‹ Le Faust de GoetheChapitre 62 sur 166 · UN SITE AGRÉABLE · texte numérisé non relu

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FAUSI\ clcndu sur des gazons en fleurs, e\misi', inquiet, chenliant le sommeil.

Crépuscule.

I! onde d'Esprits ^'agi ant et (lottant. Petites formes gracieuses.

AUIEL.

(Cliant accompagné de harpes éoliennes.)

Dès que la vapeur printanièrc Tombe du ciel sur les chemins ; Dès que les moissons de la terre Brillent aux regards des humains, Les petits Elfes, par essaims.

Vont où la douleur les convie, Et portent la force et la vie A chacun, sans distinction.

Qu'il soit innocent ou coupable.

Celui que la misère accable A di'oit à IciU' compassion.

0 vous tous ([iii l'orniez à l'entour de sa tctc Un cercle aérien, — en cette occasion, Elfes, soutenez bien l'honneur de votre nom. Tempérez les ardeurs de son âme inquiète; Du reproche cruel éloignez l'allreux dard Qui hrîde et qui déchire, et de sa conscience Balayez les terreurs de l'humaine existence. La nuit, l'heureuse nuit (|ui glisse sur son char A quatre stations, vous savez, quatre pauses, Songez à les remplir sans oubli ni retard. D'abord, placez son fiont sur des coussins de roses, Ensuite, baignez-le dans les Ilots du Léthé ; Que son corps engourdi retrouve la santé Dans CO calme sommeil qui vers le jour le pousse. Puis, vous accomplirez votre œuvre la plus douce En rendant sa paupière à la sainte clarté.

CHOEin. . . .

(A un, à deux, à plusieurs, alternant et ciiseudjle.

Sitôt que la prairie ondule Sous l'air frais ([ui baise les Üeuis, On sent tomber du crépuscule Des parfums, de molles vapeurs; Gazouillez-lui d'aimables choses, Bercez son cœur triste et ses sens Dans le doux repos des enfants, Et puis, sur ses paupières closes Posant vos doigts avec amour, Fermez-lui les portes du jour.

Mais la nuit est déjà venue, L'étoile de feu, dans la nue, A sa sœur saintement s'unit.

Des lumières éblouissantes Et des clartés phosphorescentes GlissSnt près, brillent au zénith, Glissent dans les eaux transparentes Du beau lac qui les rétléchit, Ou tremblent au sein de la nuit ; Et la lune, calme et sereine.

Se lève et règne en souveraine.

Sur la vallée et sur les flots ; Et, large, lumineuse, ronde, Vient au ciel sceller pour le monde Le bonheur et la paix profonde.

Et la volupté du repos.

L^heure aussi s'est évanouie.

Peine et plaisir n'ont plus d'écho ; Prcsscns-le ! Renais à la vie, Attends en pait le jour nouveau.

Le sol verdit, les coteaux sond)res.

Pour le plus frais repos des ombres.

Se forment en épais buisson ; Et, dans les vapeurs de la terre, Flottent, ainsi (|u'uue poussière, Les semences de la moisson.

DEUXIEME PARTIi:. liBK

Pour que dans sa ma^^nificencc S(> révèle à toi l'existence, Tourne tes yeux vers le soleil.

Va, tu n'es pris qu'à la surface ; Dépouille à ton nouveau réveil La freie écoi'ce du sounneil.

Courape! alerte ! vite, en place!

Tandis que le vulgaire ])nsse Tout sou temps à prendre conseil, Et calcule, suppute et lime, Le cœur ])rofoud et mannaniine Peut vaillamment tout accouiplii", Qui sait mesurer et saisir.

(Une explosion formidable annonce l'approche du soleil.)

Ecoute/ tous riieure sonore ; Déjà cliacjue bruit de l'aurore Devient appréciable et clair Pour les petits Esprits de l'air; Un nouveau soleil vient d'éclore.

Les portes des rocs et des monts Roulent en grinçant sur leurs gonds.

Déjà Pliœbus dans la carrière S'élance, et son cliar de lumière Creuse d'éblouissants sillons.

Quels bruits, quelles explosions Soulève ce feu qui rayonne!

Cela murmure, gronde et tonne; L'œil cligne, l'oreille s'étonne ; Car l'inouï ne s'entend pas.

Elfes, dérobez-vous là-bas, Dans le sein des roses mouillées.

Plus au fond, plus au foiul, toujours Dans les rochers, dans les feuillées ; S'il vous atteint, vous êtes sourds!

Faust. Les artères de la vie battent d'une force vitale nouvellement pui- .sée, pour saluer le crépuscule éthéré. Terre, cette nuit aussi tu as été constante, et tu respires toute ravivée à mes pieds. Déjà tu commences à m'entourer de voluptés ; tu éveilles en moi, tu remues une résolution puissante de tendre toujours et siuis cesse vers l'existence la plus haute. — Le monde, encore enveloppé dans les vapeurs du crépuscule, s'épanouit déjà; la foret retentit d'une vie multiple oA sonore; la file ondoyante des brouillards s'exhale de la vallée et s'y ])longe : cependant, la clarté céleste descend dans les profondeurs, et ramures et branches s'élancent, i^Tes de rosée, du sein de l'abîme vaporeux oii elles dormaient ensevelies. Une à ime les couleurs se détachent du fond, où la fleur et la feuille dégouttent de perles tremblantes; le monde autour de moi devient un paradis.

Lève la tête et regarde là-haut! — Les sommets gigantesques des montagnes annoncent déjà l'heure solennelle; il leur est donné de jouir d'avance de la lumière éternelle, qui ne descend vers nous que plus tard. L'ne nouvelle

clarté, une splendeur nouvelle inonde les jardins verdoyants des alpes; par degrés elle a pénétré partout, elle éclate ! — Hélas ! ébloui déjà, je me détourne vaincu par la douleur des yeux.

Ainsi il en est lorque l'espérance ineffable, après s'être élevée, à force de persévérance, au niveau d'un sublime désir, trouve grandes ouvertes les portes de l'accomplissement; mais voilà maintenant que, des profondeurs éternelles, roule un océan de flammes. Nous demeurons frappés; nous venions pour allumer la torche de la vie, un torrent de feu nous enveloppe. Quel feu! Est-ce l'amour, est-ce la haine qui nous enserre tour à tour dans des nœuds de douleur et de volupté, si bien que nous abaissons de nouveau nos regards vers la terre pour nous cacher dans le voile de notre innocence première?

Ainsi donc, que le soleil me reste dans le dos! La cascade qui gronde sur le roc, je la contemple avec un ravissement toujours croissant. De chute en chute elle roule maintenant, puis-va se répandre en mille et mille torrents, et secouant haut dans l'air écume sur écume. Mais comme avec magnificence, jaillissant du sein de ce fracas, se courbe la ligne changeante de l'arc diapré ! Tantôt il se détache pur^ tantôt se fond dans l'air, et tout à l'en tour répand un frais et vaporeux frémissement. N'est-ce point là l'image de la tendance humaine? Penscs-y, et tu comprendras mieux; ce reflet coloré, c'est la vie!

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