‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 98 sur 122 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

LE GRIillE, c'est la démence.

Une sœur tue sa sœur (il n'y a pas un mois) en Allemagne ; elle dépèce froidement cette sœur, la fait cuire, en fait du bouillon, du potage^ et mange le bouillon, mange la chair, avec d'autres sœurs plus jeûnes qu'elle.

15 Juin 185/i.

H tlD crime inouï, l'assassinat par leur mère de- « ses six. enfants, dont l'aînée, une jeune fille nom- « mée Georgina, n'avait que douze ans, vient d'être « commis en Angleterre, dans un village appelé « West-Esher, près de Claremont.

« Samedi dernier, des ouvriers passant devant c( un cottage isolé, furent surpris de voir, à l'appui « d'une fenêtre, un oreiller rempli de sang ; ils (( frappèrent à la porte, et n'ayant pas reçu de ré- « pense, ils entrèrent dans une pièce du cottage, • où ils virent avec horreur, étendus sur le plancher « et baignés dans leur sang, le corps d'une femme « et de deux enfants.

« Dans une chambre à coucher voisine^ gisaient « quatre autres victimes, toutes ayant la gorge cou- « pée comme les premières, etc. » Il faut abréger de semblables horreurs I

Les lionnes et les tigresses défendent leurs petits jusqu'à la mort, et une mère tue ses six enfants, et puis se frappe elle-même I... Sans discussion, nous en appelons à toutes les mères : n'est-ce pas la démence?

CHARLES LDCAS.

Nous avons puisé, et nous puiserons encore lar-

gement dans le livre si remarquable de M. Lucas, livre qui 9 malheureusement, n'est pas à la portée de tous les esprits, et qui, parla, ne peut descendre et porter sa lumière dans les masses !

Nous lisons dans ce livre : c^ Le crime, au lieu « de raisonner, le plus ordinairement est aveugle ; « la passion le domine aussi souvent peut-être que « rintérêt, et alors, quand il est emporté par elle, « je ne lui connais plus de frein. La plus terrible « des peines, la mort, il ne cherche point à la fuir, « il se Test réservée lui-même. Combien avons-nous « vu d'hommes entraînés par la jalousie, la ven- « geance^ se frapper à leur tour à la vue de leur « victime eipijante, et mourir avec l'affreux con- « tentement de la passion assouvie I Combien d'au- « très se sont livrés eux-mêmes à la justice, allant « au-devant de l'échafaud I Voilà les exigences de « la passion, voilà ses profits, voilà ses satisfactions ! « Ce n'est point à échapper à la mort, c'est à la « donner qu'elle les goûte. Et n'est-ce point Ben- « tham qui a si bien caractérisé son empire tyrantt nique, en disant qu'il est des moments où l'homme « sacrifierait l'univers à une sensation. • Puis M. Lucas met en note ce qui suit : « Écoutez le langage affreux, mais terrible, de « la passion dans la bouche de Sureau : « Éloignezce vous y me répond-elle (Henriette), ^e ne vous con-

c( nais pas.... o « Tu ne me connais pas?... (Ici la « voix de Sureau devient terrible), alors je ne suis et plus à moi, je la frappe... une sueur froide me cprit tout-à-coup... je voulus me frapper ^ le fer (( s'échappa de mes mains I... une terreur soudaine « s'empara de moi.... je pris la fuite... et je revins « à la boutique... fêlais content, f avais tué mon « Henriette, ma hievraimée. »

ft La mort; messieurs^ la mort, je vous en prie^ i< s'écrie avec l'accent du désespoir, une nommée «c Chamel, écaillère, qui avait donné un coup de « couteau à un noir, par jalousie d'amour. »

ce A la cour d*assises des Ardennes, un nommé « Jean-Baptiste Sergent^ ancien militaire, poussé « par la passion violente qu*il avait conçue pour la « demoiselle Marie Maury, qui avait d'abord ac- « cepté sa main , après être allé; dit-il, travailler « au canal des Ardennes, dans Fèspoir que Féloi- « gnement calmerait son tourment, revient à Sedan. (( Entraîné par un penchant irrésistible, et s'étant « introduit dans la maison de la fille Maury, sans c rien lui dire, il lui porte au côté gauche un coup « de couteau.

« La veuve Forget se précipite sur les pas de « Sergent, qui s'éloigne d'un air tranquille, et lui « dit : « Ne me suivez pas, je sais où vous allez, el « je m'y rends moi-même. » 11 va se livrer au chef

(f d'un poste, se déclarant Fauteur du coup de cou- « teau^ en disant qu'il aurait mieux aimé avoir deux « pistolets, l'un pour lui brdler la cervelle, l'autre a pour se la brûler après. »

On répondra : mais ces crimes de la jalousie, les crimes de la vengeance, de l'ivresse, ne sont pas. réellement les crimes atroces I... Les crimes par guet-à-pens , le crime par froide préméditation , pour voler, le crime-Lacenaire, le crime intrinsèque enfin, celui pour lequel la société est implacable, c'est vrai; mais nous, qui avons besoin de prouver que le crime n'est que la démence, plus ou moins longue, nous devons passer à travers tous les sentiers du crime.

Il est un fait bien démontré pour nous : c'est que, sous rinfluence de plusieurs maladies physiques, beaucoup d'hommes ont c4dé au crime comme les Anglais cèdent au spleen, et comme les meurtriers de soi-même de tous les pays, cèdent à une agita- i tion moralement ou physiquement maladive.

Le Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques publie les détails suivants sur un cas de mo- { nomanie incendiaire ou pyromanie :

« La cour d'assises de la Sarthe vient d'avoir à a juger une jeune fille de douze ans, qui a présenté a un cas fort remarquable de mon.omanie incen- « diaire ou pyromanie. Cette enfant, née de parents

« dans un grand état d'irritation et voulait se préci- « piter dessus.

« Cette jeune fille était d'une constitution ^ia nemment nerveuse, peu intelligente, mais très « impressionnable; elle avait été vivement fraj^ée « du bruit qui s'était répandu quelque temps avant « son crime, qu'un miracle s'était opéré dans le < voisinage. Elle avait souvent des hallucinations , « et disait aux personnes qui l'entouraient : « Je «t vois la bonne Vierge, elle cause avec moi, je ferais « bien ma seconde communion. » Et, en efiet, elle « renouvela sa communion avec une ferveur « édifiante.

« Tous ces faits ont été eiposés devant le jury^ « qui, plus complètement éclairé que ne l'avait été « celui de l'Orne, a prononcé un verdict d'acquitte- « ment.

« Il serait difficile de rencontrer un exemple « plus frappant de monomanie incendiaire. Toutes « ]es circonstances se trouvent réunies pour rendre <c ce fait intéressant» L'accusée, tout en délirant sur « ce point, puisqu'elle cédait à une force irrésistible « en mettant le feu, conservait néanmoins toute la « finesse nécessaire pour détourner les soupçons et « même les faire tomber sur un autre. Elle sait <c qu'une voisine est presque aveugle, et c'est chez « elle qu'elle dispose la petite comédie dans laquelle

(( elle suppose qu'elle est menacée par un étranger. Cl La pauvre aveugle accourt, elle ne voit rien; « mais comme elle entend la jeune fille qui parle à « quelqu'un et qui parait fort effrayée, elle ne doute « pas qu'en effet un étranger ne soit entré dans la « maison. Elle vient ajouter son témoignage à celui a de la ru$ée paysanne, qui engage la justice dans « une fausse route.

tf Mais ce qui doit surtout être noté, c'est que, c( lors de son premier jugement, personne ne la crut (c atteinte d'aliénation mentale, et que la justice, a pensant avoir à punir une de ces misérables qui « débutent dans le crime avant l'âge de la raison (1), « l'avait frappée d'un châtiment terrible, c'est qu'en a effet la monomanie est bien difficile à constater, '^ demande un examen attentif et surtout prolongé.

« Pour peu que le moindre doute s'élève dans (( l'esprit.des médecins appelés à observer des pré- « venus^ ils ne doivent pas hésiter à demander un « prolongement d'instruction, pendant lequel il « surviendra peut-être des accidents qui, comme c< dans Tobservation que l'on vient de lire, ne lais- « seront aucun doute sur l'état mental des sujets.

« Dans l'aliénation mentale, comme dans toutes « les maladies, c'est le début qu'il est difficile de

(1) Qu'est-ce que débuter dans le crime avant l'âge de la raison? N'est-ce pas la démence? {Note de l'Auteur,)

ic saisir, et souvent une action criminelle est le pré- « lude d'un désordre dans les idées ^ auquel chacun « d'abord refuse de croire^ mais qui va bientôt en « s' aggravant de manière à ne laisser aucun doute ce même aux esprits les plus prévenus. >>

Chose cruelle à dire (1) : Si cette malheurease enfant eût eu six ans de plus, et qu'il ne se fût pas trouvé un défaut de forme dans le procès, on lui coupait le coul... Et à combien de monomanes ne Taura-t-on pas coupé dans l'ignorance où Ton se trouve souvent de discerner ces maladies? Ainsi, vous avez la démence instantanée des passions qui, au retour de la raison, vousdemande la mort comme une grâce, pour ne pas vivre sous le poids du crime I

Puis, vous avez les monomanies toutes reconnues par la science ; et vous avez encore Teffrayante possibilité de frapper l'innocence par l'erreur I De toutes les manières, que d'innocents ont été frappés! Ainsi voilà trois raisons invincibles qui militent contre la peine de mort.

L'histoire restera éternellement ouverte pour crier aux hommes qu'ils ne doivent pas prononcer d'arrêts irrémédiables.

281 Voix contré 273 condamnèrent Socrate à la

(I) 16 juin 1854, Le nommé Jean-François Lanuaux, âgé de dix-sepi ans, né à Châtel-sur-Moselle, a été condamné hier à la peine de mort par la cour d'assises des Vosges.

ciguë. <K Et les dieux irrités^ dit Plutarque, semèrent <^ la désolation de la mort dans la cité, et la postérité o a flétri les 28t. »

Calas, Lesurquel... tous ceux que nous avons, nommés, et tous ceux que nous ignorons I « El pur si muovel »

Eh oui, la terre tourne! avait dit Galilée. — Non, pas le moins du monde! Les erreurs humaines ont des arguments qui prouveront à Galilée que la terre ne tourne pas, et il faudra que Galilée avoue que la terre ne tourne pas.

c< Moi, Galilée, dans la soixante-dixième année c( de mon âge^ étant constitué prisonnier, et à ge- « noux devant vos Éminences ,, ayant devant mes « yeux les saints Evangiles, que je touche de mes a propres mains, j'abjure, je maudis, et je déteste « Terreur et Fhérésie du mouvement de la terre I »

Voilà l'ignorance!...

Voici le crime :

Etienne Doht, le traducteur de Platon j condamné à être étranglé et brûlé comme suspect d'athéisme!

Des myriades de myriades d'innocents endormis parla main du bourreau !!!...

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