‹ Le faubourg; comédie en quarte actesChapitre 20 sur 151 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

HAVIN A cause de leur manufacture, Mademoiselle, qui est à Limoges.

MAUEMOISKLI.li UE TOLTKXLS

Est-ce que leur titre vient aussi de là ?

HA VIN

Mon Dieu, oui. M. CJallant le père, aujourd'hui décédé, avait fourni un merveilleux service de table au Saint-Siège. Le Saint-Siège était un peu gêné. Il y eut des négociations,, et il fut convenu que Al. Gallant serait anobli pour... service extraordinaire .

il A DEMO [? El, LE DE TOL^KNIS

Voilà une courte nobles,se pour des Balzac d'Entragues, Il est vrai que la duchesse ne redoute pas les mésalliances.

Elle a déjà marié, il y a dix-sept ans. sa fille aînée Ilerminie à un certain marquis de Pontanevaux...

Que dites-vous, Mademoiselle ? Mais les Pontanevaux sont d'une excellente noblesse rurale.

MADliMOISIiLtj; UE ÏOUKNUS

Ils n'avaient pas encore la moindre situation au milieu du douzième siècle.

HAVIX, il l;i cumtL-jio Epcrjc,

Vous verrez ce soir le marquis et la marquise de Pontanevaux.

LA COMTKSSE EI'EKJES

Ils sont à Paris !

HAVlX

Ils viennent d'arriver pour les fêtes du mariaye, bien heureux d'embrasser, par la même occasion, leur fils, leur petit liélion, qui est élevé, comme vous savez, à Paris, chez sa grand'mère.

LA COMTESSE EPEKJEb

HAVIN

Oui... On a dit également, à déjeuner, que la sœur de M""' la duchesse, la comtesse Polj'dore de Prégilbert, pensait venir ce soir avec son fils, le comte Donatien.

MADEJIOISF.LLE DE TOURNUS

M"" de Prégilbert est une des personnes les mieux nées, mais la plus bizarre et la plus désagréable qui soit.

H A VIN

N'est-ce pas?

LA COMTESSE IQ'EKJES

Monsieur ITavin, vous nous disiez que votre histoire contient des preuves nouvelles de la Providence. Nous serions heureuses d'en juger, M'" de To

HAVI.X

Je serai bref. I^orsque jetais tout jeune... je ne parais pas mon âge... j'avais

le grand désir d'entrer dans les Ordres. Ma vocation — j'ose employer ce mot — fut contrariée par une santé déplorable.

MADEMOISELLE DE TOURNUS

Vous ne paraissez pas plus votre mauvaise santé que votre soi-disant grand âge. Vous avez la mine très fleurie.

HAVIN

Ne m'en parlez pas, j'en suis honteux.

Voilà les fruits du régime trop riche auquel je suîs soumis chez M*"*" la duchesse... Obligé de renoncer à la prêtrise, je résolus de me consact'er à l'enseignement.

LA COMTESSE EPERJES

Est-ce que ce n'est pas beaucoup plus fatigant ?

HAVIN

Non. Dans le collège où j'eus le bonheur d'être accueilli comme professeur de grammaire , il s'agit principalement de jouer avec les élèves.

MADEMOISELLE 1>E TOURN'US

C'est donc une maison à la nouvelle mode ?

HAVIN

C'est le collège fondé par les bons Pères dans l'île d'Aurigny. J'y séjournai quatre ans. Lci, l'un de mes meilleurs élèves fut le jeune Edouard Gallant.

LA COJITll^Sli lîl'KKJliri

Eddy ?

Oui... Madame, à dix-sept ans. il était déjà bâti comme un athlète, et il jouait au foot-ball comme un ange.

MAlJEMOI^lCLLli IJli TOL-KNVS

Oh!

HAVIN

Dans une partie de Rugby, il me cassa la jambe d'un coup de pied bien involontaire. Je fus indisponible plusieurs moisetje restai impropre à l'enseignement.

MADEMOISELLE DE TOURNUS

Du foot-ball.

HAVIN

Oui. Désespéré de cet accident, le jeune Eddy m'adressa à sa mère, la comtesse Gallant, qui venait de perdre son mari.

J'eus le bonheur de pouvoir l'aider dans l'administration de la manufacture, et de la diriger un peu dans le maniement de ses revenus considérables, dont elle ne voulait pas user pour elle-même par un scrupule de piété. Entre temps, j'étais présenté à M'"" la duchesse, je faisais l'éducation de ses deux fils, j'entamais celle de son petit-fils. Enfin vous voyez, sans que j'y insiste, comment je me suis trouvé désigné pour servir de trait d'union entre les deux familles. Cela était à l'avantage des deux. J'étais ravi de marier le duc dans des conditions magnifiques.

En outre, le jeune Eddy était moins fort sur la porcelaine que sur les jeux anglais,

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