CCLXXIII
A lieu d*èlre soi, et bien à soi, invariablement soi et à soi, on veut être un peu de cha-
cuQ| et Ton fimt par n'être persrane^ et l'esprit se laisse imposer des opinions qui contrarient la morale, et dénaturent l'homme.
Dans un même jour, fanfaron et lâche, insolent et dur envers celui-ci, bas et rampant devant celui-là.
Oui, sans doute, la nature a créé des inégalités intellectuelles et physiques; mais certainement, elle a donné à tous une science égale de l'âme. — Nul n'ignore que le crime ne soit le crime, et la vertu la vertu. En d'autres termes, nous savons tous fort bien qu'il est bon d'être bon, et mauvais d'être mauvais. L'abrutissement du vice éteint le sens moral;
mais Pintelligence de la conscience ne cesse (1) que par notre faute , et nous pou- Tons toujours en rallumer le flambeau par le retour au bien.
Et cependant, quelle humiliante disproportion entre un hqmme et un homme en moralité (2).
ÇL) Quand nous avons dit que le crime était une démence, nous avons entendu parler de la grande intelligence morale,
de la conscience.
(2) Prenons au hasard dans Thistoire deux figures , n'importe lesquelles. Au xiv« siècle, Philippe le-Bel, Taltérateur de la monnaie, presque assassin du pape Boniface VllI, et Tassas* sin d'abord, et le spoliateur aussitôt des Templiers, qui Tappointèrent à Tan et au jour devant le tribunal de Dieu. Voilà un point de comparaison. Voici le second : « La règle ordinaire de mon père et de ma mère, dit le « chancelier d'Aguesseau, était de conserver, pour Texercice « continuel de leur charité, la dtme de tout ce qu'ils recevaient; « Us regardaient les pauvres comme leurs enfants ; de sorte « que, s'ils avaient dix mille francs h placer, ils n*en plaçaient
caxxvD.
Où alions-DOus et que cherchons-nous, ayeugles et en0/^yrés que nous sommes , dans cette course au clocher, dans ce mirage qui nous sollicite, en nous égarant dans un désert, où, comme Tarmée d'Artaxercès, nous ne trouvons que la solitude et la mort, tandis qu'en nous-mêmes , nous possédons ce que Dieu y a déposé de possible et^de vrai : Faccomplissement du devoir et le bonheur qu'implique cet accomplissement.
« qaehuitetendonnaientdeuxaux pauvres, quHls regardaient « comme leur propre sang. »
On comprend Jusqu'h quel point pourraient aller ces comparaisons. Nous en signalerons une par sa singularité même (a). C'est Louis XIV aimant Louise de La Vallière et Louis XIV aimant M"» de Maintenon. Les choses faites par ce monarque dans ces deux périodes expliqueront les deux femmes.
(a) Cette remarque appartient à un écrivaio dont le nom nous écliappe'
caxxvm.
L'expérience des pères est perdue pour leurs enfants, dit Fontenelle.
Que de conquérants! quel tumulte 1 quel bruit! quelles destructions! quels triomphes! quelles chutes! depuis Cyrus, Bélus, Jason, Alexandre, César, Annibal, Gensis-Kan, Tamerlan, et pour résultat, la dépopulation du monde et une fosse immense.
Nous cherchons tous le bonheur. — « Mais tf le bonheur est en dedans de nous-mêmes, cr il nous a été donné ; le malheur est en « dehors , et nous {'allons chercher , dit
a BuffoD. » — (( Tout change, s'écrie Massillon, a tout s'use y tout s'éteint : Dieu seul demeure <( toujours le même ; le torrent des siècles, qui a entraîne tous les hommes , coule devant « ses yeux, et il voit avec indignation de fai- « blés mortels emportés par ce cours rapide, u rinsuiter en passant, vouloir faire de ce seul « instant tout leur bonheur, et tomber au « sortir de là entre les mains étemelles de sa « colère et sa justice. »
Nous sacrifions le bonheur au plaisir.
caxxxii.
Mais le bonheur, cherché en dehors de ce que Dieu a voulu, est plus qu'un mensonge, c'est historiquement la cause de tous nos désordres , de nos crimes, de nos duels , de nos suicides le plus souvent. — Les hommes veu-
lent^ faire de la vie autre chose que ce que Dieu a voulu qu'elle fût,
CCLXXXIIL
Quand les sauvages veulent le fruit, dit Montesquieu, ils coupent Tarbre au pied. Nous, nous sommes moins intelligents encore.
Du moins s'ils coupent l'arbre, ils ont le fruit; mais nous, nous coupons l'arbre et n'avons pas le fruit, parce que le fruit n'existe pas, et l'arbre est abattu.