PREMIÈRE PARTIE
tout à coup m'inondo, comme lorsqu'on un bois noclurm,' l(^ clair de liiuo se répand sur vous?
Je te salue, liolc que je saisis avec recueillement; en loi j'honore l'esprit de l'homme et sa science. Essence des sucs qui procurent doucement le sommeil, tu contiens toutes les forces subtiles qui tuent; monlre-loi favorable à ton maître. Je te vois, et ma douleur se calme; je te saisis, et mon angoisse diminue, et peu à peu s'apaisent les fluctuations de mon esprit. Je vogue vers la haute mer, le flot limpide miroite à mes pieds, un nouveau jour m'attire à de nouveaux rivages.
Un char de feu flotte vers moi sur des ailes rapides : j'y vais monter, je saurai parcourir les sphères éthérées, et m'ouvrir une voie nouvelle vers les régions de l'activité pure. Cette vie sublime, ces voluptés du ciel, tu n'es qu'un ver de terre encore, et tu penses les mériter? Oui, et pour cela il te suffit de tourner résolument le dos au doux soleil de la terre. Allons, aie le courage d'enfoncer les portes devant lesquelles chacun ne passe qu'en frémissant! Il est temps de montrer par des actes que la dignité humaine ne le cède en rien à la grandeur des dieux. Il est temps de ne plus trembler au bord de cet abîme, où l'imagination se condamne elle-même à ses propres tourments, et dont les flammes de l'enfer semblent défendre l'avenue. 11 est temps enfin de franchir ce pas avec sérénité, dût-il nous conduire au néant.
Sors maintenant de ton antique étui, coupe limpide, coupe de cristal, si longtemps oubliée; tu brillais jadis aux fêtes des aïeux, et lorsque lu passais de main en main, les fronts soucieux se déridaient; c'était le devoir du buveur de célébrer envers ta richesse et de te vider d'un seul trait. Tu me rappelles mainte nuit de jeunesse. Cette fois je ne t'offrirai plus à mon voisin, et mon esprit ne s'exercera point à vanter l'artiste qui sut t'embellir. En toi repose une liqueur qui donne une rapide ivresse; je l'ai préparée, je la choisis ; qu'elle soit pour moi le suprême breuvage; je la consacre comme une libation solennelle à l'aurore du jour.
(Il porte la coupe à ses lèvres.) SON DE CLOCHES ET CHANTS EN CHOEUR.
CHOEI'R DES ANGES.
Christ est ressuscité !
Paix et joie entière A ceux que sur la terre Entre ses plis enserre Le serpent de misère ■ Et d'iniquité !
Faust. Quel bourdon solennel! Quelles voix pures font tomjjer la coupe de mes lèvres? Annoncez-vous déjà, cloches profondes, la première heure du jour de Pâques? Et vous, chœurs, célébrez-vous déjà les chants consolateurs,
qui jadis, dans la nuit du sépulcre, s'exhalèrent des lèvres des anges.
gage d'une nouvelle alliance?
r.HOlîlIi DF.S FF.MMES.
D'huiles uoiivcllos Baignant son corps si l)oaii,
Nous, ses iidèk's.
L'avions mis au tonil)cau ;
Nos mains fidèles Avaient de purs tissus.
De bandelette, Couvert ses membres nus ;
Mais, ô défaite !
Nous ne le trouvons plus.
CHOEllR DES ANGRS.
Christ ressuscite !
Heureux le cœur Que la douleur Eprouve, agite !
Heureux vraiment Le cœur aimant Qui, sans murmure.
Souffre l'injure Et le tourment!
Faust. Cantiques célestes, puissants et doux, pourquoi meclierchez-vous dans la poussière? Faites-vous entendre à ceux que vous pouvez consoler; j'entends bien le message que vous m'apportez; mais la foi me manque pour y croire, et le miracle est l'enfant bien-aimé de la loi. ,Ie ne puis m'éle ver vers ces sphères d'où la bonne nouvelle retentit. Et cependant, accoutumé d'enfance à celte voix, elle me rappelle à la vie. Autrefois un baiser de l'amour divin descendait sur moi dans le recueillement solennel du dimanche. Le bruit des cloches remplissait mon àme de pressentiments, et ma prière étaitune jouissance extatique ; une ardeur sereine, indicible, me poussaità travers les bois et les champs, et là, je fondais en larmes et sentais en moi tout un monde. Celte cloche annonçait aussi les joyeux ébats de la jeunesse et les fêtes libres du printemps. Ce souvenir ranime en mon cœur les sentiments d'enfance et me détourne de la mort. Oli ! faites-vous entendre encore, chants célestes! Une larme a coulé, la terre m'a reconquis.
CUOEUR DKS msf.IPIF.S.
Hors du suaire,
L'Immaculé
Vers la limii;'rc
S'est envolé !
Tout ravi de rciiaître, 11 monte au sein des cienx, El nafic, frlrtrieiix,
PUEMikUK P AKTIE. lll
Dans roccaii de lùdc
Et nous, ail ! nous rcslous,
Hélas ! pour notre peine,
Aux terrestres sillons.
Vers la clarté sereine
11 a monté soudain,
Laissant avec dédain
Ses enfants dans la plaine.
Ah ! Maître, au fond du cœur.
Nous ))leurons ton bonheur !
CUOEIK DES ANGES.
Christ ressuscite Du sein des trépassés.
Hosannah ! vite.
Que vos l'ers soient brisés !
Ames ardentes,
Cœurs embrasés !
Ames aimantes
Compatissantes,
Qui soulagez
Pleurs et misères,
Et partagez
Avec vos frères !
Ames sincères.
Vous qui portez
De tous côtés
Le saints mystères ;
Il vient ! déjà
Le Maître est là.