‹ Le duel; pièce en trois actes (volume 2)Chapitre 47 sur 106 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LA DUCHESSE

r Quoi?... Vous avez l'audace de sup-

poser?...

LE DOCTEUR

Que vous pourriez m'aimer ?. . . Pourquoi pas ! Où serait pour vous la honte ? Où serait pour moi le mérite ? Est-ce la dignité de l'objet qui fait le sentiment? Et puis, ne m'avez-vous pas avoué, ici, tantôt, que, si cette catastrophe vous frappait, vous la cacheriez à tous, même à celui qui aurait le droit de ne pas l'ignorer ?

LA DUCHESSE

Surtout à celui-là !

LE DOCTEUR

Qui me dit qu'à l'instant vous ne commettez pas ce mensonge ?

Eh bien, croyez-le, je mens et je meurs d'amour pour vous !

LE DOCTEUR

Hélas ! non, je ne le crois pas. Et d'ailleurs, je ne vous demande pas de m'aimer.

LA DUCHESSE

Que me demandez-vous donc ?

LE DOCTEUR

De vous laisser aimer...

LA DUCHESSE

Pour commencer?

LE DOCTEUR

Avec tout le dévouement, l'admiration et le respect qui me jettent à vos pieds,.

LA DUCHESSE

Il n'est plus temps. Vous m'avez causé trop de peine et de mal.

LE DOCTEUR

En quoi ?

LA DUCHESSE

En me faisant perdre mon seul ami. Je ne vous le pardonnerai jamais.

LE DOCTEUR

Mais il n'est pas perdu... Rien n'est

changé!...

LA DUCHESSE

Tout est changé. Vous et moi ne sommes plus les mêmes. Et voilà donc le secret de vos sollicitudes I Nos longs entretiens... nos confidences, toute cette belle intimité morale et philosophique...

c'était pour en arriver. . . pour en descendre là !... Vous faisiez semblant, exprès, de ne courtiser que mon intelligence...

vous visiez à la tête... et c'était pour toucher le cœur.

LE DOCTEUR

Quand même !... Où est l'offense?...

LA DUCHESSE

Vous m'avez jouée ! Vous avez profité de mon isolement et de ma détresse pour essayer de me capter. Vous m'avez donné de vous, sciemment, une fausse image, une apparence loyale et désintéressée qui n'était que calcul, fourberie... j'ai cessé de vous estimer et nous ne pouvons même plus nous tendre la main. Voilà le résultat!

LE DOCTEUR

Fallait-il donc, pour garder, votre estime, persévérer à mentir ? Vous ne le pensez pas. Si je n'étais pas honnête et loyal, savez-vous ce que j'aurais fait?

J'aurais continué de me taire pour bien vous engourdir dans la sécurité, et alors, usant de mon droit de chasseur patient et rusé, j'aurais guetté, comme font tous les hommes de désir et de proie, qu'une occasion propice et presque sûre s'offrît à

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