ACTE n, SCÈNE IV
sîstance en travers de mes espoirs, de mes désirs. . . . La joie où m'avait laissé notre dernier entretien restait, malgré tout, empoisonnée d'inquiétude. Je songeais: « Viendra-t-elle? — Oui, elle m'a donné sa parole! »
LA DUCHESSE -
s Je ne vous l'avais pas donnée, vous l'aviez prise!
LE DOCTEUR
Et à la même minute, un instinct m'avertissait: Non! Elle ne viendra pas. Elle viendrait bien! Mais quelqu'un l'empêchera. Qui? Je cherchais. . .• .. J'étais jaloux.
LA DUCHESSE
10 Déjà.
LE DOCTEUR
Avant l'heure de votre départ, j'allai me poster aux environs de chez vous. Je vous vis sortir, voilée, prendre un chemin opposé à celui de mon domicile. . . . Ce fut une première angoisse. • . . Où pouviez-vous
IS aller ainsi? Je vous suivis, je vous vis aller à l'église, puis en sortir. Et, quand votre voiture vous eut conduite et déposée à la porte de chez mon frère, je compris tout: C'est lui qui la dirige, elle croit en Dieu, elle m'a joué! J'éprouvai alors ime douleur et une
20 révolte telles . . . que je ne pus résister à l'envie dç voir, de mes yeux, la terrible chp^!
LA DUCHESSE
Eh bien? Vous l'avez vue?
LE DOCTEUR
OuL . . . La duchesse de Chailles! . . . en posture d'oraison! là, sur ce prie-Dieu! Quel ^lectade! H me fit pour vous tant de peine que je ne sais pas si je n'aurais pas préféré vous surprendre ailleurs, dans les bras d'un 5 amant!
LA DUCHESSE
Vous m'outragez!
LE DOCTEUR
C'eût été plus vrai! plus himiain! Moins déloyal, surtout! Vous m'accusiez hier de vous avoir trompée? Qui donc a manqué de franchise? Vous me faisiez gra- 10 tuitement des déclarations d'athéisme et ce faux étalage d'indépendance ne servait qu'à masquer de pauvres petites pratiques religieuses expédiées dans l'ombre, en tremblant, comme une mauvaise action! Vous vous seriez moins cachée pour aller chez m<H ... et c'est la 15 visite à l'église qui devient le rendez-vous! £n me quittant, l'esprit troublé, la bouche sans paroles, le cœur à moitié investi par l'amour que je m'efforce d'y faire entrer . . . vous vous précipitez toute chaude encore de ces émois et de ces luttes, chez l'honune du ao paradis, le marchand d'éternité, pour lui raconter rhistoire! . . « En sa présence, vous retrouvez vos