‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inéditsChapitre 47 sur 159 · VAISSELLE D'ARGENT RACHETÉE · texte numérisé non relu

VAISSELLE D'ARGENT RACHETÉE

d'argent en substituant de l'argent à la place ^ la Princesse de Chimay et le Comte de ValentinoiSj représentés par leurs Procureurs, requirent la remise de cette riche vaisselle, aux offres qu'ils faisaient de payer es mains de l'un des Notaires la somme estimée. A quoi M* Boudot, procureur de l'Exécuteur testamentaire, consentit aisément.

La seconde des vacations de cette journée a pour nous encore cette importance qu'il y fut procédé à l'examen de quelques Papiers étant dans le cabinet à Livres, après lequel examen lesdits Papiers furent mis dans une armoire à gauche de l'embrasure de la porte qui communiquait de ce Cabinet à la Galerie.

Ici finit le premier épisode des aventures que les Manuscrits et Papiers de M. le duc de Saint-Simon devaient courir depuis la mort de celui qui les avait formés et réunis. Nous en retrouverons la suite, après le voyage des Procureurs et du Commissaire au château de la Ferté-

Vidante, voyage dont ils avaient déterminé la date^ avant de se séparer ce même jour...

« Et pour procéder à rinventaire des effets de la succession étant au château de la Ferté-Vidame et dépendances, l'assignation a été prise et continuée entre lesdites Parties à mercredi 2 avril prochain, à Tefifet de quoy lesdites Parties ont requis lesdits Notaires et Officiers de partir en poste dès le mardy premier dudit mois d'avril, à l'effet de se trouver ledit jour audit château de la Ferté; et ont signé, aux réserves et protestations cy-devant fieiites (i). »

(i) Minutes de rinventaire dressé par M* Delaleu : détail de la vingt et unième vacation, 26 mars lybS.

l'inventaire au CHATEAU DE LA FERTé - Y IDAME , RÉSIDENCE ET SEIGNEURIE DE MGR LE DUC DE . SAINT-SIMON AU PAYS DU PERCHE.

Les Notaires, Procureurs et autres OflSciers désignés arrivèrent au ctiâteau de ia< Ferté-Vidame le mardi i*' avril, à dix heures du soir. La compagnie se composait des conseillers du Roi notaires à Paris Maîtres Delaleu et Baron, de M* Grimperel, Commissaire enquêteur, de M* Boudot, procureur, de M* Poton, huissier priseur, et du S' Gauzen des Artaux, fondé de pouvoir du comte de Valentinois. M* André Girot, notaire et contrôleur des Actes à la Ferté, y demeurant, agissant au nom de Madame de Chimay, reçut cette compagnie. Le lendemain même, dès huit heures du matin, fut commencée l'opération de

la reconnaissance et levée des scellés^ ainsi que celle de Tlnventaire.

Nous avons justifié^ dans l'une des pages de la préface de cet écrit, l'intérêt que pouvait et devait présenter la description par le menu des pièces qui composaient la résidence de la Ferté et des objets qui ornaient et meublaient cette grande demeure. Être à la Ferté, à cette époque, c'était — pour ainsi parler — être bien plus encore chei le duc de Saint-Simon que Ton ne pouvait y être dans l'hôtel où il était mort à Paris, Le vieux manoir avait été sa résidence intime, et c'était là que tant de fois il était venu pour reposer son âme et son esprit agités et passionnés par les événements et les circonstances de la Cour. Nous n'en dirons donc pas davantage à cet égard pour faire valoir la représentation des choses que nous devons de connaître au procès-verbal des Notaires du Roi, nous contentant de renvoyer vers l'original ceux dont la curiosité ne serait pas absolument satisfaite par la brièveté de nos extraits ( i ) .

(i) I^ terre de la Ferté était une châtellenie du ressort

LA SALLE A ^MANGER. b^

C'est d'abord du château neuf dont il est question. La grande salle à manger a vue sur la cour et sur le parc : la table est de chêne ^ une grande fontaine de

de 1& Coutume et du Bailliage rojral de Chftteauneuf en Thimerais, baron nie qui fiiisait partie du domaine du Roi de Navarre. Le premier seigneur de cette seigneurie dont le nom soit connu est Hugues, sous Lothaire, en 985 , De II 16 à 1129, on trouve aux Croisades un Guillaume de la Ferté. La terre fut cédée en 1374, par Etienne de Dreux dit Gauvain, Chevalier, Sire de Baussart et de Senonches, à Robert de Vendôme, Vidame de Chartres, et elle demeura dans cette maison jusqu'à la mort de François de Vendôme, sans postérité, en i56o. Toutefois, Jean de la Ferrière, Seigneur de Maligny, avait épousé Louise de Vendôme, fille de Charles de Vendôme et tante de François. Elle recueillit la succession comme principale héritière. Jean de la Ferrière devint ainsi le Vidame de Chartres et possesseur des terres et seigneuries de la Ferté. Il eut trois en&nts, Jean, comme lui, qui fut Vidame et mourut en i585 sans postérité; Etienne, tué à Montreuil en i569, et Béraude, mariée en i56oà Jean delà Fin, Seigneur de Pluviers, devenu par ce mariage Vidame de Chartres; cette qualité passa avec la seigneurie et le domaine dans la famille de Saint-Simon, qui l'acquit en i632 au moyen d'un bail judiciaire que la Comtesse de Soissons, veuve de Charles de Bourbon, fit à Qaude de Saint-Simon, par actes des 17 et 21 avril i632, devant Ferrand, notaire à SainhGermain en Laye, et qui comprenait :

Le fief du vidame de Chartres;

La seigneurie de la Ferté;

La chfiteUenie de Beaussart.

Cétait le siège d'un bailliage présidial, d'une maîtrise des eaux et forêts, généralité d'Alençon, élection de Verneuil au Perche.

Le domaine fut accru par le nouvel acquéreur, Claude de Rouvroy de Saint-Simon, Marquis de RufTec, chef de la quatrième branche de la fiunille de Saint-Simon, Gentilhomme ordinaire de la Chambre, Grand Louvetier de

cuivre rouge avec son couvercle tranche sur le fond bruni des boiseries^ ainsi que les seaux à rafraîchir^ qui sont en cuivre de couleur. Le grand tableau peint

France, etc., créé Duc et Pair en janvier i635, marié en secondes noces le 17 octobre 1672 à Charlotte de TAubespine, d'où Louis de Saint-Simon, né dans la nuit du i5 au 16 janvier 1675, à Versailles, et qui fut le célèbre auteur des Mémoires, Louis de Saint-Simon entra en possession des fiefs, seigneuries et châtellenies à la mort de son père, le II mai i6g3. Il fit à la Ferté de fi*équents séjours. C'était son domaine favori et le lieu de sa retraite pour ses méditations historiques et politiques et pour Yassemblage de ses souvenirs. Madame de Valentinois, seule héritière, vendit le domaine de la Ferté, par contrat des g et 14 novembre 1766, à M. de Laborde, qui fit démolir le vieux manoir et le vendit tout reconstruit sur des plans nouveaux au duc de Penthièvre. C'est ainsi qu'après des vicissitudes en confiscations et restitutions subies par les biens de la famille d'Orléans, le domaine de la Ferté-Vidame appartient encore à cette maison. Mais il ne faut plus compter y trouver les traces de la demeure du duc de Saint-Simon. On peut dire que le vieux manoir féodal, qui avait traversé huit siècles, disparut avec lui, puîsqu'en 1 766, onze ans après la mort du plus illustre de ses possesseurs, le goût à la mode, par les mains très-riches des Laborde, remplaça les vieux murs, abattit les grosses tours, combla les fossés profonds du manoir où avaient résidé les Vendôme, Vidâmes de Chartres, et les Saint-Simon. Lorsque mourut l'auteur des Mémoires, en 1755, le château de la Ferté formait encore une enceinte rectangulaire flanquée à ses angles de trois tours rondes et de deux grosses tours carrées garnies de mâchicoulis. Le principal corps de logis occupait la façade septentrionale derrière laquelle on apercevait les sommets coniques de deux tours semblables à celles de l'ouest : le tout entouré de fossés larges et profonds. Nous empruntons ces détails intéressants à l'excellente Notice sur le canton de la Ferté en Thimerais que M. E. Lefèvre a publiée en i85i dans Y Annuaire historique du département d'Eure-^-Loir (t. XII de la collection).

LA SALLE DE COMPAGNIE. Sg

sur toile encadré au-dessus de la cheminée représente Louis Treize (i). Seize tableaux peints sur toile représentant divers portraits de Dames et de Seigneurs (2) sont encadrés dans la boiserie^ qui est à filets de bois doré. Étant portraits de famille^ ils n'ont pas été inventoriés.

Dans une antichambre ayant vue tant sur la cour que sur le parc^ sont trois banquettes j six chaises de moquette gaufrée^ un paravent de six feuilles de satinade flambée^ une longue table en chêne^ cinq coffres à bois de chêne fermant à grands crochets ^ un lustre à quatre branches^ et un dais de velours vert à franges d'or et d'argent faux.

Dans la salle de compagnie^ ayant même vue : les chaises sont couvertes de velours à la Reine cramoisi ^ les tabourets de satin

(i) Le Duc De Luynes, dans ses Mémoires, dit de M. le duc de Saint-Simon : « Il conserve une reconnaissance infî*- Die pour la mémoire de Louis XIII, duquel sa maison a reçu beaucoup de grâces, et entre autres l'érection du duché. 11 n'a pas un appartement à la ville, à la Cour, à la campagne, où il n'y ait le portrait de Louis XIII, n La suite de cet inventaire à la Ferté-Vidame prouve combien M. le duc de Luynes disait vrai au sujet de ces portraits.

(2) Les noms des personnages, hommes et femmes, ne sont malheureusement pas désignés dans la description d« l'Inventaire*

6o LA SALLE DE COMPAGNIE.

à fleurs et de velours aussi à la Reine ^ par bandes j cramoisi; les meubles de velours vert à cartouche d'étoffe de soie et à fleurs d'or fin; une table de jeu de berlan; des miroirs garnis de bras dans leurs bordures de cuivre en couleur; les tableaux représentent Reines et Dauphins^ et les portraits de Louis XIII eX à&feuM. le Duc d* Orléans Régent sont seuls encadrés dans la boiserie. Dans le petit cabinet pratiqué à côté de la salle et ayant vue sur le parc seulement j est une estampe représentant Louis XIII, et voici le jeu de tric-trac garni de ses dames et cornets. Dans la salle qui fait suite ^ onze tableaux sur toile qui sont portraits de Dames et de Seigneurs non inventoriés ; une grande pendule sonnant les heures dans sa boîte de marqueterie^ avec ornements de cuivre sur son pied de bois sculpté doré.

Dans une chambre à coucher, ensuite ^ les housses du lit en impérial sont en étoffe de soie travaillée en or fin garni de grands galons d^or fin^ les ployants de velours cramoisi^ les écrans de noyer garnis de feuilles de vieux damas blanc dont un à fleurs d'or; un tableau sur cuivre repré-

CABINETS DE TRAVAIL. 6i

sente des fruits; un autre ^ sur toile ^ M. le duc de Lorges. Au-dessus de la grande glace ^ Louis XIII.

Ce sont ensuite les deux cabinets de travail du duc de Saint-Simon; et c'est là qu'il a tracé en caractères devenus ineffaçables tant de ces pages qui lui ont acquis une admiration presque universelle.

On ne saurait être ici trop précis : Table à écrire de bois de merisier avec dessus de maroquin noir; une petite table en cabaret garnie de son plateau; un petit bureau garni de sept tiroirs de bois de placage avec dessus de maroquin noir; un grand bureau à sept tiroirs et pupitre à livres; un grand tapis de drap vert à franges d'or; deux tableaux en estampes dont un représentant M. le Cardinal de Fleury; le portrait de Louis XIII peint sur bois; six portraits d'hommes et femmes peints sur toile et encadrés dans la boiserie; trumeau de cheminée d'une glace de 29 pouces de haut sur 32 de large encadré dans la boiserie avec tableau au-dessus^ qui est le portrait de feu Madame la duchesse de Saint-Simon.

La chambre à coucher était séparée

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