ACTE PREMIER JO
(li tiMtta» ém •«*««• ) M- la duchesse do Chailles désirait beaucoup connaître Votre Grandeur
l*évkqi N\a Grandeur, madame, est en ce moment bien rabaissée .. J'ai bu quelquefois la goutte en 1870 avec un de Chai lies qui avait mené folle vie et qui servait pendant la guerre aux zouave* pontificaux, où il s'est fait tuer avec beaucoup de verve.
1 \ D! CEBSSB
Mon mari est son neveu
L'ÉVEO
Vous lui ferez mes compliments de son oncle. C'était un friand de baïonnette
LE DOITEI'R
Madame était en train de me dire qu a cette heure, dans tous les dîners, dej votre retour, Paris ne s entretient que de vous.
L'ÉVÈQUE
Est-ce possible?... Vous m'étonnez !
LE DOCTEUR
Et que l'on se raconte vos anciennes tortures en sucrant des fraises.
L'ÉVÈQUE
Quelles tortures ? Je ne puis arriver à ruiner cette vieille légende. Il n'y a rien de vrai, madame! J'ai été blessé... volontairement. C'est ma faute. Un simple ace ident, résultat de mon étourderie. J'étais en voyage. En ce temps-là — je vous parle de 1900 — la Chine n'était pas un pays de promenade d'une absolue sécurité. Un petit mandarin sans importance et qui voulait s'en donner, un excellent homme mais mal renseigné sur mon compte, me recherchait et avait donné ordre de m'arrêter. Je le savais. Je suis assez maladroit pour me laisser prendre. On m'amène
rE PREMIER Ji
dan» U cour do ton palais. Je suis fouillé D bagage est ouvert On ) découvre différents objets wm valeur, j«- vetts <im n'en avaient que pour moi : un crucifix, un drapeau français et un portrait de paysanne en bonnet lorrain, ma mère Le tout ne valait pas dix francs. Sur le sol, «>n les met et le mandarin, par indul-
gence, prétend me faire marcher dessus pour avoir ma liberté Je n'avais qu'à obéir Seulement. j'ai mauvaise
tète, je n'ai pas voulu Alors, on m'a un peu taquin-- Mais, deux heures api j'avais la chance d'être délivré par un«poignée diuropeens résol au cou-
rant de mon embarras. Vous voyez à quoi ae réduit l'incident? (iwt«a «art**) Quand je pense qu'ils m'ont décoré pour •
la *i;
st-ce qu'ils vous avaient fait, quand vous ont torturé?
L'ÉVÊQUE
Je serais bien en peine de le dire. Madame, j'ai des troubles de mémoire. C'est la raison pour laquelle j'ai dû venir ici.
LE DOCTEUR, à la duchesse.
Moi, je vais vous le dire. Avec des aiguilles, on a commencé...
L'EVEQUE, à la duchesse.
Ne l'écoutez pas, madame, il va vous raconter des histoires d'opérations...
LE DOCTEUR
. . . Par lui détacher tous les ongles d'un pied...
L'ÉVÊQUE, protestant.
C'est faux ! Pas tous.
LE DOCTEUR
Et puis d'une main.
L'ÉVÊQUE
Ne continuez pas, cher monsieur !
ACTK PREMIER
LA DUCNIMI
Quelle horrr
t. KVfcgt'K. •«
Vous voyez? Vous itnj M-vsionnc* madame et me rendez ridicule. On ne m'a fait aucun mal, aucun. Je n'ai rien senti.
Lft DOCTEUR
IU avaient prit la précaution de vous endormir ?
i.itique
A quoi bon? Cela n'a rien été. Moimême, je n'en revenais pas. On se fait des mondes... et puis, une fois qu'on y est.. Je vous assure ! Tout ce que je me rappelle quand je m'applique... et encore comme en un rêve d'opium . c'est qu'ils étaient cinq, le mandarin et deux assesseurs, avec de bien belles robes de soie, madame, et deux bourreaux...
LA DUCHESSE
Et qu'enduriez-vous, pendant... qu'ils vous tourmentaient ?
L'ÉVÈQUE
Moi, madame ! Oh ! j'étais bien tranquille. Je récitais le Nunc dimittis .
LE DOCTEUR
Vous deviez vous débattre ?
L'ÉVÊQUE
Pas si bête! Et puis, je ne pouvais pas. J'en avais un à genoux sur ma poitrine pour m'empêcher de bouger. . . parce qu'en remuant, vous comprenez? j'aurais pu me
taire DieSSer. (Le Chinois, qui s'était rapproché en écoutant, vient s'agenouiller près de l'évêquc, les yeux pleins de larmes, il entoure ses jambes de ses bras, la face cachée dans les plis de sa robe. L'évoque s'adressant à lui en chinois:)
Tchi lai.
Le Chinois se relève.
LE DOCTEUR
Que lui dites-vous ?
M 1 l l'KCMIKR 35
L'ÉVtOt'B
De se lever, de te tenir dans le moode.
LA Dt'CNIl»!
11 a l'air de bien voua aimer !
L'tVfto CVNt tin chien chinois Une espèce très rare. Il se ferait tuer pour ■