INVENTAIRE DONNÉ PAR M. BORDIER
Papes. — Assemblées d'États. — Ambassadeurs.
— Noblesse. — Conseils. — Secrétaires d'État.
— Parlements. — Anecdotes. — Matières diverses et intéressantes.
Cent trente et un portefeuilles, volumes ou liasses contenant des Pièces ou Notes sur diverses sortes de sujets.
Trente-sept volumes in-folio des Mémoires de Dangeau, annotés de la main de Saint-Simon.
C^est donc au nombre de deux cent soixante et dix-sept Volumes, Liasses ou Portefeuilles, que s^élève la collection des Manuscrits du Duc de Saint-Simon, de ce grand écrivain, qui girait encore inconnu dans les catacombes du Ministère des Affaires Étrangères, si, par suite A' abus dont Tadministration s'est amèrement plainte, on n'en avait arraché les Mémoires pour les livrer à Tadmiration de tous ceux qui se plaisent à contempler les grandes époques de notre histoire et les ressources infinies de notre langue. »
Cette note de l'auteur des a Archives de la France » y succinctement mais évidemment aussi bien informé à cet égard qu'il était possible de l'être^ a sa valeur^ car, pour nous, elle représente incontestablement Tétat précis de la disposition, du nombre, du classement des volumes et portefeuilles que les archivistes des
Affaires Étrangères avaient admis et adopté pour les articles du Cabinet du Duc de Saint-Simon. Il y a donc lieu de croire que feu M. Dumont n'avait pas encore^ à Tépoque où ces renseignements ont été fournis à M. Henri Bordier, commencé l'œuvre de dispersion et de répartition qu'il a^ depuis^ entreprise et parachevée avec un labeur, une assiduité et une persévérance de tous les instants; œuvre, d'ailleurs, qu'il ne nous appartient pas de discuter ou d'apprécier, car c'est chose et affaire de ménage.
Il est remarquable qu'après le succès des démarches des éditeurs du Journal de DangeaUj en 1854, le cercle se soit resserré autour des Papiers du Duc de Saint-Simon au point de permettre de croire que décision aurait été prise de former autour d'eux le vide le plus complet et d'imposer le silence le plus absolu. Il y eut là comme une sorte d'élément mystérieux, qui est demeuré inexplicable à tous. Cela rappelle ces livres sibyllins des temps antiques, dont le seul essai d'interprétation, au dehors, était réputé une vio-
lâtion des choses sacrées. Un jour^ cependant^ un curieux se rencontra qui, par ses relations dans les régions officielles, obtint la permission de connaître les Lettres et Dépêches écrites par le duc de Saint-Simon pendant son ambassade extraordinaire en Espagne. C'était M. Edouard de Barthélémy, alors auditeur au Conseil d'État. M. Baroche, président de ce Conseil, avait présenté la demande de M. de Barthélémy à M. Thouvenel (i). Ministre des Affaires Étrangères, qui avait trouvé que le désir seul de connaître ces papiers d'antique intérêt honorait celui qui Tavait exprimé. Le Ministre accorda donc à M. de Barthélémy l'entrée aux archives des Affaires Étrangères, pour y consulter les Papiers d'Espagne du duc de Saint- Simon. Cette permission avait été comme un événement dans l'intérieur du Dépôt , et on en avait pris de l'émotion. Mais la grâce ministérielle fut bientôt tempérée par la rigueur du règlement, qui la rendit même tout à fait nulle en ses effets.
(i) M. A. Ed. Thouvenel fut déclaré ministre secrétaire d'Etat, pour les Affaires Étrangères, le 4 janvier 1860. Sa démission fut acceptée le i5 octobre 1862.
A peu de temps de là^ Thonorable et savant M. Chéruel était à la veille de terminer l'édition^ en vingt volumes, des 3/émoires de Saint-Simon, qui avait été confiée à ses soins. Jamais encore aucune édition des Mémoires n'était arrivée à offrir des garanties aussi certaines pour l'intégrité et pour l'exactitude du texte.
Être cet éditeur, ajouter à cette qualité celle d'Inspecteur général dans l'Université de France, avoir fait apprécier son nom et ses travaux dans le public des érudits et des lettrés, cela avait pu sembler de quelque raison et de quelque valeur pour avoir accès, en i858, auprès des Papiers du Duc de Saint-Simon, reçus au Dépôt en 1760. M. Chéruel, qui aujourd'hui est recteur de l'Académie de Poitiers et éditeur de la curieuse Correspondance politique du Cardinal Maiarin, donnant alors ses soins aux vingt volumes des Mémoires, avait estimé que le public aurait intérêt à savoir si l'auteur avait réellement limité son œuvre aux événements de 1723, ou bien si, sous telle ou telle forme, en projet même, par fragments peut-être, il n'y aurait point trace d'une
suite aux Mémoires depuis cette époque ^ parmi les papiers inédits et restés inconnus à tout le monde, sauf à M. l'abbé de Voisenon, inort en lyyS. Mais il paraît que ces titres qui nous semblent si raisonnables, n'étaient, à les bien prendre, que songes et rêveries, car voici l'aveu que fait M. l'inspecteur général de l'Université de France, éditeur des vingt volumes des Mémoires coUationnés par lui sur le manuscrit original :
« Saint-Simon a-t-il réellement écrit la suite de ses 3f(^moir^5 jusqu'en 1743, époque de la mort du Cardinal de Fleury? On ne pourrait éclaircir ce doute que s'il était permis d'étudier les Papiers du Duc conservés au Ministère des Affaires Étrangères. Nous l'avons vainement tenté; nous ne pouvons que recommander cette recherche à d'autres qui seront plus heureux que nous (i) ».
Depuis, le voile semble n'avoir pas été levé, le mystère s'est maintenu. Nulle publicité à cet égard ! Quelquefois seulement, un écho rapide, un témoignage donné comme par hasard! Ce mot, par
(i) Voyez la note de la page 94 du tome XX de Tédition Hachette. Paris , i858.
35o RARES TÉMOIGNAGES.
exemple^ de M. Francis Monnier^ dans son livre sur « La Conduite et les idées politiques du Chancelier d'Aguesseau ».
Parlant de Saint-Simon et de sa retraite delà Cour, Tauteur ajoute:
« Encore écrivit-il , dès lors , des Lettres nombreuses sur les principaux événements. Ces Lettres sont conservées, encore inédites, au Ministère des Affaires Étrangères. Saint-Simon y continue ses Mémoires, et, si nous en jugeons par les courts fragments que nous en avons vus , il y mettait autant de verve, de hardiesse et d'inépuisable fécondité que dans ses Mémoires (i). »
Appelé et souhaité par tous, bienvenu de tous sera celui à qui il sera donné de répandre une bienfaisante lumière sur l'obscurité qui enveloppe encore cette question toute littéraire. Tous ceux qui lisent^ tous ceux qui connaissent le duc de Saint-Simon par ses œuvres^ ou plutôt par son œuvre, tous ceux pour qui le goût et Tattrait des belles-lettres, la curio-
(i) Voyez « Le Chancelier d*Aguesseau. Sa Conduite et ses Idées politiques y> , par M. Francis Mon nier, i volume in-8. Paris, Didier, iSbo, p. 12 de Tin traduction.
FIN DE CET HISTORIQUE. 35i
site et Tétude de l'histoire sont choses honorables et faites pour être encouragées > acclameront chaleureusement le révélateur encore attendu.
Ici sont nos limites pour l'historique des Manuscrits et Œuvres du Duc de Saint-Simon. Il nous reste à démontrer par des preuves (trop rares ^ hélas!) quel intérêt particulier auraient peut-être la révélation et la publication des écrits inédits de l'auteur des Mémoires.
DE l'intérêt que POURRAIT OFFRIR LA PUBUCATION DES
Œuvres inédites du duc de saint-simon, particulièrement DES PIÈCES de sa Correspondance. —
PREUVES A l'appui. — MORCEAUX INÉDITS TIRÉS DU CABINET d'un CURIEUX. — MÉMOIRE ÉCRIT PAR LE DUC DE SAINT-SIMON POUR LE DUC d' ORLÉANS ET POUR ÊTRE PRÉSENTÉ AU ROI SUR LE FAIT DE MADAME DES URSINS. — CORRESPONDANCE DU DUC d'oRLÉANS AVEC LE DUC DE SAINT-SIMON. — RÉVÉLATIONS DE SAINT-SIMON A CET ÉGARD. — OU SONT LES LETTRES DE LA DUCHESSE DE SAINT-SIMON, ET DE l' ATTRAIT QU'iL EST PERMIS DE LEUR SUPPOSER d' APRÈS SON CARACTÈRE PERSONNEL, LA GRACE ET LA SÛRETÉ DE SON ESPRIT.
Il n'y a pas lieu de s'étonner que le duc de Saint-Simon ait beaucoup écrit. Il était de ceux qui aiment à écrire ^ et à écrire pour eux-mêmes^ sans nulle arrière-pensée d'auteur et de public. Il confiait à sa plume le soin des expansions de son âme;
il se débarrassait par elle du trop-plein de