‹ Le duc Job: comédie en quatre actes et en proseChapitre 76 sur 104 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Ion vnari a tranché la question par une lettre très-convenable, très- nette à M. de Noras, et Achille n'épousera pas cette jeun© personne sans votre consentement. 11 n*y a donc pas, comme on dit, péril en la demeure.

MADAME DAVID

Oh ! ce n'est pas là ce qui m'occupe ! l'intérêt pour moi est plu? haut; il est dans le cœur de mon enfant. Si le malheureux a perdu le respect des siens et de lui-même, que m'importe le reste ? Son père peut mesurer aujourd'hui le chemin qu'il a fait, en traitant les autres de rêveurs et de songe-creux!... On se sent fort et maître de soi par une longue pratique des choses, des principes éprouvés, une raison solide; et on part de là pour attirer un fils de vingt ans sur le terrain douteux des doctrines commodes... des morales à deux faces, austères à droite, faciles à gauche!... Mais ce fils, lui, n'a pas votre raison; sa lumière n'est que là... éclairant tout du môme jour ! ! Vous l'avez faussée sur un point... et tout est devenu ténèbres !... Ah ! David I (m lerant) David ! s'il faut que cet enfant-là soit perdu pour moi... je ne vous pardonnerai de ma vie I

LE MARQUIS, Tiremeni.

Jeanne , prends garde ! la douleur t'égare , et tu deviens injuste : Achille, d'abord, n'est pas perdu; c'est un écervelé, buté à une idée ambitieuse, et qui, dans sa marche de casse-cou, perd de vue des choses capitales, c'est vrai; mais son impétuosité même me pousse à l'indulgence, il va trop vite pour aller son pas... qui se réglera plus tard; son père, maintenant, y aidera. Et, à ce propos, je ne saurais trop te prier d'être, vis-à-vis do David, ménagère de reproches: il a poussé son fils trop tôt, c'est mon avis, et surtout trop vivement dans un milieu qui demande, à mon sens, moins de jeunesse et d'ardeur que d'expérience et do calme; mais, combien sont excusables ces erreurs du père de famille, chargé du soin, du poids de tant d'existences si chères ! Les entraînements, pour être nobles, n'en sont que plus dangereux, c'est vrai... et il faut bien les signaler !... Mais aussi ne pas oublier que leur premier mobile fut une vertu, la sage provoyance. Seulement, ch(»min faisant, on a pris lo plus pour h mieux et on s'est cru au-dessous de sa lâche, si l'on n'a pas doro

4 Jj LE DUC JOB.

b cagpoù reposent les oiseaux : la prévoyance, alors, ainsi outrée. est devenue une manie insatiable, la saine activité une fièvre que l'on continue à caresser comme un devoir... et si consciencieusement, tu le vois, qu'on veut Finoculer à son fils!

MADAME DAVID

C'est bien cela!..,

LE MARQUIS

Oui... là est le mal; mais il est loin d'être sans remède. Je le répète, David y aidera, le choc d'hier Fa édairé; et la naïve énergie de son mécompte m*a inspiré pour loi un véritable surcroît d'attachement... surtout quand je Fai vu briser, en une minute, des intérêts considérables devant le respect qu'il te porte!...

MADAME DAVID, lai temat U Buin.

Merci!... Tu me fais du bien. — Pauvre Louis!... oui, il m'aime, je le sais ; et lu as raison, peut-être ai-je été, depuis hier, un peu dure envers lui; mais c'est que , vois-tu, je souiïrais trop; l'idée que mes enfants peuvent déchoir me trouve sans force! — Ce matin, je suis allée à la basse messe, toute seule... je me sentais trop triste pour emmener Emma... et j'ai bien fait, car J'ai pleuré tout le temps dans mon livre...

LE MARQUIS, lai wrrant U main.

Pauvre fille!

MADAME DAVID

Ahl j'ai bien prié Dieu de me rendre mon Achille tel qu'il était autrefois : noble, aimant. II est si jeune, qu'un souffle d*en haut, une bonne pensée peuvent suffire? qu'il me revienne léger, fou...

ça m'est égal 1 j'aime mieux cela que de le voir raisonnable >

comme on 1 entend.

LE MARQUIS

Voici Emma.

Page 1