‹ Le faubourg; comédie en quarte actesChapitre 91 sur 151 · L.-V DUCHESSE · texte numérisé non relu

L.-V DUCHESSE

Mon fils...

HA VI s

OÙ le prince va-t-il prendre que j'usurpe le rôle d'éclairer les consciences? Je suis pourtant bien discret, il le sait mieux que personne. Je n'offre jamais le secours de mes faibles lumières à ceux qui en auraient peut-être le plus pressant besoin, mais qui ne me les demandent pas.

LE PRINCE

En effet.

HAVIN

Ah ! il m'est pénible de les abandonner à leur détresse et, si je n'écoutais que mon cœur, je forcerais leur confiance.

Que voulez- vous, nous sommes ainsi faits :

nous avons de la prédilection pour qui nous repousse, et la préférence des pères va toujours aux enfants égarés.

LE PklKCF.

Il n'y a plus d'enfants. Monsieur.

Non, prince, il y a un homme, un homme malheureux et désemparé...

Vous-même, où prenez-vous cela ?

HAVIN

Je vous le dirai, quand vous m'interrogerez là-dessus avec le désir sincère que je vous réponde. Je vous l'aurais déjà dit,

si j'étais, comme vous prétendez, le directeur de la famille, et par conséquent le vôtre. J'aurais cherché avec vous la nature, la cause, peut-être le remède, des chagrins ou des inquiétudes que vous n'avouez à personne, surtout pas à vousmême, mais que je sais bien.

LE PRINCE

Bah?

HAVIN

J'aurais institué une enquête, j'aurais procédé à votre interrogatoire, avec votre autorisation bien entendu.

LE PRINCE

Comment donc ?

HAV1.\

Je vous aurais demandé par exemple pourquoi c'est depuis votre mariage que vous avez commencé d'apprécier les vertus éminentes de M"'° la duchesse , comme si vous aviez désormais un point de repère et comme si vous faisiez, ce qu'à

l62 LE FAUBOURG

Dieu ne plaise, des comparaisons. Pourquoi votre cœur, que nous ne soupçonnions pas aussi tendre, s'est mis à déborder tout d'un coup d'amour filial pour votre mère et d'amour paternel pour votre neveu, comme si vous trouviez auprès de ces deux êtres élus je ne sais quoi, qui vous manquerait donc ailleurs. Pourquoi, si fier au début d'avoir découvert une fiancée qui ne ressemblait point aux autres, vous en avez paru, dès avant la fin de vos fiançailles, plutôt effarouché ou étourdi, et pourquoi, depuis ce mariage d'amour, vous vivez avec elle, et elle avec vous, comme si vous aviez fait tous les deux pis qu'un mariage de convenance.

Pourquoi tout ce qu'elle risque d'un peu...

original vous irrite, c'est manifeste, plus que de raison, et pourquoi, malgré cela, vous vous gardez bien dej'amais rien faire pour la ramener dans la règle : car votre impatience trop visible n'a d'égal que votre inexplicable longanimité. Tout cela

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