‹ Le Duchesse de la Vaubalière, drame en cinq actesChapitre 34 sur 46 · JULIE, LE DUC · texte numérisé non relu

JULIE, LE DUC

LE DUC

Eh bien ! Julie , vous voilà la femme d'un des premiers gentilhommes du royaume !

JULIE

Monsieur le duc, vous savez que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour échapper à cet honneur.

LE DUC

Mais , au fond du cœur , vous n'êtes pas fâchée de n'avoir pas réussi.

JULIE

Monseigneur, j'ai fait à mon père le sacrifice de ma volonté*

LE DUC

Sacrifice... le mot est dur.

JULIE

J'avais rêvé une autre existence. Mon père, plus instruit que moi des exigences du monde et des lois de la société, m'a dit qu'il était de mon devoir d'y renoncer, j'y ai renoncé.

LE DUC

Vous ine gardez rancune.

JULIE

N'ai-je pas consenti à porter votre nom?

LE DUC

C'est pour cela qu'il faut renviroiuier de tout Téclat dont il est fait pour briller... ma jolie duchesse!...

(11 s'approche.) JULIE, le repoussant légèrement.

Monsieur le duc!...

Eh bien! ma toute belle, n'êtes-vous pas à moi?., cet amour que vous me refusiez ce inatm, ne venez-vous pas de me le promettre par écrit... vous vous êtes engagée à m'aimer...

JULIE

Je me suis engagée à respecter le nom que je recevais.

LE DUC

Oui , oui... mais ce n'est pas tout... Allons, Julie... nous sommes mari et femme .^. tantôt vous avez voulu me mettre martel en tête avec cet amour prétendu. JULIE , açec calme.

Tantôt, je vous ai dit la vérité , monseigneur.

LE DUC

Comment, madame !. . j'ai vraiment un rival ?

JULIE , avec noblesse.

Vous n'en avez plus, monsieur le duc. Jamais vous n'aurez à rougir de celle qui a l'honneur de porter votre nom,

LE DUC

Savez-vous que c'est fort piquant , avouer ces choses-là à un mari , après la signature du contrat!

JULIE

Monsieur le duc , par une de ces actions que les gens de votre classe traitent par trop légèrement, vous avez troublé la vie et le bonheur d'une jeune fille qui ne vous avait rien fait. Cette jeune fille est aujourd'hui votre femme. Elle comprend ses devoirs, elle les remplira; mais n'exigez rien de plus, car vous n'ignorez pas qu'elle avait donné son cœur avant qu'elle vous eût donné sa main.

LE DUC

Comment, ma femme... ne serait pas ma femme ?

Sa conduite sera toujours honorable et pure.

LE DUC

Eh! que m'importe sa conduite? c'est son amour que je veux .. et je Faurai...

JILIE.

Je crains que monsieur le duc ne s'abuse ; qu'il veuille bien se rappeler que ce n'est pas moi qui ai sollicité ce luariage.

LE DUC

En signant notre contrat, je n'ai pas entendu que vous seriez ma femme à l'amour près... et, morbleu , ce ne sera pas... JULIE , m^ec fermeté.

Ce sera , monsieur le duc. . . car je Fai résolu.

LE DUC

Vous croyez qu'il vous suffira de l'avoir résolu.

JULIE

J'en suis sûre.

LE DUC

La volonté d'une petite fille !

JULIE , ai?ec une grande dignité.

Vous oubliez que vous parlez à la duchesse de la Vaubalière?

LE DUC , ironiquement.

Eh bien ! madame la duchesse n'a peut-être pas songé à tous les désagrémens qu'entraînerait son refus ? JULIE , froidement.

J'y ai songé.

LE DUC, furieux.

Il pourrait lui coûter cher.

JULIE

J'en accepte toutes les conséquences.

LE DUC, plus doucement.

J'espère que madame la duchesse reviendra à des sentimens plus doux , plus humains... qu'elle cessera de me haïr. JULIE , froidement.

Je ne vous hais pas, monsieur le duc.

LE DUC , galamment.

' Alors... vous finirez par m 'aimer.

JULIE

Non.

Non!

LE DUC , surpris

Jamais !

Jamais !

julie/

LE DUC , colère

JULIE , trh-froidement.

Jamais. . .

LE DUC , en fureur.

Madame!..

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