MARAT ET L'ABBÉ BASSAL
Si ce qu'on va lire n'est pas la démence, la démence idéologique bien caractérisée, qu'on fouille alors dans les cryptes de l'âme humaine, qu'on y découvre des lieux inexplorés, et qu'on nous dise ce que c'est!...
« Depuis quelques instants, Marat se tordait dans « ses draps ; sa poitrine, enflammée par les veilles, c< laissait sortir avec peine une haleine rare et sif- « fiante.
« Marat : Oh I dit-il, j'ai du soufre allumé dans « les poumons !
< A ces mots, il (ut pris d'un accès de toux mor- (i dante et sèche, qui couvrit toute sa figure ter- « reuse d'un nuage pourpre.
€ Maràt : Oui, reprit-il, en s'essuyant le visage, a je vais bientôt mourir, mon ami, je voudrais sac( voir s'il y a quelque chose là haut?
aBassal, qui, par profession, avait un peu la a manie de prêcher, lui fit un long sermon sur l'im- « mortalité de Tàme.
« Maràt : Toutes ces choses doivent être écrites « quelque part dans la nature, mais Dieu tient le « doigt sur le livre.
c( J'ai passé toute ma vie à chercher l'homme auce delà du tombeau, et à poursuivre Tâme dans ses « destinées éternelles. Je m'en vais, malgré cela, (( l'œil plein de ténèbres. Je n'ai rien vu distincte- « ment dans ce sombre rayonnement de l'avenir. « Après tout,
« Je ne crains rien de Dieu,
« Tai fait V œuvre qu'il m'a imposée. »
« Ma vocation était de me constituer anathême (( pour mes frères (1), je l'ai subie. J'ai renoncé au « plaisir de l'étude, aux douceurs de la famille, au « repos de la vie ; j'ai porté l'abnégation de moi-
(1) Laconaire a dit : Ma vocation, c*est le crime.
« même josqo'a immoler mes goûts et mes affec- < tioDs au bonheur public; j'ai vécu trois ans au « milieu des privations» des alarmes, des embûches ; « j'ai versé mon sang goutte à goutte; je me suis a résigné à avoir sans cesse devant les yeux l'image « de la mort. Offert en holocauste au Ciel et à la a patrie, j'ai senti le couteau m'entrer lentement (K dans la gorge. Je suis abreuvé^ je suis las, je vais « mourir. Doué d'un caractère ardent, impétueux ce et tenace, j'ai quelquefois cédé à la vue des com- « plots de nos ennemis, aux élans d'une indigna- « tion fatale ; mais, à mesure que le spectacle des «désordres s'éloignait, mon cœur, moins agité, « inspirait à ma plume un ton moins terrible.
« Je nCen vais les mains nettes de sang.
a Le tribunal révolutionnaire a fonctionné jusc( qu'ici avec une extrême réserve ; notre républiu que naissante compte à peine
c< Deux cents exécutions capitales.
tic II est vrai que j'ai demandé, dans ma feuille « et à la tribune» qu'on déployât des mesures énercc giques contre les ennemis de l'humanité, mais « est-ce ma faute
« Si Dieu a mis dans mon cœur, pour accomplir « ses desseins, une de ces vertus homicides qui ont « r incorruptibilité et le tranchant du glaive?
« Je suis intraitable aux méchants , aux oppresc< seurs^ aux foHrbes. Il faut que je me brise contre c eux ou que je les détruise.
« Si les morts régnaient, maintenant qu'ils sont a dégagés des intérêts et des passions , ils reconnais « traient avec moi que leur perte était nécessaire au « monde. »
(Alphonse Esquiros.)
Un mot sans commentaire , il pourrait tout gâter :