ACTE I, SCÈNE VI
l'abbé
Pourrais-tu, si Taffaire prend corps, nous donner, ne serait-ce que deux fois ou une seule fois par semaine, une heure de ta présence et de tes soins?
LE DOCTEUR
Cela m'est impossible.
l'abbé S Pourquoi?
LE DOCTEUR
Pour beaucoup de raisons. D'abord, je n'ai pas le temps. Je suis retenu ici du matin au soir. . . .
l'abbê
Pardon, si tu le voulais ... (II appuie énergîquement sur ces mots.) le pourrais-tu?
LE DOCTEUR
10 Ah! sans doute! Si tu le prends ainsi! On peut toujours ce qu'on veut, surtout si c'est impossible.
l'abbé Alors, c'est que tu ne le veux pas? . . . Pourquoi?
LE DOCTEUR
Tu me contrains à te le dire! Parce qu'il me déplaît de m'associer à une œuvre — ^même intéressante —
d'esprit catholique, fondée par un prêtre, avec Tappui de hautes personnalités du monde clérical.
l'abbé
Je n'aurais jamais attendu de toi pareille réponse! Ainsi, quand un malade vient te consulter, avant toute chose, tu lui demandes s'il est libre penseur? 5
LE DOCTEUR
Non. J'accueille les yeux fermés tous ceux qui se présentent chez moi, mais je ne vais pas, de préférence, porter mes soins chez ceux qui se font soigner par im autre, à qui ils attribuent leur guérison, quand c'est moi qui la leur ai procurée. 10
l'abbé De qui veux-tu parler? De quel médecin?
LE DOCTEUR, nuance ironique Du tien! Du docteur Dieu!
l'abbé
Ah! Évidemment, c'est un confrère dont tu peux être jaloux! . . . N'en parlons plus!
LE DOCTEUR
Il y avait une seconde chose. Dis-la vite. Si elle est 15 faisable, je te dédommagerai.