‹ Le Faust de Christophe-MarloweChapitre 30 sur 43 · L^EMPEREUR · texte numérisé non relu

L^EMPEREUR

Viens, Faust. Tant que Tempereur vivra, en récompense de ton haut mérite, tu gouverneras l'empire d'Allemagne et tu seras aimé du puissant Charles.

Us sortent.

Entrent Benvolio, Martino» Frédéric et des soldats.

MiuRTINOw

Voyons, mon cher Benvolkv renonce à ton entreprise contre renchanteur.

FJLUST. 45&

BENVOLIO.

Assez ! Vous ne m'aimez pas, de me presser ainsi. Laisserai-je passer un si grand outrage, quand tous les valets rient de ma mésaventure et disent insolemment, dan* lears quiproquos grossiers, que la tête de Benyolio a été ornée de cornes aujourd'hui ? Oh ! puissent mes paupières ne jamais se refermer jusqu'à ce que j'aie tué ce sorcier de mon épée I Si vous voulez m'assister dans cette entreprise, alors tirez vos lames, €t soyez fermes. Sinon, passez. C'est ici que je mourrai, moi, Benvolio, si la mort de Faust ne venge pas mon déshonneur.

FRÉDÉRIC

Allons I nous resterons avec toi. Advienne que pourra. Si le docteur vient par ici, tuons-le.

BENVOLIO.

£h bien I gentil Frédéric, va vite dans ce taillis. Place nos domestiques et notre escorte tout près, en embuscade, là, derrière les arbres. Je sais que l'enchanteur n'est pas loin ; je l'ai vu s'agenouiller devant l'empereur, lui baiser la main, et prendre congé de loi» chargé de rkkes récompenses. AinsU J&ûldats,

166 FAUST-

combattez hardiment. Si Faust meurt, à vous le butin, à nous la victoire I

FRÉDÉRIC

ÂUoAs I soldats, suivez-moi dans ce taillis. Celui qui tuera Faust aura de Tor et notre reconnaissance à. foison.

Frédéric sort avec les soldats.

BENVOLIO.

Ma tête est plus légère qu'auparavant de tout le poids des cornes; mais, maintenant, mon cœur m'oppresse plus que ma tête, et il ne se calmera que quand je verrai l'enchanteur mort.

MARTINO

OÙ allons-nous nous placer, Benvolio ?

BENVOLIO.

Nous resterons ici pour soutenir le premier assaut. Oh ! puisse ce damné limier d'enfer être remis à sa place, que je sois vengé vite de cet horrible outrage f

Frédéric revient.

FRÉDÉRIC

Approchez I approchez I le sorcier est à deux pas.

FAUST. 457

Le voilà avec sa robe qui vient en se promenant tout seul. Préparez-vous donc et abattez-moi ce rustre.

BENVOLIO.

A moi cet honneur I Allons, mon épée, frappe au but I Pour les cornes qu'il m'a données, je vais avoir sa têle.

Entre Faust a£fUblé d'une fausse tôte.

MARTINO

Voyez ! voyez I le voilà.

BENVOLIO.

Plus un mot. Ce coup finit tout. Que l'enfer prenne son âme. Ceci doit faire tomber son corps.

Jl frappe Faust de son épée.

Ohî

FàUST tombant.

FRÉDÉRIC

Vous râlez, maître docteur?

BENVOLIO.

Puisse ce râle lui briser le cœur I Tiens, cher Frédéric, regarde, voici qui va terminer immédiatement sa douleur*

458 FAUST

Frappe sans ménagement. Sa tête est coupée.

ftENYOLIO.

Le déman est mort ; les furies peuvent rire à priHsent.

FRÉDÉRIC

Voilà donc ce. visage sévère qui, avec un froncement de sourcil, faisait trembler et frissonner satrs le pouvoir de ses charmes le simstre monarque des €spjrit& infernaux l

MAATINO.

Voilà donc cette tête damnée d^ont Tart conspira, en présence deTempëreur, Thun^aliation de Benvolio l

BENVOVÎ0,

Oui, voilà sa tête, et y&vd son cerps gisant à 4erre! Juste récompense de se?^ vilenies I

f'RÉDÉRICU

Allons S cbeceb^^ms quelles ignominies ooos poe^ vous ajouter au noir déshonneur de son n^rtn toééré.

BENVOLIO.

D'abord^ en réparation de Toutrage qu*il m'a fait, je vais clouer sur sa tête d'énormes cornes que je suspendrai à la fenêtre même où il m'a minotaurisé, afin que tout le monde puisse vcnr ma juste vengeance.

MARTINO

A quel usage emploieFons-noua sa barbe ?

. BENVOLIO.

* Nous la vendrons^ h un ramoneur : elle usera dix. manches à. balai, je vous le garantis.

FRÉDÉRIC

Que ferons-nous de ses yeux ?

BENVOLIO.

Nous les arracherons ; et ils serviront de boutons à ses lèvres, pour empêcher sa langue d'attraper froid.

MARTINO

Voîlà un programme excellent. Et maintenant, messieurs, que nous l'avons décapité, à quoi le corps peut-il être bon 7

lA cotps da Tamt s'agite.

160 FAUST

BENVOLIO.

Mille tonnerres I le démon revient à la vie !

FRÉDÉRIC

Rendezrlui sa tête, au nom du ciel.

. FAUST se relevant.

Non, gardez-la. Faust vous reprendra à tous la tête, les mains et le cœur pour punir cette action. Ne saviez-vous pas, traîtres, que mon existence sur la terre a été limitée à vingt-guatre ans ? Eussiez-vous coupé mon corps avec vos épées, eussiez-vous haché ma chair et mes os menu comme du sable, mon âme serait Revenue en une minute, et j'aurais refait de mon souffle un homme libre de vos atteintes. Mais pourquoi amuser par des mots naa vengeance? Astaroth l Belimoth ! Mephostophilis 1

Entre Mephostophilis suivi d'autres diables.

Allons! chargez ces traîtres sur vos croupes brûlantes, et emportez-les au haut des cieux ; et de là, lancez-les, tête baissée, au plus profond des enfers. Non, arrêtez. Il faut que ce monde-ci voie leur misère, avant que Fenfer châtie leur trahison. Va, Belimoth, emmène ce malheureux et plonge*le dans

quelque étang plein de boue et d'ordure. Toi, prends cet autre, traîne-le à travers les bois, au milieu des buissons les plus piquants et des ronces les plus hérissées. Tandis que ce traître volera avec mon gentil Mephostophilis vers un rocher à pic, du haut duquel il roulera, au risque d'avoir les os brisés, comme il voulait que je les eusse, le drôle! Exécutez mes ordres immédiatement.

FRÉDÉRIC

Grâce, doux Faust, sauvez-nous la vie \

FAUST

En route!

FRÉDÉRIC

Celui que le diable emporte ne peut résister.

Sortent les diables avec Martino, Frédéric et Benvolio. Entrent les soldats.

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