L AH
Un matin sublime d'automne !
LtVtQlE
Vos larmes coulaient sur l'hostie !
L'ABBE
L'autel était le sarcophage d'une vierge de quinze ans, tombée au cirque sous Tibère... je me souviens.
L'ÉVÊQUE
Vous aviez la foi !
L'ABBÉ, ayant peine à retenir ses pleurs.
Oui... je l'avais ! je l'avais !
L'ÉVÊQUE
Ah ! vous l'avez encore !
L'ABBÉ
Je ne l'ai plus. Laissons là le passé. En ce moment, je suis le plus misérable des hommes. Mon frère a jeté sur moi le soupçon, il a suscité dans mon esprit...
L'ÉVÊQUE
Dans votre esprit seulement ?
Non... Aussi dans mon cœur, des pen-
ACTK tt! I»7
odieuses qui tout en train de me devenir presque chères ! J'ai beau les chasser, vouloir les balayer, leur crier en dedans de moi-même et des entrailles de ma colère : • Allez-vous-en ! Partez ! Mais partez donc ! • toujours elles reviennent bourdonner dam ma tète, comme les mouches sur le fumur !
L tVtQUR
Ou sur les blancheurs ! Elles se plaisent aux deux.
t. AHS*
Je sens que cette àme de femme, à laquelle je metais dévoué avec une piété de combat, m'échappe, va m'étre prise et que celui qui est sur le point de nous la dérober à Dieu et a moi, c'est mon firèfl Si encore c'était un autre ! J'en aurais autant de douleur, mais moins d'amertume. Car voilà ce qui est abject 4 dire et qu'il faut pourtant que j'avoue : l'idée qu«*
Mme de Chailles puisse appartenir à mon frère, non seulement dans la faute, mais même dans le mariage, si tout à coup elle devenait libre?... Ah ! cette idée-là, cette idée me transperce et me tue... elle m'est intolérable !
Pourquoi ? Il faudrait s'en réjouir. Votre frère est-il honnête homme ?
L'ABBÉ
Sans doute ! Comme tout le monde.
L'ÉVÊQUE
Aime-t-il Mme de Chailles ?
L'ABBÉ, avec effort.
Oui.
L'ÉVÊQUE
En est-il aimé ?
L'ABBÉ, avec colère.
Oui. C'est possible. Cela m'est égal ! Qu'ils ne soient pas unis !
ACTB lit 189
L'âVSQt'K
Ainsi, vous êtes jaloux ?
L Att»E
Je le suit.
L tVftQUS
Pauvre enfant !
t. a s ai
Mais pas comme vous pourriez le penser. Dans mon attachement à cette créature d'élite, il n'entre, je vous le jure, aucun désir coupable.
l ivtot 1 Jusqu'à présent?
L'ABBÉ
Non. Malgré les baises tentations que je réprouve, si j'aime trop quelque chose en elle, c'est son Ame, fière et troublée, qui grandit et monte dans l'abattement.
C'est elle seule, je vous le jure, que je réclame, que je voudrais au moins garder
IÇO LE DUEL
parce qu'elle est un peu mon œuvre, l'enfant de ma sévérité, de mon absolution, le trésor de sacrifice et de repentir que j'enrichissais ! Moi seul, ici-bas, je sais ce qu'elle vaut, j'en connais les secrets, les chutes, les relèvements, les beautés splendides et cachées, et je dis que personne ne la mérite ! Donc, il ne la mérite pas.
L'ÉVÊQUE
Pourquoi ?
L'ABBÉ
Parce qu'il la perdra !
L'ÉVÊQUE
A moins qu'elle ne le convertisse !
L'ABBÉ
Il sera le plus fort.
Elle, la plus patiente. En attendant, vous, il faut rester prêtre.