saint- Simon passé avec ses créanciers du 9 au 29 juillet et du 2 au 28 août 1748; Jugement qui homologue le contrat d'union, etc., 14 mars 1749*
pour donner matière à un ouvrage de jurisconsulte. Aussi ne nous étendrons -nous pas au delà des limites les plus nécessaires à Texplication de l'intervention des créanciers^ représentés par un Procureur^ aux vacations successivement remplies pendant près d'un an pour l'exécution de l'inventaire considérable des biens meubles ^ titres et papiers du Duc et Pair. Les actes notariés^ cités au répertoire des minutes de M* Delaleu^ portent cette mention fréquente : a Les Directeurs et Syndics des créanciers de M. le duc de Saint-Simon. » Cela seul permet de supposer que la compagnie de ces derniers devait être nombreuse ^ et qu'à la mort du débiteur il se produirait plus d'une contestation propre à retarder toutes conclusions^ au grand détriment d'un chacun (i). Il en fut ainsi. Et c'est là seulement qu'il faut chercher
(i) Il convient de remarquer qu'un mois seulement avant qu*il mourût, les affaires du duc de Saint-Simon devaient être liquidées. On le voit par le jugement des Commissaires nommés par le Roi, du 4 février lySS. Dans la quinzaine qui suivit sa mort, il y eut u assemblée générale des sieurs et dames créanciers dudit S' duc de Saint-Simon convoqués par billets en la manière accoutumée et receue par le S' Delaleu et son confrère le 24 mars lySS ». (Archives NATIONALES : Id,, ibid,)
l'explication de l'énigme du temps si long qui s'est écoulé entre la date de la mort du duc de Saint-Simon et celle de la délivrance de ses Manuscrits; retenus qu'ils furent comme a des prisonniers au masque de fer »^ c'est-à-dire hermétiquement enfermés et invisibles ^ depuis le jour où^ inventoriés un à un ^ puis portés en des caisses confiées au Notaire^ de par l'ordonnance du Lieutenant civile en lySS^ ils en furent tirés pour être remis au mandataire de M. le duc de Choiseul^ de par l'ordre du Roi. Nous en verrons d'ailleurs l'histoire^ et puisque nous suivons le cours des faits en cette matière ^ c'est aux procédures suivies pour la levée des scellés^ et à la « description de ce qui se trouvera sous iceux »^ qu'il nous faut assister.
LA PREMièRE VACATION. — INTITULÉ DE l'iNVENTAIRE EN l' HOTEL DE LA RUE DE GRENELLE, OU ÉTAIT MORT MGR LE DUC DE SAINT-SIMON.
Ce fut le 1 1 mars^ au lendemain même du jour où la cérémonie de l'exhumation du corps de M. le duc de Saint- Simon avait été faite ^ selon ses dernières volontés^ à la Ferté-Vidame (i)^ que
(i) a ... Je veux que de quelque lieu que je meure, mon corps soit aporté et inhumé dans le caveau de l'église paroissiale dudit lieu de la Ferté, auprès de celuy de ma très chère espouse et qui soit ùlïI et mis anneaux, crochets et liens de fer qui attachent nos deux cercueils si étroitement ensemble et si bien rivés qu'il soit impossible de les séparer lun de lautre sans les briser tous deux... » (Testament.)
M. Jal, dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire (Paris, Pion, 1867), article Saint-Simon, rapporte l'acte de convoi et transport de la dépouille mortelle de Louis, duc de Saint-Simon, de Paris à la Ferté-Vidame. Pour la cérémonie de l'inhumation en l'église de la Ferté,