‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 10 sur 122 · CCXXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXXVIII

Que la mère dise à l'enfant que le dpel est

un crime ; que le précepteur le lui répète ; que la loi, mais une loi large, grande, profonde , sentie , comme Moïse seul savait les faire, crie très haut à tous :

ce Le duel est un crime ! »

et le duel restera crime.

Il ne manque au duel pour qu'il puisse être sans crime, que la suppression de Dieu du milieu de son univers, la suppression de la religion, de la philosophie, de la raison et de la conscience humaine.

Il n'y a pas de transaction possible.

Optons I

Nous le répéterons cent fois.

Y a-t-il un appel possible contre les lois

delà divinité. Coutumes (1) barbares, mœurs atroces , préjugés stupides , pourrez-vous jamais crier plus haut que la voix de Dieu!

Vivant dans un milieu organisé comme celui de nos sociétés, il est presque impossible à l'homme de ne pas errer. Les flots de l'Océan emportent le grain de sable. Mais de l'erreur, où tout est remédiable à l'irrémédiable, il y a un abîme; et la mort donnée à un homme est irrémédiable. Halte donc! devant l'irrémédiable, pygmées révoltés que nous sommes tous.

(1) « Il est une loi non écrite, mais née, que nous n'avons u pas apprise, reçue, lue, mais que nous avons tirée de la M nature elle-même , que nous y avons puisée, que nous en « avons exprimée , qu'on ne nous a point enseignée , mais « pour laquelle nous n'avons pas été faits; qui n'est pas le tf résultat de l'éducation, mais qui est comme empreinte dans tt tout notre être. » CicéRON.

Quelle félicité trouver à répandre du sang 1 Carrel, ce noble cœur, étant blessé à mort par son adversaire qui était blessé lui-même, souhaitait que cet adversaire ne souffrit pas plus que lui. Il n'y a dans le duel que ce rongement d'esprit dont parle Salomon, barbarie et irrationalité. L'adversaire étant abattu^ on lui tend la main. Il est convenable, s'il est blessé, de le visiter ou d'y envoyer les témoins, et de lui procurer tous les soins et tous les secours nécessaires. Mais en vérité la folie ellemême serait moins folie ; et si Ton nous prouvait que le duel n'est pas un crime, nous ne savons pas comment on nous prouverait que ce n'est pas une démence, mais une démence différeiite de celle du crime : la démence de la raison, pour cette fois.

Nous voudrions une clameur terrible et

profonde contre Topinion qui applaudit au mal. L'erreur de l'individu est combattue par la censure de la généralité, mais celle de la généralité semble emprunter force de loi à l'assentiment universel. Et qu'advient-il quand Topinion générale impose à l'individu jusqu'à des décrets sanglants I

L'action de l'homme sur l'homme a dépeuplé l'univers; les deux tiers du monde ont été égorgés. Le monde est un désert (1). L'Eu-

(1) Chapitre IX. Dépopulation de l'univers.

« Toutes ces petites républiques furent englouties dans une (t grande, et Ton vit insensiblement Tuniversse dépeupler. Il « n'y a qu'à voir ce qu'étaient l'Italie et la Grèce avant et après « les victoires des Romains.

« On me demandera , dit Tite-Live, où les Volsques ont pu « trouver assez de soldats pour faire la guerre après avoir été « si souvent vaincus? Il fallait qu'il y ait un peuple infini dans « ces contrées, qui ne seraient aujourd'hui qu'un désert sans « quelques soldats et quelques esclaves romaitis. Les oracles

rope entière serait bien loin de peupler une partie du Nouveau-Monde, La France, Tltalie, l'Espagne et le Portugal ne pleureraient pas le Brésil. L'Espagne n'a pas la moitié de sa population, et les deux tiers de la terre sont jachères en France. Et comme si ce n'était pas assez des malédictions de la guerre^ de l'échafaud et du suicide, il faut encore la malédiction du duel.

« ont cessé, dît Plutarque, parce que les lieux où ils parlaient « sont détruits. A peine trouverait-on aujourd'hui dans la tt Grèce trois mille hommes de guerre. Je ne décrirai point, •> dit Strabon, l'Épire et les lieux circonvoisins, parce que ces «t pays sont entièrement déserts. Cette dépopulation , qui a « commencé depuis longtemps, continue tous les jours, de a sorte que les soldats romains ont leur camp dans les mai- « sons abandonnées. Il trouve la cause de ceci dans Polybe, « qui dit que Paul Emile, après sa victoire, détruisit soixante « dix villes de TËpire et emmené cent cinquante mille es- « claves. » Montesquieu.

Dans une seule semaine, sous Vespa sien, dix mille Israélites entrèrent par la porte de la vie et sortirent par la porte de la mort dans ce charnier qui a bu plus de sang humain qu'il n'en a coulé sur mille champs de bataille, le Golysée ! Chaque pierre de cette vaste enceinte maudite pourrait redire un gémissement, une douleur et une malédiction 1

(Noie de l'auteur.)

ccxLin.

Après la dévoration tomaine, qui se dévora elle-même, vînt la dévoration des Barbares, puis celle des Tatars et des Tartares, et puis celle des Arabes et des Sarraziûs - l'humanité ne s'en est pas relevée. Les idées d'Aristote et de Malthus sont des monstruosités. Si l'on avait fait pour l'agriculture ce qu'on a fait pour la guerre, on aurait pour deux ans de réserve dans les greniers d'abondance.

ccxuv.

« Mais il y a deux choses dont on n'a pas eu « le souci (1) : la morale et l'agriculture. ^

(1) « On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes gens,

« et on leur apprend tout le reste, etcependant ils ne se piquent

« de rien tant que cela ; ainsi, ils ne se piquent de savoir que

« la seule chose qu'ils n'apprennent pas. m

Pascal.

Voici une bien sombre et bien véridique épopée.

« €'est effrayant que Fhistoire du monde ; « c'est éternellement la mer qui monte en a mugissant, et la mer qui se relire colère et « irritée.

Page 1