PH E.MI È KI- PARTIR. UT
Une vieille, aux jeunes filles bourgeoises. Eli ! quelles toilettes ! Le beau sang, la belle jeunesse ! Qu\ ne deviendrait ibu à vous voir? Çà, pas tant de fierté; là, c'est bien... Ce que vous souhaitez, je saurais vous le procurer.
Première jeune fille roirgeoisk. Viens, Agathe; prenons garde qu'on ne nous voie en pnblic avec de pareilles sorcières. Elle me fit pourtant voir, à la nuit de Saint-André, mon futur amant en ])ersonne.
L'autre. Elle me le fit voir dans le cristal, en uniforme, avec d'autres garnements. Je regarde autour de moi, j'ai beau le chercher partout, mais il ne veut pas se montrer.
DES SUI.DATs.
Bfirgs et rortci'ossps, (^rcnoaux et rempart, Supcrl)es maîtresses A l'œil énrillard, .le« fais la conquête, Je monte à l'assaut ; C'est jouer sa tète, Mais le prix est beau.
Constante patronne, La trompette sonne La joie et la mort.
La vive trompette !
C'est une tempête, Une vie, un sort !
Bourgade, inlmmaine, Se rend aussitôt ; Terrible est la pt ine, Mais le prix la vaut.
Et nous, de la plain(?
Décampons bientôt.
(l'auït et Wagner su: viennent.)
F.4UST. Voilà le fleuve et les ruisseaux délivrés de leur couche de glace, grâce au regard doux et vivifiant du printemps; le bien del'espérance verdoie au vallon; le vieil hiver, dans sa faiblesse, s'est retiré du côté des âpres montagnes, et de là nous envoie, en fuyant, l'impuissant épouvantail de ses gelées qui perlent, couvrant de leurs bandes la plaine verdoyante. Mais le soleil ne souffre pins de teinte blanche. Partout la forme se réveille, l'activité reparaît; on dirait qu'il veut égayer toute chose de couleurs vives. Les fleurs manquent sans doute encore dans la plaine; n'importe : à défaut de fleurs, il prend les hommes endimanchés. Du haut de ces sommets, tourne maintenant tes regards vers la ville ; en dehors de la sombre porte, toute une multitude variée se presse; chacun se soleille aujourd'hui si volontiers! Us fêtent la résurrection du Seigneur, car eux-mêmes sont ressuscites du fond des appartements renfermés de leurs maisons étroites, du fond de la servitude du nuHieret du négoce; de leurs taudis
malsains, de leurs rues étroites et bourbeuses, du fond de ki nuit sacrée des cathédrales, les voilà tous portés à la lumière. Regarde un peu, regarde comme par les jardins et les prés cette foule se répand à la hâte, comme le fleuve en long et en large balance maint joyeux esquif, et comme ce dernier canot qui s'éloigne du rivage est chargé jusqu'à sombrer. Même des sentiers les plus écartés sur la montagne, les habits aux mille couleurs chatoient à mes yeux. J'entends déjà le tintamarre du village, c'est là le véritable paradis du peuple; grand et petit sautent de joie; ici je suis un homme, et j'ose l'être.
WAGNKR. Se promener avec vous, cher docteur, est à la fois honneur et prollt; toutefois, je n'aurais garde de me commettre seul parmi ces gens, car je bais toute rusticité; ces violons, ces cris, ces jeux de quilles me sont autant de bruits parfaitement odieux. Ils se démènent comme des possédés, et nomment cela se rejouir, chanter.
PAYSANS, SOUS IcS lillculs.
(Chants et danse.)
Le berger à danser s'apprête ; Guirlandes, rubans et jaquette.
Il met tous ses ha])its de fête.
Sous les grands tilleuls ils sont tous, Tous à danser comme des fous.
Tra la la la,
Trader! la, Ainsi fait la musette.
Il se précipite an milieu,
Et du coude beurle une lille ;
Et la commère, dont l'œil brille,
Lui dit, en se tournant : Vrai Dieu !
A oilù, certes, un grossier drille.
Holà! ah! ah!
Traderi, la.
Tâchez de vous former un peu.
On s'anime, on danse à la ronde ; Les jupes flottent à tous veuts ; On s'échaufl'e, le brun, la blonde.
Bras contre bras, flancs contre flancs.
Tra la la la, Traderi la.
Il faut bien sni\re les courants.
— Je ne crois pas votre parole ; Vous me trompez, eu vérité. — Le galant poursuit et l'cnjolc Et l'entraîne un peu de côté Siu- l'herbe vive, sous un saule.
Holà ! 1.0 ! hé !
Traderi la, traderi lé, Li-bas quelle musique folle!
PKKMIi;i5U P. MIT II-:. li.'J
UN VIEUX PAYSAN. Maîlrc (loclciir, c'ost bien de votre paît de ne pas rougir de nous aujourd'hui, et de venir, savant comme vous l'êtes, vous mêler à celle loule de peuple. Prenez donc celte cruche, la plus helle, que nous avons remplie de boisson fraîche; je vous l'olTre, et fais des vœux pour que non-seulement elle vous désaltère, mais encore pour que le nombre des gouttes d'eau qu'elle contient soit ajouté au nombre de vos jours.
Faust. Je prends la boisson salutaire, et vous souhaite en retour, à tous, joie et santé.
(Le peuple se rasseinl)ic en cercle autour de lui.)
Le vieux paysan. Oui, c'est bien devons voir paraître en un jour de fête, vous qui jadis tant de fois nous avez visités aux mauvais jours. Plus d'un est ici vivant que votre père arracha à la fureur de l'ardenle lièvre, lorsqu'il mit fin à la contagion. Et vous aussi, vous jeune homme alors, vous alliez partout où il y avait des malades ; on emportait maints et maints cadavres hors des maisons; mais vous, vous sortiez toujours sain et sauf. Vous avez été mis à de rudes épreuves. Mais le Sauveur venait d'en haut en aide au sauveur.
Tous. Vive l'homme courageux ! qu'il puisse venir longtemps encore !
Faust. Prosternez-vous devant celui qui est là-haut : lui seul enseigne à secourir, lui seul secourt.
(Il passe avec Wagner.)
AYagneu. Quelle joie ce doit être pour toi, ô grand homme, de te voir ainsi honoré par toute cette multitude! Oh! bienheureux celui qui peut retirer un pareil avantage de ses facultés! Le père te montre à son enfant, on s'informe, on se pousse, on s'empresse, la musique s'interrompt, la danse s'arrête; tu passes, ils se rangentenhaie, les bonnets volent en l'air, et peu s'en faut qu'ils ne s'agenouillent comme ils feraient devant le saintsacrement.
Faust. Montons encore quelques pas jusqu'à cette pierre, et nous nous reposerons de celte promenade. Là, bien souvent je me suis assis seul, absorbé par la méditation, exténué de jeûne et de prières. Riche d'espérances et ferme dans ma foi , à force de larmes, de soupirs, de mains jointes, j'espérais obtenir du souverain des cieux la fin de cette peste. Maintenant, l'acclamation de cette foule me semble un amer persiflage. Oh! si lu pouvais lire au fond de mon âme combien le père et le lils méritent peu une gloire pareille ! Mon père était un honnête homme obscur, qui avait la manie de réfléchir sur la nature et ses sacrés mystères, en tout bien, tout honneur, mais néanmoins à sa manière : entouré d'adeptes, il s'enfermait dans la cuisine noire, et là, selon des recettes innombrables, il aimait à combiner les contraires. C'était un lion rouge, sauvage prétendant, qu'il mariait au lis dans un bain tiède ; après quoi, tous deux au sein des flammes, il les transvasait d'un alambic dans un autre. Alors la jeune reine aux couleurs diaprées se monlrait dans Je
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verre. On administrait la médecine, les patienis mouraient, et personne ne demandait qui a guéri. Ainsi dans ces vallées et ces montagnes, avec nos mixtures d'enler, nous avons l'ait cent fois plus de ravages que la contagion. Moi-même à des milliers j'ai présenté le poison, ils sont morts; je survis pour entendre célébrer les meurtriers hardis !
Wagner. Comment pouvez-vous vous tourmenter de cela? un honnête homme n'a-t-il point accompli pleinement sa tâche lorsqu'il a exercé ponctuellement et consciencieusement lart qui lui a été enseigné? Jeune homme, si tu honores ton père, tu te plairas à ses enseignements; homme, si (u fais faire un pas à la science. Ion iils pourra tendre vers un plus haut but.
Faust. Oh! bienheureux qui peut espérer encore de surnager sur cet océan d'erreurs! Ce qu'on ignore, voilà justement ce dont on a besoin, et de ce qu'on sait on n'en a point l'emploi. Mais pourquoi troubler par de si chagrines pensées le doux bonheur de celte heure? Regarde comme aux feux du couchant étincellent ces cabanes noyées dans la verdure. Le soleil décline et s'éteint, le jour expire, mais il s'en va porter en d'autres contrées une vie nouvelle. Oh î que n'ai-je des ailes pour m'enlever dans l'air, et tendre incessamment vers lui ! Je verrais dans un éternel crépuscule le monde silencieux âmes pieds; je verrais s'enflammer les hauteurs, s'obscurcir les vallées, et le ruisseau argenté s'épancher dans les fleuves d'or; la montagne sauvage avec ses fondrières ne s'opposerait plus à mon essor divin. Déjà la mer ouvre ses golfes brûlants à mes yeux étonnés. Cependant le dieu semble entin disparaître : allons, que mon élan se ranime, et je continue à m'abreuver de son éternelle lumière; devant moi le jour, derrière moi la nuit, le ciel au-dessus de ma tète, sous mes pieds les flots. Sublime rêve, qui s'évanouit cependant! Hélas! le corps n'a point d'ailes à joindre si aisément à celles de l'esprit, et pourtant il n'est personne que son sentiment n'emporte au delà des nuages, chaque fois qu'en dessus de nous, perdue dans le bleu de l'air, l'alouette jette son trille aigu, chaque fois que par delà les pics des rochers couverts de pins s'élève l'aigle aux ailes étendues, et qu'au-dessus des plaines et des mers la grue regagne sa patrie.
Wagner. J'eus souvent, moi aussi, des humeurs fantastiques ; mais pour ce qui est d'une semblable aspiration, je ne l'éprouvai jamais. On a bientôt assez des forêts et des prairies, et je n'envierai jamais l'aile des oiseaux. (Jue les joies de l'esprit nous poitent autrement de livre en livre, de feuille en feuille! les nuits d'hiver en deviennent tièdes et belles, une vie bienheureuse réchauffe tous vqs membres. Ah, Dieu! et quand vous déroulez un digne parchemin ! mais c'est le ciel tout entier qui s'abaisse sur vous !
Faust. Tu ne connais qu'un élan ; puisses-tu jamais n'apprendre à connaître l'autre! Malheureux! deux âmes habitent en moi, et l'une tend incessamment à se séparer de l'autre; l'une, vive et passionnée, tient à ce
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jiionde et s'y cramponne par les organes tlii c()r[)s; l'autre, secouant avec force lannitqui l'environne, s'ouvre un cliemiu au séjour des cieux. Oli ! s'il y a dans l'air des Esprits qui flottent souverains entre la terre et le ciel, qu'ils descendent de leur nuages d'or et me guident vers nne vie nouvelle et lumineuse! Oui, un manteau magique qui m'emporterait vers ces contrées lointaines, si je le possédais, je ne l'échangerais pas contre les plus précieux vêtements, contre un manteau de roi.
Wagner. N'invoque pas ces essaims d'Esprits bien connus qui se rassemblent dans les vapeurs de l'atmosphère, tendant à l'homme des pièges de tous côtés. Ceux du nord aiguisent sur vous leurs dents aiguës et leurs langues à triple dard. Ceux de l'est soufflent un vent de sécheresse et se nourrissent de vos poumons. Quand c'est le midi qui les envoie du fond des déserts, ils amassent flammes sur flammes au-dessus de vos têtes, et l'ouest en dépèche un essaim qui d'abord vous ravive pour vous engloutir bientôt, vous, les plaines et les moissons, lis écoutent volontiers, enclins qu'ils sont à nuire; ils obéissent volontiers aussi, parce qu'ils aiment à vous tromper; ils se donnent. pour des envoyés du ciel, et tous prennent la voix d'un ange pour mentir. Mais, rentrons, l'horizon se fait gris, l'air fraîchit, le brouillard tombe. C'est le soir qu'on commence à sentir le prix de son chez-soi. — Qu'as-tu à rester li immobile? d'oi^i vient ton étonnement? qui peut tant frapper ton attention dans ce crépuscule?
Faust. Yois-tu ce chien noir rôder au travers des blés et des chaumes?
Wagner. 11 y a déjà longtemps que je le vois, mais sans lui rien trouver d'étonnant.
Faust. Regarde-le bien; pour qui tiens-tu cet animal?
Wagner. Mais pour un barbet occupé à chercher à sa fa(,'on la trace de son maître.
Faust. Ne remarques-tu pas comme il décrit de longues spirales autour de nous et s'approche de plus en plus? Et, tiens, ou je me trompe, ou des traces de feu marquent son passage.
Wagner. Quant à moi, je n'aperçois qu'un barbet noii'; il se peut que ce soit une illusion de vos yeux.
Faust. 11 me semble le voir tendre autour de nos pieds d'imperceptibles lacets qui finiront par nous attacher.
Wagner. Je le vois sauter autour de nous d'un air craintif et em,barrassé, parce qu'au lieu de son maître il trouve deux inconnus.
Faust. Le cercle se rétrécit, le voici près de nous.
Wagner. Vois; c'est un chien et point un spectre; il grogne, et n'ose t'aborder; il se couche sur le ventre et remue la queue, tout ce qu'un chien fait en pareil cas.
Faust. Viens! accompagne-nous! viens ici!
Wagner. C'est un drôle d'animal : t"arrétes-tu, il t'attend ; tu lui parles, il court à toi ; perds-tu quelque chose, il te le rapportera, et se jettera dans l'eau après la canne.
as FAUST.
Faust. Tu as raison ; je ne trouve rien en lui qui indique un esprit, tout lui vient de l'éducation.
\\'agner. Un chien, lorsqu'il est bien élevé, n'est pas indigne de l'affection d'un sage; il m'est avis qu'il mérile tes bontés : c'est le meilleur écolier des étudiants.
(Ils passoni la iiorto de la viilo.)