CONJECTURES SUR UNE COPIE
telle lecture pouvait de temps en temps procurer ? Que de pages alors qui^ dans ce lieu de retraite^ tout superbe qu'il fùt^ mais de retraite /7<2r Ordre du Roi, c'est-à-dire par le fait amer de la disgrâce , ne pouvaient être mieux comprises^ entendues et savourées qu à Versailles, alors que, dans le faste d'un cabinet de premier ministre, sous le charme, dans l'ivresse, et^ disons-le aussi, dans les magiques illusions du pouvoir^ on dirigeait les affaires! De toute façon, il serait curieux de connaître quel fut le sort de cette copie du plus important Aqs Manuscrit à^s Saint-Simon ainsi confiée à Madame du Deffand, et partie pour Chanteloup avec M. le duc de Choiseul exilé u).
(i) L'histoire des copies qui furent faites des Mémoires de Saint-Simon, entre 1761 et 1775, n'est pas encore bien claire. Ce qui est certain, c'est que Voriginal sortit plusieurs fois du Dépôt des affaires étrangères, sur la permission formelle du ministre. C'est du moins l'Abbé de Voisenon qui le dit, et, certes, il en pouvait savoir quelque chose; et, lorsque j'aurai recueilli toute sa correspondance, et que je connaîtrai le contenu de la cassette qui, après sa mort, fut remise au sieur Emmanuel-Jacques Terresse, avocat au Parlement, le lundi 18 décembre 1755, il me sera commode de revenir sur ce piquant et attrayant sujet, avec bien d'autres détails et nombre d'autres faits nouveaux que je ne doute pas d'y rencontrer. Dans le cours de
254 ENCORE L'ABBÉ DE VOISeNON.
L'abbé de Voisenon^ — de l'Académie française depuis l'époque où nous l'avons laissé^ — est de nouveau celui que nous voyons approcher les Manuscrits originaux du feu Duc et Pair^ sous le ministère de M. d'Aiguillon. Il y avait pris goût, paraît-il, et y revenait volontiers. L'Abbé était un homme heureux. Rien ne lui fut refusé en 1772 comme en 1762. Il avait tant d'esprit, et savait si bien plaire à son monde! On avait raison de ne se pas montrer cruel , même en si grave maison.
Cependant Voisenon eut un rival: ce fut M. de Marmontel, à son tour fort secondé dans les mêmes travaux et les mêmes recherches par le même ministre, M. le duc d'Aiguillon. Il était historiographe de France, et bien connu du secrétaire d'État, qui en avait présenté le brevet
rintéressant procès qui fiit plaidé devantia Première Chambre du Tribunal de la Seine, en janvier et février iSby, il est fait mention d'exemplaires en copie, relativement nombreux. Copie d'importants extraits pour M. de Choi- SEUL par l'abbé de Voisenon ; copie pour la duchesse db Gramont. L'intendant même de la duchesse s'en serait aussi procuré une; M. le marquis de Ménars, frère de Madame de Pompadour, en aurait reçu une autre (sans nul doute comme héritier de sa sœur); M. le comte de Ver- GBNNES une autre en neuf volumes.