‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inéditsChapitre 135 sur 159 · DISCOURS POLITIQUES · texte numérisé non relu

DISCOURS POLITIQUES

étoient bien éloignés de se douter de Timportante discussion qui alioit se faire d'eux (i). »

Nous pensons que c'est pendant Tannée 1 7 1 1 , précédant celle de la mort du Dauphin^ que Saint-Simon a rédigé ses Discours politiques j dont çà et là, dans ses écrits connus , on retrouve la mention de différents titres, ainsi :

<c Le projet de restablissement des trois Estais du Royaume de France en particulier, de la Monarchie en général et d'une meilleure forme de Gouvernement en toutes ses parties.

(c Mémoire historique du Gouvernement politique de France par les Conseils sous la troisième race. »

Des fragments historiques, des choses de simple narration doivent aussi exister parmi les papiers divers de l'auteur. Et il est d'autant plus désirable de les connaître qu'à la vérité c'était en quoi il excellait. Saint-Simon avait le génie historique

(i) Mémoires, etc. Tome IX, chapitre xvi, pages 383> 384.(Édition Hachette. Paris, i856.) L'auteur revient encore sur ces écrits, qu'il rédigeait pour ses consultations d'État avec M. le duc de Bourgogne, au tome XII, chapitre vin, pages 174 et suivantes.

beaucoup plus que le génie politique. En histoire, sa plume était une maîtresse plume; en politique, sa pensée consistait beaucoup en rêveries , nous voulons dire en conceptions fort peu pratiques et par conséquent assez inutiles. Il existe quelques bons témoignages de ces fragments historiques dont nous parlons. Sous le titre de a Louis XIII et Richelieu » , la Revue des Deux- Mondes a publié en 1834 deux morceaux d'histoire qui sont des impressions personnelles du duc de Saint- Simon, à la suite d'une lecture qu'il venait de faire des Mémoires de Fontenay-Mareuil. Plusieurs traits avaient éveillé ses souvenirs; il s'était aussitôt rappelé certains récits que lui avait faits son père sur l'aflFaire du Pas de Suse et sur la Journée des Dupes, et il les avait reproduits au courant de sa plume , toujours bien disposée, toujours propre à servir un si grand maître. Il y a dans ces deux fragments une simplicité de touche, un charme de conteur, une facilité de souvenir qui sont choses délicieuses ( i ) .

(i) Voyez la Revue des Deux-Mondes du i5 novembre

Que ne révèle encore ^ dans un autre ordre d'idées et d'écrits^ cet étrange titre rapporté par Térudit M. Gallien : « Cendres que j'ai vues à plusieurs depuis IJ23 ou qui le seront bientôt ». Ce titre, qui tout d'abord, si on ne le savait être de Saint-Simon, évoquerait plutôt le sourire que l'admiration, tant il est bizarre et de tournure peu commune, nous paraît couvrir un ensemble de notes fort particulières, qui ne seraient rien moins que cette fameuse suite aux Mémoires demeurée si incertaine dans l'esprit des curieux. Peut-être aussi, en réalité, ne couvre-t-il que peu de chose et des menues matières jetées sur le papier, selon que l'heure de la mort sonnait pour tel ou tel personnage de la Cour et dans les Affaires, où Saint-Simon les avait rencontrés. Mais que chaque lecteur attentif des Mémoires veuille bien porter son esprit et son souvenir vers l'avant -

1834. La Direction de la Revue a accompagné de la note suivante cette publication :

« Nous devons communication de ces fragments à un jeune écrivain, M, A, Cochut, qui a Voriginal de ces pièces historiques entre les mains. » (N. du D.)

dernier paragraphe du chapitre où l'auteur expose sa conclusion dans les termes qui suivent. Après l'avoir relu^ saurait-on n'avoir pas une sorte de pressentiment sur ce titre ? N'est-on pas porté à penser que ce mot sommaire : « Cendres que j'ai vues à plusieurs depuis 1723 ou qui le seront bientôt y>, représente l'exécution de ce que le duc de Saint-Simon s'était proposé de faire pour les personnages de Cour et d'État depuis 1723 (époque où il a arrêté ses grands Mémoires) jusqu'à 1 743 , date de la mort du cardinal de Fleury :

c( Un défaut (dit-il) qui m'a toujours déplu, entre autres, dans les Mémoires, c'est qu'en les finissant le lecteur perd de vue les personnages principaux dont il a été le plus parlé.... On voudroit voir tout de suite ce qu'ils sont devenus, sans aller chercher ailleurs avec une peine que la paresse arrête aux dépens de ce qu'on désireroit savoir. C'est ce que j'ai envie de prévenir ici , si Dieu m'en donne le temps. Ce ne sera pas avec la même exactitude que lorsque j'étois de tout. Quoique le cardinal Fleury ne m'ait rien caché de ce que j'avois envie de savoir des Affaires Étrangères , dont presque toujours il me parloit le premier, et aussi de quelques Affaires de la Cour , tout cela étoit si peu suivi de ma part et avec tant

d^indifférence, et encore plusde moi avec les Ministres ou d'autres gens instruits, interrompu encore de si vastes lacunes, que j'ai tout lieu de craindre que ce Supplément ou suite de mes Mémoires ne soit fort languissant , mal éclairé et fort différent de ce que j'ai écrit jusqu'ici ; mais au moins y verra-t-on ce que sont devenus les personnages qui ont paru dans les Mémoires, qui est tout ce que je me propose, jusqu'à la mort du cardinal Fleury. »

En un mot, ou ce titre : « Cendres que f ai vues à plusieurs depuis 1723,.. », couvre l'espèce de « suite aux Mémoires » dont Saint-Simon parle ici, ou il ne couvre qu'un banal et presque inutile répertoire nécrologique de contemporains qui avaient eu quelque renom dans les affaires d'État, de Guerre, d'Administration et de Cour.

C'en est assez pour ce que nous avions à dire touchant les « Mémoires divers sur différents sujets » . Venons aux détails sur la Correspondance particulière du Duc, et recherchons-en les époques principales.

(i) Mémoires complets et authentiques ^ etc. Tome XX et dernier, chapitre iv, page gS. (Édition Hachette, in-8*, Paris, i856.)

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