PRÉFACE DE ^ÉDITEUR
Notre préface sera presque aussi brève que celle de M. Mendez^ en ce qui nous sera propre. Nous nous bornerons à dire qu'il en est de certains livres comme de qsftains hommes : ils ont du bonheur. De- tous les rangs de la société est sorti un cri d'approbation qui assure an livre sur le Duel une place parmi les œuvres qui restent dans le souvenir des hommes.
Nous transcrirons ici l'opinion de quelques journaux.
Il a été publié plus de trois mille volumes sur le duel. Les brochures ne se comptent plus. Tout le monde a voulu produire son opinion pour ou contre. Parmi ceux qui ont agité cette question^ je trouve des papes^des jnrisconsultesydes rois^ des philosophes^ des évéqueS; des médecins, des maîtres d'armes^ des généraux et des gens du monde. La querelle est toujours pendante. Du livre, on a passé à la pièce de théâtre^ à la chanson, à l'épigramme qui court les rues, à la caricature qui se colle sur tous les murs ; on a tosiné du haut de la tribune, on a jeté l'anathème du haut de la chaire; on a fait des lois inexorables. Le débat n'est pas encore vidé. Arrivera-t-il jamais à sa fin ?
•Il est peu aisé d'avoir à répondre. Ce qu'on peut dire, c'est que de temps en temps, une sorte de lutte bibliographique s'étabh't tout à coup ; les livres sur le duel, déjà si nombreux, se mettent à reparaître et à refleurir: le procès recommence de plus belle.
Il faut bien croire que nous sommes à l'une de ces époques-là. Jamais il n'y a eu tant de calme dans les esprits. Toutes les propositions contraires chôment. Toutes les colères d'hier^ qui armaient le tribun contre l'écrivain, et le soldat contre le penseur, sont, sinon mortes, du moins apaisées.
On ne se bat plus aujourd'hui, Dieu en soit loué ! Pour un oui ou pour un non, six hommes ne courent pas au bois afin d'y mettre flamberge au vent. Mais les jours ne sont pas encore bien éloignés de nous où l'objet le plus frivole amenait deux champions à se couper la gorge sous l'œil de leurs meilleurs amis. Dans ces dernières années, qui ne sont plus, je le sais, qu'un point dans l'histoire, que de rencontres souvent fatales, et pour des mots aussi vite oubliés que prononcés !
Avantd'entreren matière^ il n'est pas superflu défaire remarquer que l'auteur est renommé à bon droit pour un des meilleurs tireurs d'épée de notre pays ; c'est même à son habileté qu'il faut attribuer l'idée qu'il a eue de publier cet ouvrage. Dans les temps que je viens d'indiquer, M. T. -A. Mendez a eu à descendre en personne sur le pré ; il a assisté à plus d'un drame émouvant ; il a vu et touché à plusieurs reprises un fer rougi par le sang de ses semblables ; ce sang des
combats singuliers^ tache sinistre et vive, produit tou-' jours sur les âmes généreuses l'effet que celui de Duncan amenait sur les yeux consternés de Macbeth. Voilà comment il a été conduit à condamner purement e t simplement la coutume du duel. Oui^ dès ses prémisses, M. T. -A. Mendez fait voir en peu de mots qu'il est désormais systématiquement hostile au duel. II demande qu'il soit proscrit de nos mœurs. II voudrait^ si la chose était en son pouvoir^ communiquer à la législation aujourd'hui en vigueur une pénalité plus sérieoise et armer les magistrats de mesures préventives plus efficaces. En feuilletant ses premières pages, on voit déjà plus chez lui une affaire de sentiment Peu à peu, en effet, il cède à l'entraînement de la passion. Le duel est traité par lui du haut en bas, sans mesure, comme un crime et comme la pire des infirmité sociales. Ne se contentant pas, pour soutenir victorieusement sa thèse, des motifs qu'il peut tirer de la morale, de la religion et de la philanthropie, il va puiser ses autorités dans les œuvres dès philosophes humanitaires du dix-huitième siècle. U cite Montesquieu ^ Jean-Jacques Rousseau, le grand Frédéric, Napoléon, de Bonald, Chateaubriand, et vingt autres. En guise de préface, il a déjà, du reste, mis sous les yeux du lecteur trois lignes qui accusent suffisamment le plan de son travail. « Ce livié, dit-il, est placé par » l'auteur sous la sauvegarde de tous ceux qui croient » en Dieu, de tous ceux qui prient et de tous ceux qui » aiment » On voit tout de suite à quel but doit le pousser ce point de départ
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La patience honorable de M. Mendez lui fait faire à chaque pas dans l'hisloire les découvertes les plus précieuses. De ces glanes ramassées toujours avec inteiligence^ il est facile de composer ensuite un faisceau de preuves et une réunion d'arguments contre lesquels on ne pourrait guère lutter. Quelques citations^ prises au hasard, donneront une idée de ces recherches et du bonheur avec lequel elles ont été groupées. « On dit : Le duel est dans nos mœurs. Cependant, il ne faut jamais invoquer les mœurs comme excuse d'un fait quelconque. Alexandre-le-Grand défendit aux Bactrians de faire dévorer leurs pères, devenus vieux, par les chiens. C'était dans les mœurs, et ces mœurs étaient atroces. » — Et plus loin : c L'homme est un monstre incompréhensible, a dit Biaise Pascal. Il prie avant d*aller se battre en duel. Et qujîlie peut être cette moastrueuse pri^e adressée h Dieu? c Seigneur, » fais que Je cœur de cet homme sente le fer, et que » ce fer lai donne la mort ! »
J.-J. Rousseau est le réservoir oii M. T. -A. Mendez aime surtout à puiser ses faits et sa dialectique. A une certaine époque on a jeté beaucoup de ridicule sur le citoyen de Genève à cause de ses opinions sur le duel, qu'il était de mode alors de traiter de parados^e. MaiSj» chose assez remarquable, l'argumentation de J.-J. Rousseau se trouve en très grande partie confinebée par les philosophes chrétiens qui sont venus a près li^l Mais de ce qu'il a une grande prédilection pour les citations, M. Mendez ne renonce point à argumenter ni à prouver par lui-même. Dans Y Essai sur le Duel,
divisé par petits chapitres et par aphorismes^ comme l'Esprit des Lois, on rencontre çà et là beaucoup de vérités très courageuses et très fièrement formulées^ dont on doit faire exclusivement honneur à l'écrivain. Il veut, par exemple, démontrer que le combat singulier n'est presque jamais une chose irréfléchie, spontanée, rapide, et il dit : « Mais il n'y a ni vertige u amer ni folie instantanée dans le duel. On se bat le c lendemain de l'offense ; on se bat parce qu'ona der- « rière soi la verge de l'opinion, et le sourire qui emif poisonne. » Les faits qu'il cite sont aussi parfois très concluants. Il s'évertue à amener sans cesse une analogie sans doute un peu outrée entre le duelliste et l'assassin. Il est très certain qu'un prévôt de salle d'armes, qui se bal contre un homme inhabile à tenir une épée, est cent fois en passe d'assassiner son adversaire. C'est justement pour cela que le nom de spadassin est une flétrissure et comme un acheminement à l'autre mot. Cependant M. T. -A. Mendez me semble trop outré quand il veut à toute force qu'un homme qui égorge sur la voie publique, le soir, à la corne des bois, soit absolument semblable à un homme qui tue par-devant témoins, pour des faits discutés, avec des armes convenues.
Mais, je l'ai dit, l'auteur y met de la passion^ presque de la ferveur. Celui qui tue en duel lui devient un objet de dégoût insurmontable. Il le désigne du doigt, il veut qu'on le marque au front comme un des descendants de Ca!n.
Ce qui offense le plus l'auteur de V Essai sur le Duel
c'est qu'on vole rhumanhé toutes les fois que 5 pour une dispute souvent futile, on lui arrache violemment un de ses membres peut-être les plus distingués. Qui sait, en effet, si celui qui vient, de tomber n'aurait pas imaginé quelqu'une de ces grandes découvertes qui font marcher les sociétés vers la réalisation du bonheur terrestre ? Franklin aurait pu être tué, Jeûner aussi, Fulton et Papin aussi, et lord Byron, et Walter Scott, et Homère, et Sophocle, et Shakespeare, et Rossini. Qui vous dit que l'homme qu'un imbécile, fin tireur, va jeter sur l'herbe n'aurait pas inventé l'art de diriger les ballons, une recette contre la goutte ou contre la phthisie, ou le moyen d'implanter en Europe l'arbre à pain de Taïti. — M. T.-A. Mendez répond à tout cela par ces mots ; « Ne tuez plus ! »
Avant de finir, je reprocherai pourtant à l'auteur d'avoir un peu trop négligé le côté historique et anecdotique dans son livre. Que de témoignages à recueillir contre le duel ! Dans les premières années de sa majorité, Louis XV renouvela, mais inutilement , les édits contre les duels. Le bretteur de cette époque qui attira le plus les regards par l'importance de sa position sociale, c'est le duc de Richelieu, le roué par excellence, celui qui vit des femmes se battre en champ clos pour l'amour de lui. Et il disait: c Au fond, c'est bête ! » On connaît l'histoire du beau Létorières, appelé Monsieur le Charmant , aussi redouté des hommes que des femmes, et qui, blessé, mourant des suites d'un duel, vint exhaler son dernier soupir aux pieds de M""* de Soissons. Et il disait ; c C'est beau et triste de
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mourir ainsi ! » Turpin, Saint-Foix, Tauteur des Es^ sais, Saint-Evrçmond, la Maugerie^, le chevalier ou la chevalière d'Eon, le mulâtre Saint-Georges, Alexandre de Tilly^ le duc de Lauzun , le chevalier de Boufflers, tous ceux-là se sont battus , tous ceux-là ont conclu contre le duel. L'Encyclopédie arrivait^J.-J. Rousseau écrivait; un ordre nouveau commençait; 89 était à deux pas. Vainement le comte d'Artois (depuis Charles X) et le duc de Bourbon se battaient à cause d'un coup de canif dans un contrat de mariage^le ridicule attaquait le duel. Voilà Beaumarchais qui s'écrie : « Je ne me suis pas battu avec Goêsman, parce que je « n'aurais pas trouvé chez lui de cœur à percer. »
89 est venu. Le duel va se reproduire avec une physionomie nouvelle^ grâce aux discours de la tribune, à l'ardente polémique des journaux et aux scènes de la place publique. Un peu avant, pour se battre, il fallait être gentilhomme. L'épée maintenant brillera dans les mains plébéiennes si longtemps avilies par le bâton du moyen-âge. Dès septembre 1790, la juridiction du point d'honneur a disparu avec tous les autres tribu-* naux d'exception. Une figure qui domine toutes les auti*es figures si puissantes de la révolution, Mirabeau, redouté duelliste avant d'avoir été purifié par les suffrages du peuple, a le bon esprit de refuser les provocations qui lui arrivent de toutes parts, en les ajournant après la session. Le duel de MM. de Lameth et de Gastries irrite au plus haut point la fureur populaire. Dans le même temps, Barnave se bat au pistolet avec Cazalès, son rival d'éloquence, pour une frivole
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question de politique. Tout à coup le duel fait silence devant la Convention ; non, la France soutient un due' contre toute TEurope coalisée, et l'Europe est vaincue. Un jour^ en présence de cette Convention^ si peu étudiée encore et si mal jugée, on présente un projet de loi sur le duel. — La majorité déclare qu'il n'y a pas à délibérer. — Napoléon, comme Louis XI, comme le cardinal de Richelieu^ comme Louis XIY et comme la Convention, n'aimait pas le duel. On se rappelle que le roi de Naples l'ayant provoqué à l'épée, il fit répondre au Bourbon imbécile : « J'aime mieux conquérir votre royaume,' » et il le conquit.
Si ces documents historiques manquent à VEssai sur le Duely de M. Mendez, en revanche la plus belle philosophie et les principes de la morale la plus nette et la plus brave y abondent. Ce sera un succès.
PmUBERT AUDEBRAND.
( ExtraU du Mousquetaire, numéro 27 Jaia 1854).
« Ce livre est placé par l'auteur sous la sauvegarde de tous ceux qui croient en Dieu, de tous ceux qui prient et de tous ceux qui aiment. »
Ces quelques lignes simples et touchantes en sont l'unique préface, et elles snflQsent, en effet, pour en faire nettement entrevoir l'esprit; car c'est là une de ces rares œuvres, dont on peut dire qu'elles respirent à chaque page la foi, la piété et l'amour. M. Mendez a développé, dans une suite de pensées, d'observations^ de maximes, d'aphorismes, qui rappellent la manière
de Pascal^ de la Rochefoitcault, etc. ^ ces éternels principes de religion, de justice et de mor^, dont les générations se montrent si oublieuses. Il s'est appliqué surtout à combattre ce fatal préjugé du duel, dernier I^s de la barbarie à la civilisation, puissance monstrueuse contre laquelle tout est ven9 se briser, depuis les édits de Richelieu jusqu'à la jurisprudence moins terrible de H. Dupia. M. Aiiguste Mendez traite ce grave sujet avec la hauteur de pensées de Montesquieu et l'éloquence de Rousseau; ausai son livre fera-t-il plus contre le duel, dans l'esprit ,de ceuj^ qui l'auront lu, que les sévèces prpbibitions dont npus venons de rappeler le souvenir.
{Extrait de la Revue Bibliographique, naméro da 25 Juin 185ft).
Un bien honorable hommage vient d'être rendu à un livre, récemment publié. Un jeune lieutenant de cavalerie, achevant un congé de convalescence, à Paris, a eu mercredi dernier une querelle violente» avec un jeune médecin. Rendez-vous donué; témoins indiqués. Le duel devait avoir lieu jeudi. Le mercredi soir, un des témoins du lieutenant, fit déposer, dans la chambre de son ami, un volume in-8% Essai sur le DueJj par M. Théodore-Auguste Mendez. Ce livre est à la fois un très bon livre et une bonne action : la pensée qui y domine, c'est l'assimilation du duel à Va^sassinaL Cette donnée, fortement établie dans son
ouvrage^ M. Mendez prend la société sous toutes ses formes ; les querelles, sous tous les aspects ; il énumère, il accepte toutes leurs causes^ et avec une fermeté saisissante il arrive à cette conclusion terrible : assassinat I
L'âme qui a répandu son feu sur ce livre^ est une âme bonne et courageuse ; Tesprit qui en a dirigé les idées^ est un esprit nourri des textes, au courant de son histoire, et observateur sérieux des mœurs de son pays.
Le lieutenant, voyant ce livre, le lut aussitôt puisqu'il entrait dans sa propre situation. Sa raison fut déconcertée par ce cri de chaque page : assassin! Il arrivait d'Afrique, il va partir pour Gallipoli ; il a envoyé, jeudi matin^ ses témoins, près de son adversaire, désignant, pour lieu de rendez-vous, une allée des Tuileries..., et en) apercevant le jeune médecin, il s'est jeté dans ses bras en s'écriant tje ne serai jamais un assassin ! — J'engage les lauréats académiques à produire, par leurs œuvres, de tels résultats! M.
{Extrait de CEubopb ABtiste^ naméro du 25 juin 185A.)
A propos des erreurs qui sont la loi du monde, un livre vient de paraître qui combat victorieusement et chaleureusement un des plus terribles préjugés qui existent. Ce livre est un Essai sur le Duel, et jamais la logique et la raison ne se sont montrées plus éloquentes. L'auteur de cet essai, M. Théodore Mendez, s'est inspiré des plus hautes et des meilleures pensées.
Dans une forme originale, vipourébse, pleine de chauds élans, il a massé les argumenK les plus puissants.
H. Th. Mendez s'élève contre cette coutume barbare qui place en face Tun de l'autre, le fer à la main, deux hommes, deux membres de l'humanité. Il dé* montre que, lorsque les résultats du duel ne sont point ridicules, ils sont presque toujours funestes; enfin il proteste avec toute l'énergie d'un cœur honnête, d'une âme loyale contre ces combats inégaux oili d'avance on peut désigner la victime et le bourreau. Ce livre est une des œuvres les plus vigoureusement trempées que je connaisse. L'auteur n'a point voulu entrer dans des détails qui ne pouvaient qu'affaiblir la portée morale de son œuvre; il s'est astreint, au contraire, à n'aborder que la question purement philosophique, et de cette tâche il s'est tiré à son très grand honneur.
{Extrait de fESTAVETTi, naméro da 2S mai 1854 )
H. Auguste Mendez vient de faire paraître, sur te Duel, un livre dont le style nerveux et coloré produit une grande sensation dans le monde littéraire. Pour que le duel pût exister, dit M. Mendez, il faudrait la suppression de Dieu du milieu de son univers, la suppression de la religion, de la philosophie, de la raison et de la conscience humaine.
{Extrait du Pats, naméro du 28 Jaillet.)
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