ACTE PREMIER
très misérable, dans d'affreuses conditions d'hygiène. Je m'occupe, avec l'appui de quelques hautes personnalités du monde catholique, de créer un établissement — oh ! très modeste ! — mi-dispensaire, mipatronage, où les enfants pauvres et malades pourraient, selon nos ressources, recevoir gratuitement des soins, du lait, des médicaments. Je t'expose tout cela très mal, d'autant qu'il 7 a là des questions d'organisation pratique et d'administration qui m'échappent et ne sont pas de ma compétence mais auxquelles on a sérieusement songé... tu te rends cependant compte de l'idée ?
LE DOCTEUR, froid.
Elle est excellente.
L'ABBÉ
Tu trouves? J'en suis bien aise et cela m'enhardit. Avant de devenir le célèbre aliéniste dont le nom...
LE DOCTEUR
Pas d'eau bénite !
L'ABBÉ
Tu te méprends. Je sais que tu n'es pas de ceux que Ton flagorne et telle n'était pas ma pensée. Je voulais dire qu'au début de ta carrière tu t'étais fait, pendant trois à quatre ans, une spécialité des maladies de l'enfance. Tu as abandonné bientôt ce genre de travaux, mais sans les oublier. Tu vas encore dire que je te flatte ? Tu passes pour être secourable aux misères humaines...
LE DOCTEUR
Aboutis !
L'ABBÉ
Pourrais-tu, si l'affaire prend corps, nous donner, ne serait-ce que deux fois ou une seule fois par semaine, une heure de ta présence et de tes soins?
LB DOCTEUR
Cela m'est impossible.
L'ABBÉ
Pourquoi?
LE DOCTEUR
Pour beaucoup de raisons. D'abord, je n'ai pas le temps. Je suis retenu ici du matin au soir...
L'ABBÉ
Pardon, si tu le voulais. . . (n a PP oie fearrique-
meat tur cet moto.) le pOUITais-tU ?
LE DOCTEUR
Ah! sans doute I Si tu le prends ainsi 1 On peut toujours ce qu'on veut, surtout si c'est impossible.
L'ABBÉ
Alors, c'est que tu ne le veux pas?...
Pourquoi?
LE DOCTEUR
Tu me contrains à te le dire ! Parce
qu'il me déplaît de m'associer à une œuvre — même intéressante — d'esprit catholique, fondée par un prêtre, avec l'appui de hautes personnalités du monde clérical.
L'ABBÉ
Je n'aurais jamais attendu de toi pareille réponse ! Ainsi, quand un malade vient te consulter, avant toute chose, tu lui demandes s'il est libre penseur ?
LE DOCTEUR
Non. J'accueille les yeux fermés tous ceux qui se présentent chez moi, mais je ne vais pas, de préférence, porter mes soins chez ceux qui se font soigner par un autre, à qui ils attribuent leur guéris on, quand c'est moi qui la leur ai procurée.
L'ABBÉ
De qui veux-tu parler ? De quel médecin?
LE DOCTEUR, nuance ironique.
Du tien ! Du docteur Dieu!