ACTE II, SCÈNE II
LA DUCHESSE
Et maintenant, il faut que vous approfondissiez, jusque dans ses détails, toute retendue de ma détresse, rhorreur du drame passionnel oii je me débats, entre un mari détesté, perdu de vice, à demi-fou, et Thomme 5 qui me guette, que j^aime et dont je ne puis pas m'éloigner parce que des nécessités fatales et professionnelles me condamnent à le voir sans cesse. . . .
l'abbé
N'ajoutez pas un mot, madame! J'en sais assez, j'en sais trop. Je regrette même, tout en reconnaissant 10 dans ces événements la marque divine, que vous ne soyez pas restée pour moi la pécheresse anonyme que j'ai pu jusqu'ici soutenir et protéger. A quoi bon des noms? Vous êtes tentée? Cela suffit. Nous combattrons le tentateur.
Bruit de sonnette. Court silence. Ils écoutent. Yvonne entre
YVONNE
l^s Monsieur l'abbé?
Quoi?
YVONNE
C'est la petite Moreau qui vient vous chercher pour 3 sacrements. Son père est en train de mourir.
l'abbé
Dites-lui que j'y vais. (Yvonne sort.) Vous étiez venue me demander, madame, des paroles d'encouragement et de paix?
LA DUCHESSE
Oui, j'en ai tant besoin!
l'abbé
Excusez-moi, il faut que je vous quitte à l'instant s pour remplir un impérieux devoir qui ne souffre pas de retard. D'ailleurs, je n'aurais pas pu vous entendre ici.
LA DUCHESSE
Pourquoi?
l'abbé Cela nous est interdit.
LA DUCHESSE
Est-il trop tard pour que j'aille vous attendre à lo l'église, après que vous aurez donné l' extrême-onction à ce malade?
l'abbé Oui. Mais demain matin, si vous voulez vous y trouver à dix heures? . . .