‹ Le duel; pièce en trois actes (volume 2)Chapitre 56 sur 106 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

lointain quartier. C'était aux approches du soir, vers cette heure-ci à peu près...

J'avais bien pesé ma faute et l'avais acceptée, je courais la commettre... quand je passai devant votre église... La porte en était grande ouverte à deux battants, et au fond de la nef, toute noire, scintillait — comme un regard — une lampe !

Je m'étais arrêtée... l'étoile brillait... Elle me faisait signe... je franchis le seuil. Et voilà qu'aussitôt, des extrémités de ma vie, mille chose* oubliées, qui notaient pas mortes, accoururent et ressuscitèrent en moi... virginales adorations, candeurs printanières, paille des crèches, larmes sur les pieds de Marie, cantiques et rondes de mai. . . odeur du buis vert des Rameaux et toutes les roses blanches de ma jeunesse! Mon cœur battait des ailes... Dans l'église déserte et sombre, j'avançais, au seul bruit de mes pas qui n'étaient plus coupables. Je ne pensais pas marcher de

mon plein gré, mais suivre quelqu'un qui savait le chemin... et il me sembla que c'était Tange, gardien de mes purs et premiers sommeils, dont les pieds nus me guidaient sur les dalles. Un murmure étouffé, dans un coin plus ténébreux, où deux femmes étaient prosternées sur le sol, me fit tressaillir. Je devinai un confessionnal. Je voulais fuir, les forces me manquaient et je restais debout, la tempe appuyée au plâtre froid d'une colonne...

quand soudain vous avez écarté un rideau, vous m'avez aperçue, et croyant sans doute que j'attendais mon tour, vous m'avez dit : « C'est à vous ! » Et je suis entrée.

L'ABBÉ

Je me rappelle.

LA DUCHESSE

Je n'avais pas fait chose pareille depuis dix ans.

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