PROCUREURS MIS D'ACCORD
requit aussi quUl en soit référé. Sur quoi le Conseiller du Roi^ commissaire^ etc., se voyant ainsi requis , renvoya les Procureurs contestants, avec toutes les Parties, en Thôtel, devant M. le Lieutenant civil, pour le lendemain vendredi 14 mars. Mais à l'instant où il allait dresser acte de ce renvoi. M* Bréhier, soit qu'il eût réfléchi, soit qu'il eût été persuadé , se prit à dire honnêtement que, par considération de M. le duc de Saint-Simon et de messire Daguesseau de Fresne, exécuteur de son testament, qui avaient paru désirer que M* Gérardin restât, suivant le vœu des créanciers, comme Procureur plus ancien des opposants, il se désistait de la réquisition par lui faite à fin de référé là M. le Lieutenant civil. Cette déclaration ayant apporté la paix dans la compagnie, il fut décidé que la reconnaissance des scellés et la confection de l'Inventaire suivraient leur cours et seraient reprises dès le lendemain.
SUITE DE LA DESCRIPTION DE L^INVENTAIRE EN l'hÔTEL DE LA RUE DE GRENELLE. — LES TABLEAUX DE FEU MGR LE DUC DE SAINT-SIMON.
Le vendredi 14 mars^ à deux heures de relevée^ fut commencé l'Inventaire proprement dit. Nous n^en reproduirons pas le détail article par article, car, ce faisant, nous serions amené à des énoncés aussi puérils que ceux des menus meubles des cuisines, chambres d'office, cabinets des serviteurs, lingerie, et autres objets bons pour la prisée de M* Poton, mais inutiles et malséants ici. Les stations qu'il nous appartient de faire, pour répondre à une curiosité bien justifiée, ne sauraient avoir d'autre objet que les vacations qui furent remplies par Finventaire de ces sortes de choses, dont la mention révèle surtout les
goûts j les inclinations, les habitudes , rhumeur, tout ce qui représente la vie morale, tout ce qui sert à établir la caractéristique d'un personnage.
Jusqu'au 20 mars, notre attention n'a lieu d'être retenue que par l'énoncé de quelques objets, tels que le portrait de feu Madame de Pontchartrain , en sa bordure de bois doré, dans l'appartement de madame de Chimay; huit aunes de tapisserie de Flandre à grands personnages, un portrait de feu Madame de Berry, dans la pièce occupée par le sieur Laudier, secrétaire du défunt; un portrait de feu le Maréchal de Lorges, dans la chambre du S' Foucault, son chirurgien; vingt -huit aunes de grande tapisserie à personnages travaillés en or, et beaucoup d'autres, tant à personnages qu'à verdures et pastorales, dans le garde-meuble.
Le duc de Saint-Simon paraît avoir eu toute sa vie grand goût pour les tableaux des maîtres italiens. Et par l'énumération que nous fournit l'Inventaire, il y a lieu de penser qu'il avait une galerie, bien peu
considérable 3 il est vrai, mais d'élite. L'examen et rarrangement en furent faits le 20 mars, sous la direction d'un sieur Gabriel Comu^ professeur de l'Académie de Saint-Luc, nommé par les Parties pour donner son avis, en son âme et conscience, sur la prisée et l'estimation desdits tableaux, au nombre desquels ne parurent point les nombreux portraits de famille qui ornaient les murs des appartements particuliers et des salles de cérémonie. L'Inventaire en fut dressé le lendemain 21 mars, dans l'ordre suivant :
N» I . Vertumne et Pomone. Original de Melzius Milanais ou de Léonard de Vinci, dans sa bordure de bois doré 1,000 1.
N» 2. Une Forge de Chaudronniers.
Original de Jacques Bassan, id 800 1.
N* 3. Vierge avec Enfant Jésus . . . . 875 1.
N» 4. L'Adoration des Rois, de Bas-
san 600 1.
N» 5. Jésus-Christ insulté par les soldats. Bassan 600 1.
N* 6. Marsias puni par Apollon. Original d'AIess. Véronèse. . . . 200 1.
N* 7. Saint Pierre pénitent. Original
de Guerchin 100 1.
N» 8. Sénèque au bain, mourant. Original de Jordans 200 1.
N* 9. 5. Jean dans le Désert. Original de Scalberge (?) 70 1.