ACTE ni, SCÈNE VI
LA DUCHESSE
Alors, qui me guidera?
l'abbé
Un autre.
LA DUCHESSE
Un inconnu? J'aime mieux personne.
Mais, hier, c'était moi l'inconnu?
LA DUCHESSE
s Oui. Aussi c'est \m malheur que vous ayez cessé de l'être.
l'abbé
Ou. im. bonheur. Êçoutez-moi, madame? Écoutez^ jnoi avec une attention virginale, immatériellement, du meilleur et du plus angélique de vous-même, d'aussi
xo Icân de moi que vous en êtes près, de toute l'énergie de votre être détaché du mal, tendu et braqué vers le bien. Oubliez que cette voix est ma voix méprisable et terrestre, celle de mon corps, appliquez-vous loyalement à voidoir que ce soit ma voix spirituelle^ celle qui ne peut
15 mentir, celle qu'anime, en ce moment, im soufSe inespéré.
LA DUCHESSE
Je VOUS écoute ainsi.
l'abbé
Dans notre vie étrange, il y a parfois des minutes inattendues et décisives, souveraines sans que Ton puisse dire pourquoi! . . . On le sent, voilà tout! des minutes fulgurantes qui jettent sur nos destinées ime lueur s d'éclair, comme ces météores qui éclatent de loin en loin dans le ciel et dont nul ne sait ce que signifie leur pourpre, si c'est im cataclysme ou ime apothéose? Eh bien, j'ai dans l'idée que, nous deux, nous nous trouvons à une de ces minutes-là! xo
Je le crois comme vous.
l'abbê
Il faut que ce soit ime apothéose! C'est pourquoi je voudrais. . . . Mon Dieu! . . . madame . . . comment vous dire cela? Où vais-je bien aller trouver . . . les mots choisis, les mots d'or pur, de diamant, les mots 15 immaculés qui soient dignes de nous? Tout ce que vous êtes, tout ce que vous valez, je le sais et moi seul le sais. Vous avez ouvert, pour que j'y Use, le livre d'heures de vos pensées ... je ne suis pas inqmet de vous ni de votre avenir, mais je voudrais cependant, pour être 20 pleinement rassuré, qu'avant que nous nous séparions, vous me disiez, vous m'afl5rmiez que vous êtes à cet