‹ Le duel; pièce en trois actesChapitre 32 sur 105 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

l'abbÊ Si. Je te gêne. Tu as honte de moî.

LE DOCTEUR

Pas plus que toi de moi. Nous n'avons ni à rougir, ni à nous parer Tun de l'autre. Tu as dirigé ta vie comme il t'a plu, moi aussi. Nous avons cessé de nous S voir. ...

l'abbê Avons-nous donc cessé de nous aimer?

LE DOCTEUR

Mais nous ne nous sonmies jamais aimés, voyons, tu le sais bien! . . .

l'abbê Un peu, autrefois . . .

LE DOCTEUR

lo Tout petits, oui, sans le faire exprès. Mais depuis? ... A présent? ... Il m'est impossible de séparer les personnes des idées! Or, que veux-tu, je hais tes idées comme toi les miennes. Maintenant . . . nos personnes . . . évidemment que tu es un peu plus pour

IS moi qu'un étranger. . . .

l'abbê Ou un peu moins.

6o LE DUEL

LE DOCTEUR

Tu croîs que je te déteste? Pas du tout! C^est un autre sentiment que ta présence me fait éprouver. Une colère mêlée de pitié . . . oui . . . quand je songea la médiocrité et au néant de ton existence. Tu ne vis pas. Tu ne sers à rien! ... $

l'abbé

Je n'aurai pas l'injustice de penser la même chose de toi!

LE DOCTEUR

Tu y es bien forcé par l'évidence. Je bataille, moi, je lutte avec la maladie et la douleur, et quelquefois je les fais prisonnières et je les désarme. Il n'y a que cela de lo passionnant et qui vaille la peine d'être homme: ce duel de toute minute avec la souiOFrance et la mort. Aussi, je pleurerais de voir une jeune et belle force comme la tienne qui se gâche à confesser des cuisinières.

l'abbé

Essuie tes yeux! Pour un savant, tu m'étonnes! Tu 15 viens de prononcer le mot de confession. Tu n'as donc jamais réfléchi qu'un simple petit abbé, au bout d'un an de confessionnal, en sait plus long sur l'humanité que tous les philosophes. Tu parles de duels! Mais, mon ami, les tiens ne sont que jeux d'enfants et assauts 20 pour rire à côté des miens. Mes duels, à moi, sont autrement acharnés, terribles et affolants que tes attaques

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