ACTE III, SCENE VII
et aventureux? Et vous ne savez rien de moi ! Otii me connaît? On me prend pour une créature sèche, âpre...
1£DDY
Les autres ont le droit de me juger ainsi!,.. On me prend aussi pour une simple folle. J'yprête par mon langage, par mes allures, par toutes les excentricités que je fais pour me divertir de la douloureuse neutralité où je vis. Une folle!...
Voilà Toijinion qu'on a de moi partout...
dans le monde hostile et dans la famille .scandalisée... Personne, personne n'a su deviner i|uc je ne suis folle qu'en gestes et que j'ai le cœur sérieux.
r.j)[)Y -Moi, je l'ai deviné,,, et moi aussi j'ai le cœur sérieux.
Oh I tant mieux mon aimé, parce que,
2 là LE FAUBOURG
vois-tu, je ne suis pas capable d'aimer pour rire, je ne suis capable que d'aimer passionnément... C'est eif rayant... Tiens... vois... quand tu es là, je vis si précipitamment... que je suis tout essoufflée...
Pendant les rares heures où tu n'y es pas... je pense à toi... je pense à toi tumultueusement... Ils ont raison, je suis folle... Je sais ce que c'est que d'être folle, mon amour, j'ai une idée fixe...
Quand tu n'as pris dans une semaine que cinq ou six repas à la maison^ je boude...
Et quand par hasard la fin d'un jour arrive sans que je t'aie vu, ah !... en rentrant dans ma chambre, je pleure comme un enfant !
i:di)Y
Va moi! (Ils s(; tiennent par la main. Ils ont les yeux pleins de larmes.)
MARGIT
Vois-tu^ moi, tu me connaîtras bien quand tu te représenteras que je suis une
espèce de sauvage... C'est très simple, je n'ai en moi que toi, le désir de toi... Il y avait je ne sais quels obstacles, et je me débattais... Et maintenant je mourrai si on
m'arrache de toi.
EDDY, l'éirtignani.
Non.
MARGIT
Oh ! referme bien tes bras... tiens-moi bien fort,., et taisons-nous... tu as raison, les paroles sont vaines, les paroles sont fausses...
EDDY, d'un ion suppliant.
Margit...
Ne dis pas ça!... Oh!... Ne dis pas ce que tu allais dire... Je ne veux pas que ce soit toi qui pries, moi qui exauce, je veux que ce soit nous deux qui désirions.
2l8 LE FAUBOURG
MARGIT
Voyons... est-ce que j'ai Tair d'une femme qui se marchande et qui se dispute?... Est-ce que je ne me suis pas promise à toi tout entière dès que je t'ai crié oui quand tu m'as demandé si je t'aimais?... Seulement... j'ai... n'est-ce pas... le mouvement instinctif de défense de la femme... forcée... Ne te fâche pas, c'est malgré moi, c'est instinctif, mais moi aussi, je te veux...
EDDY
Margit!...
MARGIT, se dégageant brusquement.
Il y a quelqu'un là.