ACTE I, SCÈNE II
cadavre en habit noir, du squelette empoisonné de morphine que nous avons apporté ivre et ricanant, il y a trois mois, à la fin de janvier! . . . vous vous souvenez? . . . (Le docteur, de la tête, répond affirmativement.) 5 Et je ne pouvais pas croire que ce fût le même.
LE DOCTEUR
C'est le même.
LA DUCHESSE
Hélas! Et pourtant, vous Favez sauvé!
LE DOCTEUR
Je voudrais Tavoir guéri.
LA DUCHESSE
Alors, il ne Test pas? (Geste négatif du docteur.) 10 Le sera-t-il jamais? (Même geste du docteur.) Dois-je Tespérer? ... ou le craindre?
LE DOCTEUR
Son état est très grave. Je puis tout vous dire sur lui, n'est-ce pas? . . . n'ayant rien à vous apprendre!
LA DUCHESSE
Rien!
LE DOCTEUR
15 Le duc de Chailles, votre mari, est un dégénéré héréditaire qui n'a jamais eu d'autre idéal que les jouissances viles et précipitées.
LA DUCHESSE
Oui, de si loin et de si haut, tomber si bas!
LE DOCTEUR
r C'est la rançon presque fatale des passés glorieux. Il a pu, jusqu'à vingt-cinq ans, donner aux autres et à vous-même la comédie de la jeunesse, de la force et de ^ la santé.
LA DUCHESSE
De rhonneur, du courage, de Tamour. L'illusion de tout.
LE DOCTEUR
Physiquement et moralement, déjà il était atteint.
LA DUCHESSE
Ravagé.
LE DOCTEUR
" Il a tenté de vous faire partager ses vices. Vous vous lo êtes révoltée! Alors, il a demandé à Talcoolisme, ensuite à la morphine, Toubli, les voluptés du rêve, la torpeur du sommeil. Il se tuait, il a fallu Tinterner ici. Comme il était sans défense et qu'il s'est laissé, peutêtre par calcul, assez docilement soigner, on l'a quelque 15 peu ranimé et je suis arrivé, en trois mois, à lui faire perdre, momentanément, l'habitude invétérée de son poison. Tant qu'il est dans mes mains, j'en réponds.