‹ Le Faust de GoetheChapitre 60 sur 166 · UN CACHOT · texte numérisé non relu

UN CACHOT

Faust, avec un trousseau de clefs et une lampe, devant une petite porte de fer. Je suis pénétré d'une épouvante désaccoutumée dès longtemps, pénétré du sentiment de toutes les calamités humaines. C'est ici qu'elle habite, derrière cette muraille humide, et son crime fut une douce illusion ! Tu trembles d'aller à elle! tu crains de la revoir ! Avance! ton irrésolution hâte sa mort.

(R prend la clef. On chante au dedans.)

Ma mère la prostituée,

Qui m'a tuée !

Mon père le sacripant, (Jui m'a mangée !

Ma petite sœur, pauvre enfant, Garda mes os sous un vieux saule, Dans un endroit humide. — Au hout d'un mois, Là je devins un hel oiseau des bois.

Vole ! vole !

Faust, ouvrant la porte. Elle ne se doute pas que son amant épie, qu'il entend gronder les chaînes, la paille qui frémit.

(Il entre.)

Marguerite, sur son yrabal, se/forçant de se cacher. Ah! uli ! ils vienncul! Alfrciiso inoti !

Faust, bas. Cliiit, chut! je viens te délivrer.

Marguerite, se traînant jusqu'à lui. Si tu es uu homme, alors, compatis à ma misère.

Faust. Tes cris vont éveiller les gardiens qui dorment.

(Il saisit les chaînes pour les détacher.)

Marguerite, à genoux. Qui t'a donné , bourreau , cette puissance sur moi? tu viens déjà me chercher, à minuit! Aie pitié, et laisse-moi vivre. Demain, au point du jour, n'est-ce pas assez tôt? [Elle se lève.) Je suis pourtant encore si jeune, si jeune! et déjà mourir! J'étais belle aussi, et ce fut ma perte. Le bicn-aimé était près de moi, maintenant il est loin ; ma couronne est arrachée, les fleurs dispersées. Ne me saisis pas si violemment! épargne-moi! Oue t'ai-je fait? Ne me laisse pas implorer en vain : je ne t'ai jamais vu do ma vie !

Faust. Comment résister à tant de douleur?

Marguerite. Je suis maintenant tout entière en ta puissance. Laisse seulement que j'allaite encore mon enfant Je l'ai bercé sur mon cœur toute cette nuit ; ils me l'ont pris pour me tourmenter, et ils disent maintenant que je l'ai tué! Jamais plus je ne serai joyeuse. Ils chantent des chansons sur moi : c'est méchant de leur part. Un vieux conte finit ainsi ; mais qui leur a dit d'y faire allusion ?

Faust, se jetant à ses pieds. Un amant est à tes genoux; il vient ouvrir la porte à ta captivité lamentable.

Marguerite, faisant de même. Oui, oui, à genoux pour invoquer les saints! Vois sous ces marches ; sous le seuil l'enfer bout : le Malin, avec des grincements terribles, mène un train !

Faust, à voix haute. Gretcheii ! Gretchen !

Marguerite, d'un air attentif. C'était la voix du bien-aiiné. [Elle bondit. Les chaînes tombent.) Où est-il? je l'ai entendu appeler. Je suis libre ! personne ne me retiendra. Je veux voler à son cou, me reposer sur son sein. 11 a appelé Gretchen ; il se tenait sur le pas de la porte ; au milieu des hurlements et du fracas de l'enfer, au milieu des horribles éclats de rire des démons, j'ai reconnu sa voix si douce, si aimante.

Faust. C'est moi !

Marguerite. C'est toi! oh! dis-le encore. [Elle le saisit.) Lui! lui! où sont toutes les tortures? où sont les angoisses des cachots, des fers? C'est toi ! tu viens me sauver! je suis sauvée ! — Oui, voilà bien la rue où je te vis pour la première fois, et le jardin charmant où Marthe et moi nous t'attendions.

Faust, Ventrainant. Suis-moi ! viens !

Marguerite. Oh! reste ! j'aime tant à rester où lu es!

(Elle le caresse.)

Faust, llàlc-loi ! si tu ne te hàles, nous le payerons cher.

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