ACTE PREMIER
poser que tu l'arraches définitivement des bras de l'amour, tu ne l'auras pas empêchée d'aimer ? C'est tout ce que j'ai voulu soutenir. Tous les hommes, toutes les femmes sont au moins une fois la proie de cette flamme dévorante et nécessaire.
Tu te persuades avec candeur que ton histoire de pêche est miraculeuse ! Tiens !
(ii te rapproche.) Pardonne-moi cette confidence en retour de la tienne, j'aime, moi aussi..,
L'ABBÉ
Toi?
LE DOCTEUR
Sans doute? Je suis libre et n'ai pas prononcé de vœux ! Une femme... mariée aussi... une créature d'orgueil et de volonté, qui résiste et se raidit contre l'ineffable douleur. Nous avons beau ne nous être jamais dit le secret, nos yeux l'ont lâché, nous nous sommes déjà toisés et menacés et fatalement, merveilleu sèment,
8o LE DUEL
nous avançons, nous marchons l'un sur l'autre. Mille obstacles sont entre nous, pires que ceux qui séparent ta scrupuleuse dévote de son soupirant timoré... Malgré tout, comme eux, avant eux, nous en viendrons aux mains et nous nous posséderons ! Ce n'est plus qu'une question d'heures.
L'ABBÉ
L'heure n'est à personne.
LE DOCTEUR
Oui... je sais... un poète : « Et chaque fois que l'heure sonne... »
L'ABBÉ
Tout ici bas nous dit adieu !
LE DOCTEUR
Raison de plus pour se presser !
L'ABBÉ
Je te quitte!... J'ai eu tort de venir.
Pardonne-moi !