‹ Le FaiseurChapitre 87 sur 147 · ACTE 1 I SCÈNE X tï · texte numérisé non relu

ACTE 1 I SCÈNE X tï

connaissance que j'ai de moi-même, de mon peu d'attraits...

Cette modestie est déjà un attrait, mademoiselle!...

Si j'avais cette beauté merveilleuse qui faitéclore de soudaines passions, je trouverais des motifs à votre recherche : mais, pour m'aimer, il faut connaître mon cœur, et nous nous voyons pour la première fois...

Mademoiselle, il est des sympathies inexplicables...

JULIE

Ainsi, vous m'aimez sans savoir pourquoi?...

Le jour qu'on se l'explique, l'amour cxiste-t-il? Ce n'est le plus beau des sentiments que parce qu'il est involontaire. Ainsi la première fois que je vous ai vue. . .

JULIE

Ah ! ce n'est pas la première!...

DE LA BRIVK.

• Comment! mademoiselle, mais il y a deux mois

que je vous aime. Je vous ai entendue au dernier concert de monsieur Verdelin, et votre voix m'a révélé... toute une âme...

JULIE

Qu'ai-je donc chanté? Vous en souvenez-vous?..

de la biuve (à part).

Ah diantre! (Haut.) Je ne me souviens que de l'impression qui fut délicieuse...

Monsieur, vous m'aimez donc, là, vraiment?...

Mademoiselle, j'ai su que vous étiez une personne pleine de courage, douée d'un élévation rare dans les sentiments et dans les idées, instruite surtout; que vous sauriez créer un salon à Paris, être la compagne d'un homme politique, et, permettezmoi de vous le dire, toutes les femmes ne savent pas porter une haute fortune. Bien des parvenus ont été fort embarrassés de filles qu'ils avaient fait la faute d'épouser à l'aurore de leurs destinées; et sur l'océan politique, quand une femme n'est pas un puissant remorqueur, elle est un embargo! Je doutais de pouvoir rencontrer une femme qui pût comprendre et servir mon avenir, je vous ai vue et je me suis dit : Je puis être ambassadeur. Celle que

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