ACTE II
L'ABBÉ
Peu m'importe la qualité de ton amour.
Quel qu'il soit, il est coupable. Il ne compte pas pour moi. Est-ce que je te donne les raisons qui m'interdisent de t'écouter ? Je ne te dis pas que je suis prêtre, que cette femme est mariée, qu'il y va de son salut éternel, toutes choses qui te feraient rire ou hausser les épaules.
Puisque je ne t'inflige pas mes sermons, épargne-moi donc tes soupirs.
LE DOCTEUR
C'est bon, tu n'as plus rien d'humain, je m'en tiendrai au fait. J'aime une femme qui m'aime, que j'aurais obtenue déjà, que j'obtiendrais tout de suite... tu m'entends?... s'il n'y avait pas près d'elle quelqu'un qui l'empêche de se donner à moi, quelqu'un qui s'oppose à son bonheur, au mien, à nos deux fins...
L'ABBÉ
Et ce quelqu'un...
LE DOCTEUR
C'est toi,
L'ABBÉ
Oui.
LE DOCTEUR
Tu es donc de trop !
L'ABBÉ
Tue-moi.
Oh ! Je t'en supplie, ne raille pas. Si, au lieu d'être prêtre et fils de ma mère tu étais, comme tout le monde, un homme à l'honneur susceptible auquel on puisse poser, sur un certain ton, de ces questions qui ne restent pas sans réponse, je t'aurais déjà parlé un autre langage...
Mais tu as endossé un habit qui te met à couvert des injures...