QU'ÉTAIT-CE QUE CET ORDRE DU ROI
papiers étaient prisonnières chez un Notaire au Châtelet ? Cet Ordre était-il le fait arbitraire de l'arbitraire curiosité d'un Ministre, qui trouvait ce moyen fort commode pour s'emparer du bien d'autrui sous le couvert du vouloir du Roi? Fut-il présenté sans aucun avis préalable à l'Officier dépositaire de ces caisses, comme par surprise, et sans qu'aucun des héritiers ait eu avis de ce que le Secrétaire d'État des Affaires Étrangères avait pensé faire? Ou bien V Ordre du Roi couvrait-il une amiable négociation en même temps qu'il la dénouait? C'est à cette supposition qu'il convient de s'arrêter pour être, pensons-nous, dans la vérité, et c'est à ce propos que nous voyons paraître madame la maréchale de Montmorency.
Elle était Saint-Simon, sœur de l'Évêque de Metz, et cousine du feu Duc et Pair, qui, dans son testament, lui avait laissé des marques d'une véritable et sérieuse amitié, et dans ses Mémoires, à la date de l'année 1722, avait fait d'elle ce portrait charmant :
ao2 LA MARÉCHALE DE MONTMORENCY.
(c II se fit peu de jours après un autre mariage chez moi, à Meudon, de la sœur de T Abbé de Saint-Simon avec le comte de Laval, maréchal de camp alors, et enfin devenu Maréchal de France. Son nom et cette juste récompense de ses longs services dispensent d'en dire davantage. Madame de Saint-Simon avoit pris grand soin de cette jeune personne, et Teut chez elle tant que je fus en Espagne. Elle étoit fort jolie, et son air de douceur, de modestie et de retenue plaisoit extrêmement. Le dedans étoit fort au-dessus du dehors. De Tesprit, de l'agrément, de la gaieté, une piété et une vertu qui ne se sont jamais démenties et qui n'ont effarouché personne; fort propre au monde, et une conduite qui a infiniment aidé la fortune de son mari. Il vouloit une alliance et des entours qui le pussent porter. Il eut en se mariant un petit gouvernement et sa femme une pension (i). »
En faveur de qui TÉvêque de Metz^ sentant sa mort prochaine ^ au mois de janvier ou de février 1760^ aurait-il pu mieux disposer du legs du feu duc de Saint- Simon^ sinon en faveur de la Maréchale, sa sœur à lui, cousine du duc, et qu'il
(i) Mémoires (édition Hachette, in-8), tome XIX, page 317.
LA MARÉCHALE DE MONTMORENCY. 2o3
savait être femme d'un esprit éclairé ? Où aurait-il rencontré une réciprocité plus certaine et mieux marquée par les bons sentiments^sinon chez cette Maréchale qui^dans la pensée où elle était que M. TEvêque de Metz^ son frère^ lui survivrait^ lui avait fait en son testament^ écrit à Paris le 1 5 mars 1759^ l'honneur de Farticle suivant :
«Je prie Monsieur l'Évêque de Metz, mon frère, auquel je dois tout ce que j'ai possédé en ce monde , de vouloir bien exécuter mes dernières volontés et de recevoir le portrait de poche de madame la duchesse de Saint-Simon, que son mary m'a laissé par testament, et qui est la seule chose que j*ose luy présenter et qui me paraisse digne de luy. Je l'assure de ma vive reconnoissance et de ma véritable tendresse (i). »
(i) Et après la mort de M. l'Évêque de Metz, elle fit un codicille, le 28 août lySo, ainsi conçu : a Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, La succession de M, VÉvesque de Met:(, mon frère, me mettant en estât d'augmenter les récompenses de mes gens , portées par le testament que f ai fait le i5 mars ij5g,je vais y joindre le présent codicille, quej'ay fait tout exprès le jeudy 28 août 1760, etc.y» 5t^>i^ : Marie-Élisabeth de Saint-Simon, Maréchale de Montmorency. Elle était alors à Paris, chez sa belle-fille, madame de Laval, mais depuis qu'elle était veuve son domicile était au Mans, à l'abbaye du Pré. Les archives du Comte de Montmorency-Laval étaient en sa résidence de Chaston, située dans le Maine.