ACTE III 2It
LA DUCHESSE
Que s'est-il donc passé depuis? Pourquoi avez- vous changé?
L'ABBÉ
Il n'y a rien de changé, madame ! Seulement, je voyais mal en moi, et en vous.
Maintenant j'ai compris que vous étiez un être de flamme et de tendresse, qu'il ne fallait pas à vos genoux le pavé d'une cellule ni de voile noir à votre front. J'ai compris que vous n'aviez jamais vécu, jamais aimé, que vous aviez droit à la vie, à son bouquet de joies.
LA DUCHESSE
Dites à ses douleurs. Mais il faut donc à tout prix que je souffre ?
L'ABBÉ
Certainement. Nous souffrons tous. Il n'y a pas de joies sans souffrances... mais il y a des souffrances sans joies. Dieu
vous préserve de ces dernières ! Moi, ce sont uniquement les premières que je veux pour vous.
LA DUCHESSE
Les souffrances de l'amour ?
L'ABBÉ
Oui ! Et les autres aussi, toutes les souffrances I... à condition qu'elles fassent partie intégrale de la vie, qu'elles soient les épines de cette rose sacrée. Vous gémirez le lendemain ! mais vous aurez au moins possédé les félicités de la veille.
Vous aurez passé dans le feu ! Vous pourrez dire : « Il m'a brûlée ». Vous ne serez pas une morte animée, un automate de vertu, sans larmes et sans passions. Voilà pourquoi je veux que vous soyez un jour, le plus tôt possible, la femme du seul homme qui a troublé votre esprit et touché votre cœur, de mon frère qui vous