‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 110 sur 122 · MARAT ET L'ABBÉ BASSAL · texte numérisé non relu

MARAT ET L'ABBÉ BASSAL

Si ce qu'on va lire n'est pas la démence, la démence idéologique bien caractérisée, qu'on fouille alors dans les cryptes de l'âme humaine, qu'on y découvre des lieux inexplorés, et qu'on nous dise ce que c'est!...

« Depuis quelques instants, Marat se tordait dans « ses draps ; sa poitrine, enflammée par les veilles, c< laissait sortir avec peine une haleine rare et sif- « fiante.

« Marat : Oh I dit-il, j'ai du soufre allumé dans « les poumons !

< A ces mots, il (ut pris d'un accès de toux mor- (i dante et sèche, qui couvrit toute sa figure ter- « reuse d'un nuage pourpre.

€ Maràt : Oui, reprit-il, en s'essuyant le visage, a je vais bientôt mourir, mon ami, je voudrais sac( voir s'il y a quelque chose là haut?

aBassal, qui, par profession, avait un peu la a manie de prêcher, lui fit un long sermon sur l'im- « mortalité de Tàme.

« Maràt : Toutes ces choses doivent être écrites « quelque part dans la nature, mais Dieu tient le « doigt sur le livre.

c( J'ai passé toute ma vie à chercher l'homme auce delà du tombeau, et à poursuivre Tâme dans ses « destinées éternelles. Je m'en vais, malgré cela, (( l'œil plein de ténèbres. Je n'ai rien vu distincte- « ment dans ce sombre rayonnement de l'avenir. « Après tout,

« Je ne crains rien de Dieu,

« Tai fait V œuvre qu'il m'a imposée. »

« Ma vocation était de me constituer anathême (( pour mes frères (1), je l'ai subie. J'ai renoncé au « plaisir de l'étude, aux douceurs de la famille, au « repos de la vie ; j'ai porté l'abnégation de moi-

(1) Laconaire a dit : Ma vocation, c*est le crime.

« même josqo'a immoler mes goûts et mes affec- < tioDs au bonheur public; j'ai vécu trois ans au « milieu des privations» des alarmes, des embûches ; « j'ai versé mon sang goutte à goutte; je me suis a résigné à avoir sans cesse devant les yeux l'image « de la mort. Offert en holocauste au Ciel et à la a patrie, j'ai senti le couteau m'entrer lentement (K dans la gorge. Je suis abreuvé^ je suis las, je vais « mourir. Doué d'un caractère ardent, impétueux ce et tenace, j'ai quelquefois cédé à la vue des com- « plots de nos ennemis, aux élans d'une indigna- « tion fatale ; mais, à mesure que le spectacle des «désordres s'éloignait, mon cœur, moins agité, « inspirait à ma plume un ton moins terrible.

« Je nCen vais les mains nettes de sang.

a Le tribunal révolutionnaire a fonctionné jusc( qu'ici avec une extrême réserve ; notre républiu que naissante compte à peine

c< Deux cents exécutions capitales.

tic II est vrai que j'ai demandé, dans ma feuille « et à la tribune» qu'on déployât des mesures énercc giques contre les ennemis de l'humanité, mais « est-ce ma faute

« Si Dieu a mis dans mon cœur, pour accomplir « ses desseins, une de ces vertus homicides qui ont « r incorruptibilité et le tranchant du glaive?

« Je suis intraitable aux méchants , aux oppresc< seurs^ aux foHrbes. Il faut que je me brise contre c eux ou que je les détruise.

« Si les morts régnaient, maintenant qu'ils sont a dégagés des intérêts et des passions , ils reconnais « traient avec moi que leur perte était nécessaire au « monde. »

(Alphonse Esquiros.)

Un mot sans commentaire , il pourrait tout gâter :

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