ACTE I, SCÈNE II
VIRGINIE
Ah ! elle chante bien ! quelquefois je l'écoute, et elle me fait plaisir. Ah ! je voudrais bien savoir chanter comme elle : La fortune, m'importune!
JUSTIN
Vous ne connaissez pas M. Mercadct !... Moi qui suis chez lui depuis six ans, et qui le vois, depuis sa dégringolade, aux prises avec ses créanciers, je le crois capable de tout, même de devenir riche... Tantôt, je me disais : Le voilà perdu! Les affiches jaunes fleurissaient à la porte} il avait des rames de papier timbré que j'en vendais sans qu'il s'en aperçût! Brrr! il rebondissait, il triomphait! Et quelles inventions!.... Vous ne lisez pas les journaux, vous autres î c'était du nouveau tous les jours : du bois en pavés -r des payés filés en soie ; des duchés, des moulins, enfin jusqu'au blanchissage mis en actions.... C'était du propre!... Par exemple, je ne sais pas par où sa caisse est trouée! il a beau l'emplir, ça se vide comme un verre!... Un jour, monsieur se couche abattu ; le lendemain, il se réveille millionnaire, quand il a dormi , car il travaille à effrayer; il chiffre, il calcule, il écrit des prospectus qui sont comme des pièges à loups, il s'y prend toujours des actionnaires; mais il a beau lancer des
affaires, il a toujours des créanciers; et il les promène, et il les retourne. Ah! quelquefois je les ai vus arrivant : ils vont tout emporter, le faire mettre en prison ; il leur parle... Eh bien! ils finissent par rire ensemble, et ils sortent les meilleurs amis du monde. Les créanciers ont débuté par des cris de paon, par des mots plus que durs , et ils terminent par des : — « Mon cher Mercadet ! » et des poignées de main. Voyez- vous, quand un homme peut maintenir paisibles des gens comme ce Pierquin...
THÉRÈSE
Un tigre qui se nourrit de billets de mille francs ...
JUSTIN
Un pauvre père Violette!...
VIRGINIE
Ah ! pauvre cher homme, j'ai toujours enyie de lui donner un bouillon...
JUSTIN
Un Goulard !
THÉRÈSlî.
Goulard! un escompteur qui voudrait me... réescompter !