TESTAMENT DE LA REINE
ou LETTRE ▲ MADAME ELISABETH.
» Ge 16 octobre, k 4 heurtô et demie du matim » C'est à Vous, ma soeur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens » d'être cotitlamnée , non pas à une mort honteuse, elle ne Test que u pour les criminels, mais à aller rejoifidte rotre frère. Comme lui « innocent, j'espère montrer la même fermeté que lui , danl ces der- (c niers moments Je suis calme comme on l'est quand la conscietice t he reproche rien. J'ai un profond regret d*abandontier mes pauvres « enfants ; vous sarez que je n'existais que pour eux* et voua , ma » bonne et tendre soeur , vous qui avez par votre amitié tout sacrifié u pour être ave<i noue» dans quelle position je Vous laisse? J'ai appris « par le plaidoyer même du procès # que ma fîlle était séparée de « vous. Hélas I la pauvre eriflabt, je n'ose pas lui écrire ; elle tte re- 41 eevrait pas ma lettre; je ne sais pas itiême si éeHè<ii Vous parvien- « dra. Recevez pour eux ici ma bénédicition. respèré qu'un jdUr, rt Ursqu'ite sei^ottt plus grands, ils pdUrToht se réunit arèc vous, et ir jouir en iwrttef de vob tendPAs soinsv Qa'ih peugeht «eus d^ut k ce n que je n'ai cessé de leur inspirer ; que les principes et l'exéthitlon (( exacte de ses (tovoir» sont la première baaê de> la vlb ; que leur « amitié et leva eonfiance mutuelle en seront le bonheur. Que ma a fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit ^ider son frère par les cona seils que l'expérience qu'elle aura de plus qoja lui el ton àitiiiié
— Et de plus? ajouta Ernest.
— La princesse Elisabeth; ici Thomme aux myosotis st courba sur sa chaise, et le dossier craqua et se rompit! il ajouta brièyement : — « Le père de notre roi; >» et il tira ce terrible tricorne qu'apercevaient de si loin ceux qui marchaient à la mort !
Henrt : -^ Comment Lacenaire a-t-il attendu le coup pendant vingt-neuf secondes ?
L'homme aux myosotis détacha une petite clé appendue à un clou, ouvrit une porte^ marcha vers
« potnrront lui inspirer. Que mon fils, à son tour, rende à sa sœur c tous les soins, les services que l'amitié peut inspirer ; qu'ils sentent « enfin tous les deux que , dans quelque position où ils pourront se 0 trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils « prennent exemple de nous. Combien dans mon malheur notre < amitié nous a donné de consolations ; et, dans le bonheur, on jouit u doublement, quand on peut le partager avec un ami, et où en « trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille? c Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père que je <i lui répète expressément : « Qu'il ne cherche jamais à venger notre « mort. » J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je « sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine: pardonnez- M lui, ma chère sœur, penses h l'âge qu'il a, et combien il est facile A de faire dire à un enfant ce quon veut, et même ce qu'il ne com-, a prend pas ; un jour viendra, j'espère, oik il ne sentira que mieux tout « le prix de vos bontés pour tous deux. Il me reste encore h vous « confier mes dernières pensées. J'aurais» voulu les écrire dèsk com* « mencument du procès, mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, ^ la marche a été si rapide, que je n'aurais réellement pas eu le temps, i <i le meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans « celle de mes pères, dans celle oii j'ai été élevée, et que j'cd toujours « profjQ«aéç« N'ft7api^aueHiio consolation spirituelle à attendre, ne sa-
une espèce de remise où les deax visiteurs le suivirent. Arrivés là, Thomme dit : — Regardez ! c'est la même guillotine de 93 ; elle a coupé 4^227 têtes seulement sous la Terreur ; les écrous sont usés, voilà pourquoi Lacenaire a attendu!
« La guillotine est fatiguée !... »
Miserere Deus !.. Cet homme, c'était le bourreau! c'était Sanson ! Si Ton disait ceci aux Apachez, aux Chasseurs de chevelures, aux Sauvages de la mer du Sud, accroupis devant le feu de leurs bivouacs, ils
« chant pas s*il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même « le lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient une fois, je « demande sincèrement pardon à Dieu , de toutes les fautes que j'ai « pu commettre , depuis que j'existe. J'espère que dans sa bonté il « voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que j'ai « faite depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme u dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à jtous ceux <• que je connais, et à vous ma sœur, en particulier, de toutes les pei- « nés que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous u mes ennemis le mal qu'il m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes, (( à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis ; l'idée d'en être séparée c pour jamais, et leurs peines, sont un des plus grands regrets que « j'emporte en mourant ; qu'ils sachent, du moins, que jusqu'à mon « dernier moment, j'ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et tendre sœur; r puisse cette lettre vous arriver l Pensez toujours à moi. Je vous « embrasse de tout mon cœur ainsi que mes pauvres et chers enfants. « Mon Dieu I qu'il est déchirant de les quitter pour toujours I Adieu! V adieu l je ne vais jplus m'occuper que de mes devoirs spirituels. « Gomme je ne suis pas libre dans mes actions , on m'amènera peut- « être un prêtre, mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et a que je le traiterai comme un être absolument étranger.
« Signé : MARIE-ANTOINETTE. »
béniraient leurs dieux d'être sauvages!... La guillotine est fatiguée !...