SCÈNE XII
VALETTE, puis JEAN.
VALETTE
Cet air troublé... affairé... c'est cela, sans aucun doute; la voiture de M. de Barrai est dans l'avenue, et le banquier du père Brémont m'a dit qu'il devait avoir reçu un des premiers... Ah !...
Voici Jean... (jean entre par la droite, lisint une lettre.) Lc tempS preSSC...
pas de bévue!... (AUant à lui.) Cher ami... tu viens de voir M. de Barrai, n'est-ce pas?... il l'a fait connaître la dépêche!
ACTH IV, SCENK \ll. \M
' JEAN, grave»
Tu sais déjà?...
VALETTE
... Le testament d'Edouard?... Mais tu as l'air tout triste... — Est-ce que tu entrevois quelques dillicultés?
JEAN
Aucune, mon ami... merci... — mais cotte lettre d'Edouard... que M. do Barrai vient de me remettre devant mon oncle de Rieux.,. ces adieux si bons... ces mots inachevés...
VALETTE
Ah! oui... je comprends... (lui frappant sur répauie.) Brave garçon!... Enfin! que veux-tu?... C'est encore heureux qu'il ait eu le temps de tester en ta faveur... ce qui était bien juste, et méfait bien plaisir, je t'assure, va!... car, sans l'argent du père! — Ah! ces avares! ils n'ont dans leur vie qu'une heure de générosité : la dernière... mais elle est bonne!
JEAN, à part, serrant sa lettre.
Quel homme !
VALETTE
Dis-moi, Jean?... Je te demande pardon de te parler en ce mo ment de bien des petites choses; mais il y a urgence, vois-tu... et en affaires, il faut procéder carrément.
JEAN, très-prf^occupé.
Tout à toi, mon ami ; mais, fais vite... car j'attends mon oncle.
Bien!... bien! — J'avais osé espérer, non sans quelque raison, que mes relations dans ta famille pourraient avoir une issue... fort honorable et fort précieuse pour moi ! Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il s'agit de ta cousine?
JEAN , froidement.
Eh bien, mon cher?
VALETTE.-
Eh bien... pour être franc, il m'avait semblé voir, il y a un an... (d'un ton badin) qu'elle no to déplaisait pas.
JEAN
Hein ?
N A L E T T E , vivement.
... Je veux dire que tu avais pour elle un très-grand attachement... et, dame, aujourd'hui, si tu te mets sur les rangs, il ne me reste plus qu'à battre en retraite , n'ayant pas la prétention de lutter contre... un marquis de Carabas!...
JEAN
Merci, d'abord, pour le duc de Rieux.
VALETTE
Une plaisanterie...
JEAN
Pardon, mon cher Valette ; alors, tu me mets délicatement en demeure de te dire mes secrets ?
... J'y ai un intérêt!
JEAN
J'apprécie l'excuse.
Merci...
JEAN
Il n'y a pas de quoi ! — Je pourrais, toutefois, passer outre ; mais pu.sque tu daignes, en bon prince, pénétrer sur mes terres, je ^'en ferai courtoisement les honneurs : Oui, j'ai pour ma cousine un très-grand attachement ; mais rassure-toi... par suite d'incidens dont tu me demanderas peut-être aussi la cause ?...
VALETTE, naïvement.
, Non.
JEAN
Merci!... Emma ne sait rien de cet événement... Elle me croit même, ce soir, moins riche encore que ce matin...
VALETTE
Tiens !
JEAN
Et cela, je te le jure... sur mon nom... de Rieux, pasde marquis de Car...
VCTK IV, SCKNE XII. liO
VALETTE
Jean! — Jr dois [o diro m;iiiitpnant mes misons, en osant t'intorrogor ainsi...
Du tout ! Ce sont tes affaires.
VALETTE
Si ! J'ai ce matin rencontré M. de Xoras. .. — nous nous connaissons beaucoup... — et. sur une allusion que j'ai faite au mariage d'Achille, il m'a appris que tout était rompu : est-ce vrai '?
JEAN
Oui... (L'observant.) Il ne t'en a pas dit la cause ?...
VALETTE
... Je n'ai pas trop saisi... — Loin de moi de blâmer le parti de M. David... mais enfin... il faut de l'indulgence!,..
JEAN, à part.
Il sait tout.
VALETTE
Bref, M. de Noras a été pour moi on ne peut plus aimable. Je ne déplais pas non plus à sa fille, avec qui j'ai aussi valsé cet hiver... et, le dépit de cette rupture aidant, j'ai acquis la certitude qu'il me prendrait volontiers.
JEAN
Je le conçois.
VALETTE
Merci! — Or, il faut savoir se retourner dans la vie: et si ton cousin...
JEAN
Pardon, monami, j'aperçois mon oncle !... Je n'ai rien à te dire. n'étant pas ton rival pour cette candidature, et ne puis que t'engager à voir Achille.
C'est ce que je complais faire... Merci!.. .j'y vais... (Revenant) Ah! un dernier mot?... Tu vas avoir à remuer des capitaux... On n'hérite pas de millions sans passer par la Bourse, et je compte sur ta clientèle?
JEAN
Cela va sans dire... mais le voici! •
VALETTE
Bien! bien! je vous laisse, (a part) Un client de quatre millions... bonne affaire ! (n sort par la gauche.)
JEAN, jetant les yeux vers la droite.
Je n'ose le regarder! — Il a l'air joyeux!...