‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inéditsChapitre 133 sur 159 · MÉMOIRE POUR LE DAUPHIN · texte numérisé non relu

MÉMOIRE POUR LE DAUPHIN

dont M. Mesnard a rencontré une copie parmi les manuscrits de la Bibliothèque Nationale, et qu'il a entièrement publié en i865j avec des notes et des éclaircissements considérables (i). Il y est grandement question de ces fameux Conseils dont Saint-Simon avait dès longtemps médité l'établissement, et de la rédaction

(i) Projet de Gouvernement du duc de Bourgogne , Dauphin, Mémoire attribué au duc de Saimt-Simon et publié pour la première fois d*après le manuscrit delà Bibliothèque Impériale, par M. Mesnard. (In-8*, iSSg, Paris, librairie Hachette et C*.) Ce livre est divisé en trois parties, dont une Introduction de 1 14 pages, le Mémoire de i57 pages et les Notes qui n'en ont pas moins de 124. J'extrais de Vlntro^ duction ce curieux passage relativement au Dépôt des Affoires Étrangères :

« Tout le monde a entendu dire que les Archives des Affaires Étrangères, qui ont été longtemps en possession du manuscrit des Mémoires de Saint-Simon, ont encore aujourd'hui beaucoup d'écrits du même auteur. C'est un bruit généralement répandu aussi, que V accès de ces trésors n'est pas facile. Si tout le monde ne va pas à Corinthe,je ne suis pas de ceux qui pourraient avoir des facilités particulières pour y aborder. Cependant j'ai pu m' adresser pour avoir des in^ formations à une personne très-obligeante, très-bien placée pour les obtenir complètes et sans réserve, et très-compétente dans tout ce qui a rapport aux ouvrages de Saint-Simon, Cette personne m'a fait savoir que parmi les écrits de Saint- Simon que l'on a au Ministère des Affaires Étrangères et qui sont toutes des Notes ou des Mémoires sur des questions de cérémonial, de préséance et autres semblables, il n'y a rien qui se rapporte aux projets de Gouvernement du duc de Bourgogne». Ainsi parlait M. Mesnard, en iSSg, à la page i5 de son Introduction au projet de Gouvernement, etc.

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du projet desquels il avait ^ en différentes occasions^ tiré si particulière vanité auprès de ses graves et plus intimes confidents, les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers. Rien d'intéressant, d'ailleurs, comme la lecture des pages où il se répand à cet égard, où il met tout en scène avec une vivacité de souvenir, un ton de sincérité, une représentation si fidèle du lieu même, des paroles échangées, des gestes faits, que le lecteur, oubliant l'espace des temps écoulés, s'imagine volontiers qu'il est lui-même de la compagnie et se dispose à prendre part à ces discussions. Saint-Simon appelait cela ses remèdes aux choses de l'État :

« J*en étois si rempli (dit-il), qu'il y avoit des années que je les avois jetés sur le papier, plutôt pour mon soulagement et pour me prouver à moimême leur utilité et leur possibilité, que dans l'espérance qu'il en pût jamais rien réussir. Us n avoient jamais vu le jour , et je ne m'en étois laissé entendre à personne, lorsqu'une aprèsdînée , le duc de Chevreuse vint chez moi dans l'appartement de feu M. le maréchal de Lorges que j'occupois , et monta tout de suite dans un petit entre-sol à cheminée dont je faisois mon cabinet , et qu'il connaissoit fort. Il étoit plein de

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la situation présente, il m*en parla avec amertume; il me proposa de chercher des remèdes. A mon tour je l'en pressai..., ma surprise fut donc grande lorsque M. de Chevreuse, s ouvrant de plus en plus avec moi, se mit à déployer les mêmes idées que j*avois eues. Il aimoit à parler et il parloit bien, avec justesse, précision et choix.... A la fin, il s'aperçut de mon extrême surprise ; il voulut me faire parler à mon tour sur ce qu'il proposoit ; et je ne répondois que par monosyllabes, absorbé que j'étois dans la singularité que j'éprouvois. A son tour la surprise le saisit, il étoit accoutumé à ma franchise, à m'entendre répondre avec lui.... il me voyoit morne, silencieux, concentré.

« Mais parle:(-moi donc , me dit-il enfin; à qui en ave\'VOus donc aujourd'hui ? Franchement, est-ce que je dis des sottises ? »

« Alors, je n'y puis plus tenir, et sans répondre une parole je tire une clef de ma poche, j'ouvre une armoire qui étoit derrière moi, j'en tire trois fort petits cahiers écrits de ma main :

« Tene:(, Monsieur, lui dis-je, vqye:{ d^oîi vient ma surprise et mon silence, »

« Il lut, puis parcourut et trouva tout son plan; jamais je ne vis homme plus étonné, ou plutôt jamais deux hommes ne le furent l'un après l'autre davantage (i). »

(i) Mémoires complets et authentiques, etc. Tome VII, chapitre vu, pages qq, ioo, ioi. Le sommaire en tête

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