‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inéditsChapitre 125 sur 159 · LETTRE DE M. FEUILLET DE CONCHES · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. FEUILLET DE CONCHES

c'est ainsi que Saint-Simon les appelle, — sont de la main d'un des secrétaires auxquels il dictait le plus habituellement, et, d'ailleurs, Votre Excellence le sait mieux que personne , — le style, quand il y a un style, est un moyen de reconnaissance aussi sûr que l'écriture même. Or, ici, il n'y a point à s'y méprendre. Les Additions sont, comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire à Votre Excellence, soit des notes neuves sur des personnages non cités dans les Mémoires, soit, le plus souvent , des résumés de détails épars dans le cours de ce livre immortel; et lors même qu'elles ne sont que la reproduction textuelle des Mémoires (ce qui , dans Tétendue de six volumes et demi de notes, arrive trois fois pour des articles importants), on y retrouve encore, de loin en loin, à la place de mots pittoresques du texte imprimé, quelque autre image non moins pittoresque : nouveau trait de pinceau qui exclut le copiste et révèle le maître. Cela suffit pour prouver l'authenticité, mais ne suffirait pas pour motiver la reproduction d'un texte connu. Les trois Additions dont il s'agit sont donc du nombre de celles qu'il y aurait à remplacer par un renvoi aux Mémoires imprimes.

« Fkuillet de Conches (i). »

(i) A Son Excellence M. Villemain, Pair de France, ministre de l'instruction publique.

NOTES AU li JOURNAL DE DANGEAUi), 335

Les bureaux s'emparèrent momentanément du projet^ qui^ malgré Factivité et les bonnes dispositions de la commission^ y demeura longtemps retenu. Cependant^ la copie des Notes , Additions et Commentaires du duc de Saint-Simon ne s'en était pas moins effectuée par les soins de M. Feuillet de Couches, autorisé par le Président du Conseil, approuvé, encouragé, aidé par l'honorable Directeur des Archives, M. Mignet. Par suite de circonstances qui ont particulièrement tenu aux événements de la vie politique, le Ministre de l'Instruction publique a dû ensuite abandonner le projet de la publication qui avait été si heureusement présenté et qu'il avait adopté. Mais, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, l'œuvre ne ftit point perdue pour les curieux, puisque, dix ans plus tard, la maison Didot, se substituant au Ministère, entreprenait la publication du Journal de Dangeau, avec les Additions de Saint-Simon, copiées dix ans auparavant par M. Feuillet de Couches. Ce fait important, relatif à l'une des œuvres de l'auteur des Mémoires, est le dernier que nous ayons à

mentionner comme s'étant passé au Dépôt des Affaires étrangères jusqu'à l'époque du nouveau déplacement^ et^ par contre^ de l'installation nouvelle du Ministère ^ de ses bureaux et de ses archives.

Le projet d'un établissement définitif pour le ministère des Affaires Étrangères avec le Dépôt de ses Archives sur l'emplacement où nous les voyons aujourd'hui^ entre le quai d'Orsay et la rue de rUniversitéj ftit soumis aux Chambres^ au mois de juin 1845^ par M. Guizot, Président du Conseil des Ministres^ et approuvé par elles. L'architecte Lacornée^ chargé du soin d'élever cet édifice^ termina les constructions sept ans après.

M. Drouynde Lhuys^ Ministre Secrétaire d'État^ en prit possession avec ses bureaux, sous l'Empire, le 5 septembre i853 (i). Le Dépôt des Archives fut ensuite installé peu à peu dans la partie des bâtiments qui lui avait été destinée, en façade sur la rue de l'Université, par les soins particuliers de

(i) Ce jour-là, le Ministre des Af&ires Etrangères signa pour la première fois au quai d*Orsay.

M. Dumont, sous-directeur^ et de M. Tétot, commis principal sous la direction de M. Cintrât^ devenu chef du Dépôts peu de temps après l'heureuse et féconde direction et la très-honorable mais regrettable démission du savant Mignet, en 1848 (février) (i). Dans le nouveau bâtiment^ une salle dite des Manuscrits y ftit aussi ménagée pour être spécialement destinée à des séries de documents qui ^ selon le caprice et le vouloir du chef de service^ sont estimés choses propres à être classées^ rangées et conservées séparément des correspondances ordinaires. Celles-ci occupent les autres salles, remplies ainsi par les volumes des négociations, répartis en des armoires que distinguent les

(i) L'intérim qui eut lieu entre la démission de M. Mignet le 24 février 1848, et la nomination de M. CiNTRATàlamême direction, le 3 mars 1849, avait été rempli par M. Edouard Carteron, ancien préfet de l'Ain, envoyé ensuite consul à Stettin. M. Cintrât, après avoir été rédacteur, sousdirecteur et enfin directeur des Af&ires Politiques, fut nommé aux Archives, qu'il dirigea jusqu'au 28 octobre 1 866, époque à laquelle il fut admis à la retraite. Il a eu pour successeur M. Prosper Faugère, qui occupait l'une des sousdirections des Affaires Politiques, et qui, en littérature, s'était particulièrement distingué par des publications relatives à l'incomparable auteur des Lettres Provinciales.

noms des États étrangers. Les traités originaux , les écrits particuliers à des questions d'État^ les travaux commandés en divers temps aux rédacteurs de mémoires historiques et politiques^ les documents d'un caractère diplomatique acquis au Ministère , les uns par des ordres du Roi avant 1789 ou par des procédés répolutionnaires entre 1792 et 1797^ les autres par legSj dons ou achats^ s'y trouvent réunis. C'est donc dans cette salle, dite des Manuscrits y que ftirent placés les Papiers de Saint-Simon, diminués des on^e Portefeuilles de ses Mémoires , et^ils doivent s'y trouver aujourd'hui encore, à moins qu ils n'aient été disséminés et répartis, selon leur nature et leur objet, dans les volumes les plus variés des séries les plus diverses. Ce serait chose très-possible, depuis l'ouvrage entrepris et accompli , loin de tous les bruits du monde , par l'ancien sous-directeur, feu M. Dumont. Si les papiers de Saint-Simon, en effet, ont subi le sort de la dispersion et de la répartition, comme tant d'autres, sous le prédécesseur de M. Viennot, sous-directeur actuel, il n'y a plus de

SÉRIE DITE DE aSAlNT-SlMON yy. 339

ii papiers de Saint'- Simon » proprement dits^ c'est-à-dire de série, de collection formant un ensemble/ En un mot^ s'il en est ainsi ^ le Cabinet de M. le Duc de Saint-Simon j reçu et inventorié caisse par caisse par Le Dran^ en 1761 , n'existe plus. Il est fondu dans la masse des papiers désignés soit Négociations, soit Fonds de France. Il est disparu comme unités mais il n'en faut pas conclure qu'il le soit comme pièces et articles. Le reformer serait l'ouvrage d'un commis expert aidé de l'industrie du relieiir. Un copiste d'élite, bien dirigé , suffirait d'ailleurs à reproduire ce qui serait nécessaire pour la publication des œuvres, jusqu'ici inédites, du célèbre auteur. M. le Directeur des Archives ne manquerait d'ailleurs d'aucun secours intelligent, méthodique, bien réglé, pour parfaire cette intéressante besogne, du jour où le Ministre des Affaires Étrangères aurait cette heureuse inspiration et cette bienfaisante volonté, de l'inviter à s'acquitter de ce soin avec célérité, bonne grâce, méthode et perfection.

340 a JOURNAL DE DANGEAU ut PUBUÉ.

Le nom, si justement honoré, de M. Drouyn de Lhuys, est le premier que nous ayons à mentionner à propos de celui du Duc de Saint-Simon, dans cette période nouvelle de l'installation des papiers des Affaires Étrangères. Ce Ministre éclairé, juste et bienveillant, renouvela en faveur de M. Feuillet de Conches la permission qu'il avait eue de livrer à la publicité les Additions et Commentaires du Duc de Saint-Simon aux trente-sept volumes du Journal du Marquis de Dangeau. Tels sont les termes honorables dofit se sont servis les éditeurs du Journal, MM. Soulié, Dussieux, de Chennevières, Mantz et de Montaiglon, pour que le souvenir de la bienveillance de T honorable ministre ne soit point oublié :

« M. Feuillet de Conches (disent-ik d'abord) nous a donné la copie des Additions de Saint- Simon, qu'il avait faite en 1848 pour une édition du Journal de Dangeau projetée par le Comité historique, et à laquelle M. Villemain, alors Ministre, s'intéressait vivement. S. E. le Ministre des Affaires Étrangères, M. Drouyn de Lhuys, dont l'esprit littéraire et élevé a compris l'importance de notre publication , a bien voulu Tencou-

a JOURNAL DE DANGEAU » PUBLIÉ. 341

rager en autorisant M. Feuillet de Conches à publier les Additions de Saint-Simon et en nous communiquant le Manuscrit pour en iaire la collation. Que M. le Ministre nous permette de lui témoigner notre profonde reconnaissance pour le service éminent qu'il a rendu aux lettres et à rhistoire par cette généreuse bienveillance (i). »

Le premier volume de l'ouvrage à la publication duquel le Ministre Drouyn de Lhuys donna son approbation et qu'il honora de ses encouragements, parut en 1854 j sous ce titre j où Saint-Simon a sa juste part : « Journal du Marquis de Dangeau, publié en entier pour la première fois avec les Additions inédites du Duc de Saint-Simon » (2). Ainsi se trouve décrit le Manuscrit qui importe à cet historique :

« Les Archives du Ministère des Affaires Étrangères possèdent un Manuscrit du Journal de Dangeau en trente-sept volumes in-folio. Cette copie a été faite, sur le Manuscrit original même,

(i) Voyez V Avertissement des éditeurs du Journal du marquis de Dangeau. Tome l*', page 8.

(2) Dix-neuf volumes in-8«. Paris, Firmin Didot frères, libraires-imprimeurs de l'Institut de France, 1854.

342 NOTES AU « JOURNAL DE DANGEAU y*,

pour Saint-Simon. Le texte de Dangeau occupe le verso ; le recto a été laissé en blanc par le copiste, de manière que Saint-Simon pût faire écrire sous sa dictée, par son secrétaire, telle note, ou, comme il le dit lui-même, telle addition qu'il jugerait à propos. Les volumes sont terminés par des tables faites par Saint-Simon lui-même et écrites par son secrétaire. Le texte des Additions est quelquefois raturé et surchargé : ces corrections sont de M. Le Dran (i).

Pendant le temps même qu'avait cours la belle publication du Journal de Dangeau, avec \es Additions de Saint-Simon^ par les lettrés distingués et méritants que nous avons nommés ^ parut un ouvrage utile qui^ pour l'époque^ fut le guide le plus sûr et le plus éclairé qu'il y eût encore en France en matière d'archives.

L'honneur de Tavoir publié appartient à M. Henri Bordier. Nous voulons parler de son livre : « Les Archives de la France, ou Histoire des Archives de V Empire, des Archives des Ministères,

(i) Voyez V Avertissement des Éditeurs du Journal du Marquis de Dangeau, tome l*', page 6. Sur Le Dran , voyez plus haut, pages 226 à 233 de notre livre.

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