LE DUC J(3B
Mais...
LE MARQUIS
On vous les demande... et...
D AVID.
Eh! non! non! Voyons... d'abord... je vous la donne... là !... Mais maintenant, causons.
LE MARQUIS, souriant.
Très-bien ! Je vous écoute
DAVID, i p irt.
C'est singuUer! (iia..f.) Mon Dieu! mon ami, primo...
LE MARQUIS
Diable! Il y a donc un secundo? Primo, vous êtes engagé...
DAVID
Engagé... pas tout à fait; pourtant, il y a quelque chose... oui...
LE MARQUIS
Avec M. Valette...
DAVID
Vous savez?
LE MARQUIS
Mais sous la réserve sans doute qu'il obtiendra le consentement d'Emma ?
DAVID
Certes !
LE MARQUIS
Donc, si Emma préférait Jean... Le primo se trouverait anéanti ? Passons au secundo...
DAVID , à paît.
Que signifie?... (naut. ) Qui vous fait supposer qu'elle le préfère? — Est-ce que vous avez sur ce point quelque donnée ?
LE MARQUIS
Peut-être...
Hein?... Déjà ce matin, je serai franc, à propos précisément de Valette, j'ai été assez surpris, je l'avoue, de reulendre me
ACTK IV, SCÈNE V. M3
demander si sa mère et moi n'avions pas aiilrcl'ois i)eiisc à Jean...
LE MARQUIS
Ah ! ah !
DAVIU, affectueusement.
Il est bien vrai que plus d'une fois, en effet, il en fut parlé entre nous deux... ( prenant u main^du marquis-) Et je suls fort à l'aise, mon cher Rieux, pour traiter ces questions avec vous. Outre notre tendresse et notre estime qui ne sont pas douteuses, Jean a un nom, une couronne de duc, et une valeur personnelle qui tiennent en tout ceci sa fierté hors de cause, et le mettent à portée de plus brillantes alliances ; j'ajouterai... et je m'en accuse, que ses qualités mêmes, un peu chevaleresques, sont peut-être ce qui m'a souvent effrayé en lui... et fait porter les yeux ailleurs. Bref, j'avais d'autres idées !... mais si Emma y voj'ait son bonheur, je tiendrais avec joie, croyez-le, la parole que je viens de vous donner.
LE MARQUIS
Merci !
DAVID
Seulement, êtes-vous bien sûr qu'elle l'y voie ?...
LE MARQUIS
Je ne suis sûr de rien, mon ami... que de l'amour de Jean !... Quant à elle, j'espère!... (robservant.) Mais vous, vous semblcz douter... Pourquoi ?
DAVID
Mon Dieu ! le voici : je ne sais trop si la scène de Luce avait, ce matin, agi sur mes idées. Ce qu'il y a de sûr, c'est que mon accueil à l'ouverture d'Emma fut loin d'être décourageant ; et je ne trouvai pas en elle cet élan du cœur qui donne la mesure du bonheur qu'on éprouve... et que naguères je ressentis, je m'en souviens, au premier mot d'espoir que me dit mon père, quand je lui parlai d'épouser Jeanne !...
L !•: MARQUIS
Vous étiez très-épris... et déjà éclairé par la vie !... Emma est vis-à-vis d'elle-même dans toute sa fleur d'ignorance; la lumière et l'amour sommeillent là... sous une petite couche d'idées pratiques, prudemment étendue par la main paternelle...
114 LE DUC JUB.
DAVID
Un regard en aurait vite raison.
LE MARQUIS
Chez un homme, oui... comme Achille, par exemple!... Mais un cœur de jeune fille ne donne accès qu'à une flamme plus délicate... qui demande plus de temps. Mon avis est donc de lui en accorder, en ayant soin nous-mêmes de le mettre à profit; ce sera, de ma part, sans pression aucune, je vous le jure, car nul ne sait mieux que moi qu'une erreur ici ferait deux mallieureux !
DAVID
Je vous laisse carte blanche, mon brave Rieux, et de grand cœur !
LEBRUN, entrant.
Mille pardons , si je pénètre sans me faire annoncer.