ACTE I, SCÈNE II
LE DOCTEUR
Vraiment? vous êtes persuadée, madame, que je suis votre ami dévoué?
LA DUCHESSE
Loyal et désintéressé! Oui. C'est votre faute. II ne fallait pas tant me le prouver. Avec vous, je me sens 5 en confiance et . . . n'en soyez pas trop vain? Vous êtes le seul, d'abord, dont je puisse le dire et à qui je n'aie pas peur de le dire. Mais Je vous ai assez parlé de moi . . . Parlez- moi de vous! . . . Votre passé?
LE DOCTEUR
Il est un peu cousin du vôtre. Moi, mes parents lo m'ont élevé, mais sans savoir quel j'étais. Les murs du collège ont été le seul horizon de ma studieuse jeunesse. J'ai eu beaucoup de prix. J'étais très pieux alors, oui, et même mystique. Et puis cela a été balayé, tout d'un coup.
LA DUCHESSE
15 Quand?
LE DOCTEUR
La première fois que j'ai aimé.
LA DUCHESSE
Encore!
Déjà. Je ne vous ennuie pas?
LA DUCHESSE
Continuez!
LE DOCTEUR
Mon père était un banquier très fort. Le cher homme nous a presque ruinés.
LA DUCHESSE
Vous Taimiez? S
LE DOCTEUR
Beaucoup. /Plus que ma mère qui avait demandé au ciel des filles et à qui la terre n'avait livré que deux garçons! Et lui, mon père, ne m'aimait pas. Ses préférences allaient à mon jeune et unique frère qui ne le payait pas de retour et n'aimait que ma mère qui n'ai- lo mait que Dieu et les bêtes. (Geste de pitié de la duchesse.) Et tout ce pauvre chassé-croisé de malentendus affectueux faisait ce qu'on appelle une famille unie.
LA DUCHESSE
Qu'est devenu votre frère?
LE DOCTEUR
Mon père l'a maudit avant de mourir, en lui défen- 15 dant de porter notre nom.